Publié dans Coups de coeur, Fantasy

Printemps de funérailles – Alexandre-Fritz Karol

Le chasseur de primes Luther Falkenn,
accompagné de son chat, Boniface
Illustration de Nicolas Jamonneau

De quoi ça parle ?

Vingt ans.
Vingt ans que s’éternise la guerre entre la Ligue de Skarland et l’Empire anscaride. Mais les arcano-technologues, les sorciers hérétiques à la botte de l’empereur Hagen, ont mis au point de nouvelles armes qui ne tarderont pas à écourter le conflit : les dragonnefs, vaisseaux volants capables de rayer une ville de la carte en quelques heures.

Vingt ans aussi que Luther Falkenn court après les criminels. Comme policier, d’abord, et maintenant comme chasseur de primes. Mandaté par un richissime banquier nain pour mettre la main sur des documents volés particulièrement compromettants, il se rend à Solmost, où la Ligue fait face à une pression grandissante : soutenues par les dragonnefs, les armées de l’empereur approchent de la cité. Pas de quoi faciliter la tâche de Falkenn et de son acolyte Boniface, félin aux pouvoirs mystérieux, à la langue bien pendue et au caractère de cochon.

D’autant que dans la folle course aux armements qui les oppose à l’empereur, les dirigeants de la Ligue s’apprêtent à commettre l’irréparable en libérant un pouvoir oublié. Et Falkenn, qui croyait traquer un vulgaire voleur, va devoir affronter un adversaire d’un tout autre calibre, revenu tout droit de l’au-delà.

Et c’est bien ?

Je vous en avais parlé dans ma chronique sur le recueil Crocs et alambics, une des nouvelles parmi celles qui m’avaient marquée était celle intitulée La plus belle des réussites, d’Alexandre-Fritz Karol, l’auteur du présent roman. Le titre suivant que j’ai commandé chez Crin de chimère, l’éditeur, a donc été tout naturellement Printemps de funérailles, et j’y ai retrouvé tous les ingrédients qui m’avaient plu dans la nouvelle… et plus encore.

Printemps de funérailles, c’est un univers complet, cohérent et fouillé, distillé sur 600 pages. Il fait partie des textes que j’affectionne qui ne tombent pas dans l’encyclopédisme et qui infusent au gré de l’histoire les différents éléments de cet univers. J’ai plus d’une fois été impressionnée par la minutie de l’auteur à penser certains aspects.

L’univers est politiquement très fouillé mais absolument pas ennuyeux. L’enquête de Falkenn le mène dans la ville de Solmost, capitale de Pont-Salin, pays appartenant à la Ligue, dont la population suit avec appréhension l’avancée de l’armée anscaride et de son terrible général, Tyruman Khan. Evidemment, la presse relaie les différentes exactions ennemies, et un des éléments les plus marquants de cette minutie dont je parlais plus haut restera sans doute les journaux ; je crois que je n’ai encore jamais croisé d’ouvrage de fantasy dans lequel on découvre plus d’un journal, et pour lesquels l’auteur a pris la peine d’imaginer diverses lignes éditoriales.

La proximité de la guerre crée des remous parmi les différents gouvernants, d’autant plus que le roi est moribond et que les enjeux de pouvoir sont au coeur de luttes personnelles et financières des différents ministres. Alexandre-Fritz Karol donne un panorama intéressant et passionnant de cet aspect, sans que cela fasse plaqué. Tout est systématiquement lié de manière cohérente à l’avancée de l’histoire.

La galerie de personnage proposée est des plus savoureuses et dénuée de manichéisme. Bien sûr, Luther Falkenn, chasseur de primes taiseux m’a plu par sa prestance, tout autant que Boniface, le chat qui l’accompagne, particulièrement mal embouché et qui vient souvent rajouter son piquant grain de sel, de préférence dans les situations qui s’y prêtent le moins. La relation entre ces deux lascars donne souvent des situations explosives et cocasses.

Mais à ces deux-là, ajoutons Dreng Scramasaxe, le banquier de Solmost, que l’on apprend à apprécier, le grand – au sens propre – général Wolfdagger, que son défaut d’élocution ne transforme pas en faire-valoir des autres personnages, Tyruman Kahn, le terrible général ennemi, que l’on aperçoit peu mais que l’auteur parvient à doter d’une aura impressionnante. Les femmes ne sont pas en reste – les soeurs Galate sont des personnages féminins forts et particulièrement charismatiques, et il en va de même pour l’imprécatrice Wilhelmina Morville. Qu’ils soient initialement perçus comme bons ou mauvais, aucun personnage n’est caricatural. L’auteur les habille d’une vraie présence et les développe de manière intéressante. On s’intéresse à tous et aucun ne finit au rang de marionnette vide.

