Publié dans Science-fiction

Où s’imposent les silences – Emmanuel Quentin

De quoi ça parle ?

D’où que vous veniez, quelle que soit votre Terre d’origine, êtes-vous sûr de vouloir lire les lignes qui suivent ? De vous entendre résumer une histoire en quelques mots sous prétexte qu’ils vous éclaireraient sur son contenu ? Voulez-vous vraiment savoir ce que recèlent ces pages ?

Soit. Sachez donc que vous allez partir à la rencontre d’un étudiant confronté à un tableau de la Renaissance pour le moins anachronique, d’un flic enquêtant sur un cadavre improbable, et d’une femme amnésique se réveillant dans un champ désolé. Trois personnes rattrapées par le déséquilibre des mondes.

Si votre Loi vous y autorise, ouvrez ce livre, avant que ne s’imposent les silences.

Et c’est bien ?

Un ouvrage découvert par hasard aux Imaginales 2018, en faisant un arrêt sur le stand de la maison d’édition . Quatrième de couverture mystérieuse, échange avec l’auteur et hop ! dans la besace. Alors, que dire de cet ouvrage ?

Première impression assez confuse. Le lecteur découvre des chapitres découpés selon plusieurs points de vue : Mathias, un jeune étudiant, Jovic, un flic mis au placard balancé au milieu d’une enquête qui le laisse perplexe et une jeune femme piégée dans un endroit que l’on peine à identifier. L’auteur nous laisse volontairement dans l’ignorance et assez peu de choses se dessinent dans cette première partie, si ce n’est la vision d’un monde post-apocalyptique.

La partie centrale est constituée d’un flashback sur la vie d’un des protagonistes que Mathias va rencontrer. C’est cette partie qui va lier l’ensemble, et condenser peu à peu les informations que l’on a obtenues en début d’ouvrage.

Rétive à l’exercice du flashback, l’auteur est néanmoins parvenu à me plonger dans son univers, et ce que j’ai apprécié lors du retour au présent c’est de ne pas être prise par la main pour tout expliquer en détail. L’auteur nous laisse faire les liens entre les différentes parties en distillant ce qu’il faut d’informations. Cet enchaînement début flou / flashback / dénouement donne à l’ensemble de l’ouvrage un rythme qui va crescendo, pour aboutir à un dernier tiers où il m’a été difficile de lâcher l’ouvrage… et où je regrette presque qu’il n’y ait pas de prolongement ou d’autre texte dans ce même univers.

Les différents protagonistes en épaisseur au fil du récit. L’histoire de Dimitri concentre une impression de déjà-vu/lu et en même temps s’articule parfaitement avec le reste de manière originale et en fait un personnage fort et à l’évolution intéressante, que j’aimerais beaucoup retrouver. J’ai bien aimé son caractère marqué et sa rencontre avec Mathias. Le personnage de Jovic, le flic, m’a aussi beaucoup plu. Son franc parler et sa relation avec ses collègues proposent quelques passages assez savoureux. L’histoire de la mère de Mathias m’a également touchée et j’ai particulièrement aimé la manière dont l’auteur l’a construite, au travers de chapitres particuliers.

Enfin, j’ai apprécié les différentes ambiances en fonction des parties : post-apo, oppression militaire, évasion. La découverte des différentes explications est intéressante et haletante, conduite par un style fluide, efficace et très agréable.

En somme, une très agréable surprise et un auteur dont je vais sûrement suivre les parutions.

A lire si vous aimez :
– les aventures sans prise de tête
– les romans d’évasion
– les récits qui mêlent science-fiction et polar-thriller

Note : 4 sur 5.
Publié dans Fantasy

Fils-des-Brumes, tome 1 : L\’Empire Ultime – Brandon Sanderson

Résumé : La jeune Vin ne connait de l’Empire Ultime que les brumes de Luthadel, les pluies de cendre et le regard d’acier des Grands Inquisiteurs. Depuis plus de 1000 ans, le Seigneur Maître gouverne les hommes par la terreur. Seuls les nobles pratiquent l’allomancie, la précieuse magie des métaux. Mais Vin n’est pas une adolescente comme les autres. Et le jour où sa route croise celle de Kelsier, le plus célèbre voleur de l’Empire, elle est entraînée dans un combat sans merci. Car Kelsier, revenu de l’enfer, nourrit un projet fou : renverser l’Empire.

