Publié dans Science-fiction

Les chroniques Lunaires, tome 2 : Scarlet – Marissa Meyer

De quoi ça parle ?

Bien loin de l’Asie et du royaume du Prince Kai, la grand-mère de Scarlet Benoit est portée disparue. Scarlet réalise alors qu’elle n’a jamais su qui était vraiment son aînée et quels dangers pouvaient bien la menacer. Quand elle rencontre Wolf, un mystérieux street-fighter qui semble savoir où est sa grand-mère, elle n’a d’autre choix que de lui faire confiance. C’est en menant leur enquête que Scarlet et Wolf croisent la route de Cinder. Ensemble ils se ligueront contre Levana, la vicieuse Reine lunaire prête à tout pour asservir les Terriens et épouser le Prince Kai.

Et c’est bien ?

Quelques mois après Cinder, me voici à lire Scarlet, la suite des Chroniques Lunaires. La saga m’avait étonné par plusieurs aspects : couverture très young adult et résumé qui me laissaient présager un récit qui ne me conviendrait pas. Avec ce deuxième opus, Scarlet me confirme qu’on peut se tromper.

Comme souvent lorsque je l’aisse s’écouler du temps entre deux tome d’une série, le premier obstacle est de fouiller ma mémoire capricieuse afin de raccorder toutes les infos. Première réussite de Scarlet : replonger le lecteur dans le bain petit à petit en reglissant les points importants sans tomber dans le laïus lourdingue. Deuxième réussite : on retrouver quand même Cinder. Parce qu’il faut le dire, j’ai mis le temps à voir comment l’autrice allait nous rattacher Scarlett à la trame initiale. C’est bien beau de réécrire les contes classiques et d’en faire une seule histoire, encore faut-il que la trame suive.

La couverture parle d’elle-même, Le petit Chaperon rouge s’invite dans ce deuxième texte. Les éléments sensés rappeler qu’on est dans le Petit Chaperon rouge ne sont pas très finement introduits et le début est un peu lourdingue. J’ai craint dans un premier temps de glisser dans la romance assaisonnée de BG, heureusement l’autrice évite l’écueil. Néanmoins sur le premier tiers, c’est bien le fil de Cinder qui m’a tenue car j’avais un peu de mal à voir où l’on allait avec Scarlett.

Parmi les nouveaux personnages, si Scarlet et Loup m’ont très moyennement emballée, en revanche j’ai beaucoup apprécié Thorne, l’évadé-boulet qui attache ses pas à ceux de Cinder. Avec son côté gros sabots et ses ressources, je lui ai parfois trouvé un petit côté Jack Harkness loin de me déplaire. Le traitement des personnages féminins est sympa et sort des sentiers battus : mécano et qui en ont sous la pédale quand il s’agit de castagner.

L’intrigue s’envole véritablement une fois posé le fil de Scarlet, dans une succession de rebondissements et de révélations. Si certes cette partie donne davantage de sens, en revanche j’ai trouvé ce tome en-deçà du premier, plus faiblard côté intrigue. Certains passages tournent un peu en rond et ce n’est pas le style finalement assez plat qui vient y remédier. Certains propos de l’autrice concernant l’altérité et la peur de l’autre sont plutôt intéressant, bien que cela reste très saupoudré.

Une lecture sympathique, qui se lit vite et qui contribue à faire avancer cette histoire de Lunaires. Je lirai la suite sans déplaisir, même si on est loin de la saga de l’année.

Note : 3 sur 5.
Publié dans Coups de coeur, Science-fiction

Harrow the Ninth – Tamsyn Muir

De quoi ça parle ?

Harrowhark Nonagesimus, dernier nécromancien de la Neuvième Maison, a été recrutée par son empereur pour mener une guerre impossible à gagner. Aux côtés d’une rivale détestée, Harrow doit perfectionner ses compétences et devenir un ange de la non-mort – mais sa santé se détériore, son épée la rend nauséeuse et même son esprit menace de la trahir.