L’histoire en elle-même est passionnante, forte de tous ces éléments. L’auteur nous propose une enquête particulièrement haletante. Tous les attributs de fantasy classique sont adaptés à l’histoire, et l’auteur évite les coïncidences bienheureuses, se réapproprie de manière originale certains aspects éculés du genre. Les nains, le panthéon, la magie m’ont beaucoup plu – et jusqu’au final l’auteur ne fait pas dans le consensus ; la bataille épique de conclusion n’est pas ce que l’on a l’habitude de voir, et les héros ne sont pas ceux que l’on attend.

Mais surtout, surtout, j’ai gardé le meilleur pour la fin ; ce qui fait tout le sel de ce roman, le basilic sur le tomate-mozza, la cannelle sur la tarte aux pommes ( « abrège et crache le morceau », me tancerait Boniface ), c’est le ton donné au roman. J’ai particulièrement apprécié la plume de l’auteur. Construite, riche et ambitieuse, et par ailleurs très fluide, saupoudrée… bourrée d’un humour pince-sans rire qui vient régulièrement émailler l’histoire. A plus d’un titre, j’ai éprouvé une vraie jubilation à suivre les facéties glissées ici et là, l’air de ne pas y toucher. Il en va de la narration comme du bagou impayable de Boniface (dont j’exige d’intégrer immédiatement le fanclub). Je ne résiste pas à vous proposer un petit extrait, qui rend particulièrement bien compte de cette prose qui m’a tant plu :

Boniface n’hésita pas un instant. Il savait pertinemment ce qu’il lui restait à faire. On élevait les mandragots pour leur intelligence et leur vivacité d’esprit, non pour leur fidélité à toute épreuve confinant à la stupidité crasse – sans quoi, se disait-il souvent, on aurait pris des chiens pour faire le boulot. Un brave renifleur de trous de balle à la langue pendante y aurait réfléchi à deux fois avant d’attaquer son maître, aurait tergiversé. Mais les chats étaient déjà naturellement des salauds tournant à la logique, et la part humaine des mandragots achevait d’en faire de parfaites petites ordures.

Vous l’aurez sûrement compris, en un mot comme en cent, c’est totalement conquise et à regrets que j’ai refermé cet ouvrage. Il va de soi que je colle aux basques, à l’avenir, aux prochaines publications de l’auteur (d’ailleurs j’ai, joie, encore un texte à lire, Le silentiaire, que je m’en vais grignoter avec plaisir dans les prochains jours). Lisez Alexandre-Fritz Karol. Ça vaut vraiment le coup 🙂

Note : 5 sur 5.

A lire si vous recherchez :
– de la fantasy qui sort de l’inspiration médiévale
– un style exigeant mais fluide
– un duo de choc

Publié dans Fantasy, Horreur, Nouvelles, Science-fiction

Crocs & alambics – anthologie

Illustration de Tithi Luadthong

De quoi ça parle ?

«Jour inconnu. La créature rôde au gré de nos couloirs. À mesure de sa recherche de chair, elle semble gagner en intelligence. Comme si cette chasse incessante était un jeu, une source de connaissance pour elle. Je suis si fatigué ; cette fuite, cette survie dans ce centre de recherches abandonné et clos, me rend fou. Je stagne dans ma déchéance. C’était un test. Juste un test…? ».

Et c’est bien ?

Le ton est donné à travers la quatrième de couverture, qui n’est autre que le texte proposé par la maison d’édition Crin de chimère lors de l’appel à textes : des expériences et du monstre à travers ce recueil de dix nouvelles. Ce panel propose tant fantasy que science-fiction et horrifique. Premier livre pour moi chez cet éditeur, et aucun auteur ou autrice que je connaisse, totale découverte donc, chaudement recommandé par ma copinaute Yserei. Petit tour d’horizon.

Le recueil s’ouvre sur la nouvelle Moonshine, de Philippe Aurèle Leroux, où le lecteur, au côté des protagonistes, découvre un mystérieux vaisseau apparemment vide en orbite d’une planète, ainsi qu’un journal de bord qui vire de plus en plus inquiétant. L’auteur alterne les fragments du journal de bord, fragments qu’il distille pour que le lecteur ait à peine une longueur d’avance sur les personnages, et l’exploration du vaisseau. L’atmosphère fait complètement penser à Alien, les inventions, mêlées de facéties, sont sympa comme tout, la plume est efficace, prenante, très agréable, et l’auteur glisse çà et là des notes d’humour fort appréciable dans ce texte haletant. Premier essai transformé.