Avis : Après avoir lu Elantriss et après avoir été encouragée à découvrir les systèmes de magie d\’un auteur que je connais mal malgré sa renommée, j\’ai fait un petit détour par L\’empire Ultime dans le cadre d\’une lecture commune.

Alors que dire ? Je sais que j\’ai tendance à en attendre beaucoup des ouvrages et auteurices dont j\’entends souvent parler. Parfois même peut-être trop. Si, ici, cette lecture n\’a pas été désagréable, j\’en ressors néanmoins un sentiment de lourdeur.

J\’ai eu du mal à m\’attacher aux personnages. Trois d\’entre eux sont mis particulièrement sur le devant de la scène : Vin, la jeune adolescente, Kelsier, le fils-des-brumes qui lui sert de mentor, et Sazed, un personnage appartenant au peuple déclinant et mystérieux des terrisiens. Le personnage de Vin est au départ relativement pitoyable et agaçant. Heureusement, l\’auteur la fait évoluer de manière intéressante et on s\’y attache. Sazed conserve son mystère durant une bonne partie du livre et est plutôt sympathique. Quant à Kelsier… mon avis reste ambivalent : s\’il est plutôt plaisant à découvrir au début, son évolution reste assez improbable, il devient agaçant, et surtout, l\’auteur nous le décrit comme charismatique alors que mon ressenti de lecture a été complètement en décalage avec cet aspect.

Les autres personnages relativement proches de ces personnages font des apparitions, sont sommairement présentées mais n\’ont pas eu assez d\’épaisseur à mon goût pour que le lecteur s\’y attache. Pas de personnage secondaire réellement fort, à part peut-être Elend Venture, mais dont le devenir reste pas mal cliché. Les méchants, quant à eux, sont très méchants.

L\’histoire en elle-même est agréable, mais relativement convenue. Beaucoup de ficelles et de retournements de situation sont assez gros et déjà vus. Je dois cependant convenir que la fin m\’a surprise, plutôt agréablement. La magie décrite ne m\’a pas particulièrement défrisée, d\’autant moins que j\’ai trouvé l\’auteur trop lourdement pédagogique sur le sujet. Si on est attentif, il est aisé de deviner les ficelles dès que l\’auteur évoque ses métaux. Qu\’il soit insisté aussi lourdement sur l\’apprentissage de Vin auprès de personnages spécialisés en telle magie, de manière régulière, m\’a paru très lourd.

L\’expression de cette magie m\’a été difficile à appréhender, surtout dans la manière dont l\’auteur la décrit. On brûle du métal, et côté vocabulaire sur cet aspect, c\’est très pauvre, on tourne toujours sur les mêmes phrases schématiques. Au bout de 900 pages, cet aspect devient lassant.

La narration, enfin, m\’a paru contribuer à la lourdeur générale. On sent les grosses ficelles qui charpentent l\’ouvrage, les procédés appliqués. Certains schémas sont particulièrement éculés, et je ne parle pas ici du fait que j\’aurais l\’habitude de lire de la fantasy, mais d\’éléments que l\’on retrouve facilement dans le cahier des charges de films grands publics. C\’est sympa, ça se laisse regarder / lire, mais en termes d\’originalité et de satisfaction, j\’ai trouvé cela assez pauvre.