Enfermée dans l’obscurité gothique du Mithraeum de l’Empereur avec trois professeurs hostiles, chassée par le fantôme fou d’une planète assassinée, Harrow doit faire face à deux questions importunes : quelqu’un essaie-t-il de la tuer ? Et s’ils réussissaient, l’univers s’en porterait-il mieux ?

Et c’est bien ?

Gideon a été un coup de coeur. Harrow en a été un encore plus grand. Si j’ai eu du mal à rentrer dans ce deuxième tome par la particularité de sa narration, je ne regrette en rien d’avoir persévéré. Harrow the Ninth, c’est une claque encore plus magistrale que son prédécesseur.

Longtemps j’ai été paumée dans les brumes qui enserrent Harrow, perdue dans sa douleur et sa nouvelle condition de lycteure. La narration s’effectue à la deuxième personne du présent. Les événements qui nous sont dévoilés semblent décousus. D’ailleurs, Harrow elle-même n’y pige pas grand-chose et se retrouve quasiment étrangère à sa propre personne. L’ensemble du texte prend l’aspect de tableaux, de bribes de réalité que l’on essaie de recoller.

La découverte de Dieu – John Gaïus de son vrai nom – et de ses lycteurs, est fascinant, autant par ce que cela apporte de réponses et de liens de compréhension de l’univers que l’on n’avait pas jusque là, que par le côté fun de ces découvertes. John et ses lycteurs se connaissent – littéralement – depuis des siècles, et les manières qu’ils ont les uns envers les autres s’en ressentent. Ce ne sont pas les relations de subalternes envers une déité, mais des relations de potitude qui engendrent des dialogues décalés.

Comme le précédent tome, si l’ambiance générale est sombre, bardée de nécromancie, de ligaments, de squelettes et de viande, là encore le talent de Tamsyn Muir donne toute sa savoir à l’ouvrage. Le style est toujours aussi génial et imagé, et capable de nous proposer des passages mémorables où le gore le dispute à l’envie de rire. Ce tome apporte beaucoup d’éléments réponse, des questions plus encore, des retournements de situation et des révélations de fou. Jusqu’à la narration en « tu », employée de manière magistrale.

Une réussite donc, et un tome 3 que j’attends de recevoir avec grande impatience. Et toi, cher lecteur, chère lectrice, si tu n’as pas encore plongé dans cette saga de fou, il est grand temps de la découvrir :p

Note : 5 sur 5.
Publié dans PLIB 2023, Science-fiction

Les naufragés de l’institut Fermi – André David #PLIB2023

De quoi ça parle ?

Île de Bréhat, XXIVe siècle. L’Institut Fermi envoie ses agents au XIXe siècle afin d’influencer le cours de l’histoire pour résoudre le grand paradoxe de Fermi et ainsi éviter que l’humanité ne s’autodétruise. Louis, Ángel et Casimir sont des Dériveurs, choisis par les moires de l’Institut car ils présentent le même patrimoine génétique qu’un homme du XIXe siècle. En effet, en Dérive, ce n’est pas l’individu mais sa conscience qui voyage, entre deux corps génétiquement identiques.

Encore plus loin dans le futur, dans ce qu’il reste de l’Institut Fermi en ruines, une jeune clone, Gwenn, réussit à rejoindre un groupe clandestin qui cherche à tout prix à s’opposer aux Dériveurs. Pour cela, eux voyagent, physiquement, dans le temps : ce sont les Voyageurs.

L’affrontement imprévu de Louis et de Gwenn va bouleverser ce que chacun croyait savoir. Quel est le véritable plan des moires ? Qui peut se targuer de maîtriser le cours du temps ? Et surtout, l’humanité peut-elle être sauvée d’elle-même ?

Et c’est bien ?