Sangpiternel, de Yoann Dubos proposé un texte horrifique particulièrement angoissant, dans lequel une église fanatique de la chair semble beaucoup en vouloir aux humains modifiés mécaniquement, qui osent attenter à leur chair. Je ne vous en dis pas plus. J’ai apprécié que, malgré le côté particulièrement rebutant de certains passages, l’auteur n’en fasse pas des caisses. La technologie et le monde crasseux, presque steampunk, qu’il imagine, sont passionnants à découvrir. Là encore très belle plume, que j’ai suivie avec plaisir.

Un bon pulp pour insuffler un peu de légèreté après son prédécesseur, Partie de chasse, de Fabrice Pittet m’a aussi énormément plu. Lancés à la poursuite d’un monstre gréant sur une planète hostile, Mordo et Sherlo, deux mercenaires particulièrement bourrins et décérébrés m’ont embarquée – et bien fait rire – dans leurs pérégrinations farfelues. La fin est particulièrement savoureuse.

Où est le monstre ?, de Constantin Louvain m’a un peu moins emballée. La nouvelle est bien écrite, mais je crois surtout que la barre était très haute avec les trois premiers textes, et que celui-ci m’a paru plus quelconque. Un militaire chargé de tirer des informations d’un scientifique-saboteur afin de sauver ses collègues à la merci d’un monstre. Le texte joue sur le double sens du titre. Si la balade était sympathique, elle m’a moins marquée que les autres.

La plus belle des réussites, d’Alexandre-Fritz Karol, emmène le lecteur dans un monde exsangue, marqué par une guerre contre des Abominations sorties des éprouvettes de personnes peu recommandables. L’auteur nous invite à voyager sur une mer qui se révèle davantage farcie de monstres qu’elle ne le devrait, et à partager le sort fort angoissant qui attend son équipage. Coup de coeur pour la plume, que j’ai trouvé très belle, eeeeet je soupçonne l’auteur d’avoir développé un univers dont on n’entrevoit ici qu’une partie (d’ailleurs, j’avoue que si un autre texte dans cet imaginaire était proposé, je signerais direct 😉 ). Coïncidence fort à propose, lors de ma commande sur le site éditeur, j’avais hésité entre le présent recueil et un roman, Printemps de funéraille, qui se révèle écrit par l’auteur de cette nouvelle, et qui va certainement rejoindre mes étagères sous peu.

Une très intéressante inversion de rôle et de points de vue dans le texte Cauchemar organique, de Paul Vialart. L’héroïne du texte se réveille aux mains d’une Machine qui semble vouloir attenter à son intégrité. Dès lors, il s’agit de fuir, mais cela devient compliqué avec une mémoire qui flanche. Je suis restée un peu dubitative tout le long du récit, mais il faut avouer que la fin fait tout, et est particulièrement bien pensée.

Le cantique de Schrodinger de R. Sennelier, encore une très bonne lecture avec une entreprise qui propose aux personnes mutilées de remplacer leurs membres par des prothèses interchangeables, faisant d’eux des modulaires. On y trouvera des thèmes de science-fiction assez classiques, notamment celui de la liberté mise à mal par des intérêts privés, mais l’ensemble est très bien pensé.

Caris & Cagom, de K. Sangil est plutôt original dans ce qui est imaginé, mais j’ai davantage peiné sur ce texte. Sûrement en grande partie à cause de la mise en page – la lecture en colonne a une raison bien précise et logique, néanmoins, le côté fragmentaire de la lecture qui en découle m’a sortie du texte plusieurs fois le temps de recoller les morceaux.

Une petite déception avec Ad Monstrum de Jenna Preston-Penley et Alicia Alvarez. La plume des autrices est intéressante, mais je n’ai pas apprécié ce qui est proposé dans ce texte, qui en plus m’a déroutée plusieurs fois avec des choix de vocabulaire que j’ai trouvés étranges. Un affrontement sanglant de monstres de laboratoire pour le plus grand plaisir d’une foule en délire, adepte de ce qui semble devenu un « sport », avec ses stars. J’ai trouvé le retournement de situation un peu facile et n’ai pas trouvé d’intérêt dans le texte.

Xoth, de Kaegor de Rion vient conclure l’anthologie. Texte de fantasy horrifique dont j’ai beaucoup apprécié l’univers, l’atmosphère et l’imaginaire proposés, en revanche j’ai trouvé la narration parfois un peu confuse. J’en suis ressortie mitigée, néanmoins je serais curieuse de découvrir l’univers de l’auteur à travers d’autres textes. J’ai bien apprécié la présence de l’alchimie proposée dans le texte, thème qui ne m’intéresse pas forcément et que je croise rarement, mais que j’ai trouvé plutôt bien exploité ici.