Dans l\’ensemble donc, de bonnes idées à travers les terrisiens, toute la mythologie autour du vilain, le Seigneur Maître, Vin qui tente de s\’infiltrer chez les nobles… Mais le tout est enrobé trop lourdement à mon goût. Si je dois résumer schématiquement mon ressenti du livre : le début n\’en finit pas de démarrer, et passer plusieurs centaines de pages à lire des réunions (j\’en ai pas déjà assez au taff :p ), le milieu noie les passages intéressants dans beaucoup de passages qui m\’ont paru inutiles, les dernières 150 pages, enfin, donnent un rythme plus intéressant. En somme, 900 pages pour tout ça me paraît clairement de trop. Malgré ses quelques défauts, j\’avais trouvé Elantriss plus intéressant, pour L\’Empire Ultime j\’ai eu le sentiment que l\’auteur essayait de reprendre la même recette – j\’ai trouvé pas mal de similarités dans les schémas de déroulement de l\’histoire – , mais que l\’exercice a été ici beaucoup plus laborieux.

Publié dans Défi, Fantasy

Le mois de la fantasy

C\’est parti pour le mois de la fantasy version 2020, un défi qui consiste, tout simplement, à lire des ouvrages de fantasy en lien avec les différentes catégories définies par Pikiti. L\’occasion pour moi de sortir divers livres de mes étagères. Cette année, les consignes sont en lien avec le thème du Seigneur des Anneaux.

Voici donc les quelques lectures que j\’ai prévues pour l\’occasion :

La fureur de Smaug – un livre avec des créatures fantastiques
Oh, Gandalf !– une relique de ta Pile à Lire
 

Dame Arwen – une héroïne ou une autrice


Tolkien, le toi de la fantasy– un classique du genre
La communauté de l\’Anneau– une lecture commune




Peter Jackson – un livre adapté à l\’écran
Du hobbit au Seigneur des Anneaux – un tome d\’une saga

Une balade en Modor– un livre dont on repousse la lecture
Galadriel la magicienne – un livre avec de la magie ou de la sorcellerie



Gimli, Aragorn, Legolas, Frodon – un livre avec des nains, des chevaliers, des elfes…
Un anneaux pour les gouverner tous – un livre avec des artefacts
 



La dernière catégorie, Le chant de Pippin, sera remplie en fonction de ce que je croiserai dans mes lectures ; pour l\’heure je n\’ai pas grand-chose qui rentrerait dedans. 
Une excellente lecture à tous les participants. N\’hésitez pas à nous rejoindre si vous le souhaitez 🙂
 
Publié dans Fantasy

Magie Ex-libris, tomes 1 à 3 – Jim C. Hines

Magie ex-libris, ou le fantasme du lecture et particulièrement de science-fiction – fantasy. Isaac Vainio est bibliothécaire. Mais pas un simple bibliothécaire : il fait partie des Gardiens, une société secrète fondée par Johannes Gutenberg chargée de veiller sur la magie. La particularité de cette dernière ? Certaines personnes parviennent à tirer des livres objets et créatures magiques pourvu qu\’il y ait suffisamment de lecteurs. Isaac a été mis au placard quelques années auparavant lors d\’une mission qui a mal tourné. Ravalé au rang de catalogueur, il ronge son frein, jusqu\’à ce qu\’un jour, trois vampires surgissent et s\’en prennent à lui. Pour une raison qu\’il va chercher à élucider.

Autant le dire tout de suite, cette trilogie est un ovni, un petit bijou qui se lit d\’une traite. Pour le plus grand bonheur des fans de SFFF, Isaac en est fan aussi, et les clins d\’oeil et références abondent et parsèment chacun des livres. Livres, films, séries, pas mal de titres connus de la culture pop y passent. Autre point à soulever : cela ne prend pas le pas sur l\’histoire, et je pense ne pas trop m\’avancer en affirmant que quelqu\’un qui ne connaîtrait pas ces références n\’y perd rien en cohérence. Par contre il y gagnera sûrement des titres à lire ou à voir, car l\’auteur nous a gentiment gratifié d\’une bibliographie en fin d\’ouvrage.

Le personnage d\’Isaac est fort sympathique, et Titache, son araignée-flamme également. Le duo est assez drôle et Isaac, en esprit pas franchement raisonnable et prêt à n\’en faire qu\’à sa tête devient vite attachant. Certains personnages gagnent en épaisseur et en capital sympathie au fil des tomes : Lena la dryade, le docteur Nidi Shah, Nicholas Pallas… chacun avec son type de magie, développée de manière très intéressante (je regrette d\’ailleurs un peu de ne pas avoir pu en apprendre davantage sur la magie bardique de Nicholas).