Un ouvrage de science-fiction dense et bien mené. Malgré quelques défauts que j’évoquerai plus bas, le côté inventif et consistant de cette lecture m’a fait passer un très bon moment.

Le résumé en quatrième de couverture n’a pas été sans me rappeler deux films que j’ai vu plus jeunes ; l’incontournable Armée des douze singes, de Terry Gilliams pour l’aspect « corrigeons le passé et évitons la catastrophe », mais aussi Passé virtuel, de Josef Rusnak dans la manière que certains protagonistes de l’institut Fermi voyagent dans le temps. Je garde de très bons souvenirs de ces films et, si l’aspect voyage dans le temps peut présenter pas mal d’écueils, quand l’auteur mène bien sa barque, ce sont toujours des récits dont je ressors enthousiaste.

Tel a été le cas avec le texte d’André David. Le lecteur est plongé in medias res et vu la complexité de ce qui est mis en place, lecteur lectrice, accroche-toi à tes chaussettes sur 70 premières pages, promis ça en vaut la peine. L’angle de vue utilisé par l’auteur est très restreint. Comme les protagonistes, le lecteur n’est pas dans le secret de gens qui organisent leurs sorties temporelles, aussi les desseins véritables ne se dévoilent-ils que peu à peu.

Côté apports scientifique, je garde en mémoire un passage que j’ai trouvé excellent, dans lequel l’auteur imagine l’ouvrage du mathématicien qui a conduit à la fondation de l’institut Fermi. Mathématique, philosophie et abstraction, j’ai trouvé l’expérience de pensée explicative de ce qui est appelé « la Majeure » et la « Mineure » brillante et passionnante. Promis pour les allergiques, pas de maths dans tous les sens, simplement une façon de penser le temps et l’histoire que j’ai trouvée très intéressante.

Pour ses naufragés, André David met en scène des « tableaux », furtifs aperçus des moments d’histoire que les uns cherchent à modifier, que les autres cherchent à maintenir. J’ai apprécié que l’auteur ne se perde pas en détail sur les périodes et réussisse avec concision à présenter l’essentiel pour que le lecteur saisisse la situation et les enjeux.

En revanche, petit bémol – et c’est malheureusement souvent le cas, je trouve, quand les auteurs se concentrent sur les aspects scientifiques et denses de leur récit – les personnages sont un peu laissés pour compte. J’ai apprécié de suivre Gwen et Louis, mais j’aurais davantage apprécié de m’investir plus émotionnellement à leur côté. Dans ce contexte où il m’a manqué un aspect empathique avec les personnages, le désir de maternité m’a paru presque farfelu et artificiel, pour ne pas dire de trop. On passe sur l’humanité des personnages tellement rapidement qu’il leur manque un quelque chose de spontané. Il en va de même pour le personnage qui m’a le plus plu : celui de Musashi. Son profil est particulièrement intéressant, mais l’auteur a tellement de choses à relater (et l’ouvrage, en plus d’être dense, est déjà épais) qui les introduit très vite et succinctement. C’est là mon principal reproche sur ce récit.

Une lecture exigeante donc, qui présente quelques défauts mais qui mérite que l’on y plonge pour ce qu’elle propose d’aventure, de trouvailles et de réflexions. A découvrir

Note : 4 sur 5.

#PLIB2023
#PLIB2023A
#ISBN9782375792421

Publié dans Anticipation, PLIB 2023, Science-fiction

Alfie – Christophe Bouix #PLIB2023

De quoi ça parle ?

Alfie est une lA de domotique dernière génération. Il filme tout, note tout, observe tout. Implanté depuis peu dans le foyer d’une famille moyenne, il aide au quotidien et propose sa gamme de service à haute valeur ajoutée tout en essayant de comprendre cette étrange espèce : les humains. Mais un soir, tout bascule. Que signifient ces mensonges, ces traces de lutte, cette disparition ? Alfie est dubitatif. Est-ce lui qui délire ? Ou un meurtre a-t-il été commis dans cette famille sans histoires ?