J\’ai été contente de trouver un univers d\’urban fantasy qui me plaise. J\’ai lu surtout de la bit-lit et le moins que l\’on puisse dire, c\’est que ce n\’est pas franchement mon trip. En revanche, les vampires de l\’auteur, dont les différentes espèces dépendent des livres qui ont été écrits sur le sujet, sont relativement drôles à découvrir, et il en va de même des loups-garous.

L\’aventure façon policier qui se déroule est bien menée, mêlant découvertes et action, pas d\’ennui, et le second tome est dans cette veine : jubilatoire. J\’émets toutefois un bémol concernant le tome 3, où le côté clins d\’oeil est moins présent, et où Isaac, diminué d\’une manière et pour des raison que je ne détaillerai pas afin d\’éviter tout spoil, est un peu moins flamboyant que dans les tomes précédents. Ce derniers tome a un côté chasse au trésor façon Dan Brown qui n\’est pas franchement ma tasse de thé (même si en soi, ce 3e opus est également très bien).

En somme, une très bonne série de livres, à découvrir pour tous les fans de culture geek, et pour tout ceux qui cherchent une aventure sympathique.

Publié dans Science-fiction

Voyageurs, tomes 1 à 3 – Becky Chambers

Retour sur la série Voyageurs, de Becky Chambers, que j\’ai découverte grâce à Lianne, de chez De livres en livres.  Il s\’agit d\’une série de trois livres – pour l\’instant si j\’ai bien lu ce que j\’ai lu – indépendants les uns des autres, proposant différentes facettes de l\’UG, l\’Union Galactique, regroupant en une vaste civilisation de nombreux peuples de la galaxie, dont les humains. 
Le premier tome, L\’espace d\’un an, nous propose un voyage d\’un an au côté de l\’équipage du Voyageur, un vaisseau chargé de percer des trous dans l\’espace-temps afin de ménager des raccourcis pour les transport. Le deuxième tome, Libration, évoque les difficultés d\’une IA à se fondre dans une civilisation et à découvrir les sens et les sentiments qui donnent vie à un corps. Le troisième tome, Archives de l\’exode, revient sur les êtres humains restés à bord de l\’immense flotte qui a conduit l\’Humanité, fuyant sa planète dévastée, pour rejoindre les planète de l\’UG. 
Pour chacun de ces tomes, un point commun qui m\’a séduite : l\’absence d\’histoire basée sur le conflit. ce qui anime les protagonistes n\’est pas d\’atteindre un but ultime et grandiose, de lutter un contre un méchant ou de rechercher un quelconque trésor. Le coeur de ces romans se concentre sur la vie des gens de l\’UG, et Becky Chambers le fait avec brio. 
L\’univers est particulièrement riche et les thèmes abordés le sont tout autant : la cohabitation entre espèces différentes, le respect de l\’autre, la peur face aux changements – civilisationnels ou plus pragmatiquement personnels – , les différentes cultures, l\’amour et le respect, le vivre ensemble. Le tout emprunt d\’une bienveillance qui font de cette saga une lecture particulièrement agréable, et pourtant loin d\’une histoire bisounours. 
Chaque personnage est dépeint avec talent, et on s\’y attache, qu\’il soit humain ou non. On pourrait s\’attendre à ce que suivre le quotidien de ces personnages vire à l\’ennui, il n\’en est rien. Chacune des histoire possède malgré tout un fil rouge, qui trouve son dénouement à la fin. 
Une très, très bonne expérience de lecture, que je ne saurais, en sus, que trop conseiller aux personnes qui penseraient ne pas aimer la SF. On transcende ici l\’aspect \ »futur et technologie\ » pour un confortable laboratoire des émotions et des relations à l\’autre. Tout ce que je peux souhaiter, c\’est que l\’autrice nous propose bientôt de nouveaux textes.