Et c’est bien ?

Vous avez envie d’une lecture facile, légère, fun, addictive ? Plongez dans Alfie !

La donne de départ est simple : l’auteur grossit le trait de l’environnement ultra-connecté et des assistants vocaux pour nous proposer une narration menée par une IA (Alfie). On se doute rapidement que des scènes d’apprentissage linguistique et de quiproquos ne tarderont pas à pointer le bout de leur nez, et je m’en suis frotté les mains à l’avance. A raison car, bien que souvent attendus, ces passages fonctionnent très bien et émaillent le roman de truculente manière. Alfie qui tente de communiquer avec le chat, ou de comprendre et intégrer un langage fleurit offrent des scènes assez savoureuses.

Les personnages mis en scène, la famille Blanchot, présente une structure classique – couple marié avec deux enfants. On n’en entrevoit que ce qu’Alfie en perçoit et en comprend à travers ses caméras, de façon parcellaire mais aussi inquiétante. Car Alfie s’implante partout et se jumelle à tous les appareils connectés qu’il peut : smartphones, GPS, systèmes de sécurités, ordinateurs, miroirs et vêtements connectés. Pire, la famille Blanchot évite de trop le déconnecter, en-dessous de 85% de couverture de la maison par Alfie, le foyer perd des points auprès de l’assurance et ne remplit pas le contrat de transparence qu’ils ont signé.

C’est dans ce contexte que les cachotteries et malentendus prennent place, et que l’intrigue policière entre en jeu. L’auteur s’amuse avec notre perception tronquée par le biais de son narrateur, ce que l’on peut déduire, ce que déduit Alfie. Alfie qui est mis en sus en contact avec le roman étudié en classe par Zoé, l’aînée de la famille, Le meurtre de Roger Ackroyd. Christophe Bouix joue à merveille avec tous ces fils et propose un récit prenant, qui devient très vite addictif, d’autant plus que le lecteur a très vite conscience des biais de perception d’Alfie.

Bien que m’attendant au dénouement, l’auteur est cependant arrivé à me faire douter plusieurs fois. L’intrigue policière est réussie, avec en écrin une satyre de notre société hyper-connectée et notre… inconscience ? Résignation ? face à la pompe des données personnelles par les géants du numérique. L’exercice de style est d’autant plus marquant que, bien souvent, quand on en parle, j’entends souvent que bon, ce n’est « que » pour de la publicité ciblée. Dans Alfie, Christophe Bouix parvient à mettre en exergue les travers que cela peu occasionner en l’intégrant au quotidien d’une famille classique et en rendant le lecteur spectateur, en lui faisant faire un pas de côté par le biais d’Alfie. En somme, une très bonne lecture, distrayante mais pas que. A grignoter sans modération.

Note : 4.5 sur 5.

#PLIB2023A
#PLIB2023
#ISBN9791030705614

Publié dans Fantastique, Fantasy, PLIB 2023, Science-fiction

PLIB 2023, on rempile !

En attendant la révélation du gagnant 2022, qui sera annoncé ce 15 octobre 2022, le blog rempile pour une deuxième année, avec d’autant plus grande joie que cette année, une catégorie adulte voit le jour, catégorie dans laquelle j’ai souhaité m’investir.

Si vous souhaitez jeter un oeil sur les titres qui concourent cette année, ils sont d’ores et déjà visibles sur le site du PLIB. Comme l’année précédente, un premier écrémage consiste à choisir 80 titres parmi les ouvrages, les présélectionnés seront révélés le 17 octobre.

A l’instar de la session 2022, le choix a été difficile. Des ME et des auteurs que j’apprécie, d’autres que je découvre, des résumés alléchants… Je vous invite à découvrir ma sélection. S’il y en a que vous avez déjà lus, n’hésitez pas à venir en discuter 🙂