En conclusion donc, un recueil que j’ai trouvé d’excellente qualité et dont je ressors particulièrement enthousiaste. Les plumes et imaginaires proposés sont d’une grande richesse et de très bonne facture, et j’ai d’ores et déjà noté plusieurs nom que je suivrai avec plaisir.

A lire si vous recherchez :
– de nouvelles plumes de qualité
– de la fantasy ou science-fiction horrifique
– des savants fous et des expériences inquiétantes

Note : 5 sur 5.
Publié dans Fantasy, Steampunk

Vaisseau d’Arcane, tome 1 : Les Hurleuses – Adrien Tomas

Illustration de Qistina Khalidah

De quoi ça parle ?

Au Grimmark, la magie peut foudroyer en un éclair. Ses victimes, les Touchés, ne sont plus jamais les mêmes : ils possèdent une incroyable puissance, mais leurs esprits sont à jamais anéantis.

Lorsque son frère Solal est frappé par l’Arcane, Sof, infirmière raisonnable et sans histoire, décide de tout risquer pour le sauver du destin de servitude qui l’attend. Dans leur fuite éperdue à travers les steppes infinies et les forêts boréales, ils découvriront un monde sublime et redoutable.

Mais leur liberté est vue comme un affront, leur existence même comme un blasphème. Dans leur ombre, des factions s’affrontent, tissant autour d’eux un écheveau de machinations dont elles tirent les fils avec une virtuosité machiavélique.

La magie n’est pourtant pas une puissance qui se dompte…

Et c’est bien ?

Nul doute que le résumé est alléchant, en tout cas cette histoire de magie imprévisible et de Touchés dont l’esprit est foudroyé me tentait bien. J’avais, il y a des années, adoré la lecture de Notre-Dame des loups, du même auteur, et même si je savais qu’il avait écrit d’autres textes, je ne m’étais encore jamais penchée sur ses autres récits.

Alors, que dire de Vaisseau d’Arcane ? De prime abord, c’est sans conteste un univers que j’ai adoré découvrir et pour lequel l’imagination de l’auteur m’a plusieurs fois beaucoup plu. Cette histoire de magie imprévisible en fonction des différents endroits du monde est intrigante. Le côté steampunk est très marqué, sans pour autant être outrancier, ce que je reproche parfois à certains récits du genre. J’ai trouvé le principe des Poissons-Crânes absolument génial : un peuple des abysses ayant développé les capacités technologiques pour explorer le monde hostile de la Surface. De nombreux éléments que l’auteur nous dévoile dessus m’ont beaucoup plu : leurs aéroscaphes, nécessaires à leur survie, leur politique, énigmatique, leur hiérarchie sociale. Les personnages que l’on découvre de ce peuple sont aussi plutôt intéressants.

En sus de cet univers, l’auteur développe une riche galerie de personnages. Sof, l’infirmière qui veut désespérément sauver son frère du sort réservé aux Touchés, une vie d’esclavage en vue d’exploiter leur potentiel magique. Nym, jeune assassin énigmatique, « opérateur » au service des Ediles du Grimmark mais qui révèle des ambitions pour le moins mystérieuses et qui dépassent ce qui lui est officiellement demandé. Gabba Do, jeune ambassadeur des abysses qui ne demande qu’à découvrir les humains. Le peuple orc, peuple végétal dont les parias hantent les cimetières de Mithrisias, la capitale… Tout était réunit pour un bon cocktail d’aventure.

Malheureusement, la sauce a mal pris. Si la découverte progressive de l’univers proposé par Adrien Tomas est un coup de coeur, en revanche, plus l’histoire avançait, plus une multitude de petits « couacs » est venue me dérouter. A commencer par Sof. Une jeune femme, infirmière. Un profil peu vu en fantasy et qui m’emballait. Elle est belle, timide mais se révèle très intelligente, très douée, dotée d’une autorité fort utile, très… trop. Malgré les failles que l’auteur tente de lui accoler, elle m’a paru trop parfaite et archétypale, et elle en est venue à m’agacer. Même chose pour Nym, de son vrai nom Hiéronymus Vénoquist, assassin prodige, de manière un peu trop facile et pour lequel je souhaite vraiment me tromper sur ce que nous réservera le tome final – je ne suis pas fan d’amourettes surprises et cela me paraîtrait ajouter un cliché supplémentaire à l’ensemble.

Aux trousses de ce petit monde, un quatuor d’assassins, les anciens compagnons de Nym, décidés à faire respecter leur honneur d’assassins au service des hauts placés du Grimmark. On ne quitte pas leur groupe comme ça. Censés être les meilleurs assassins qui soient, les plus retors, les plus habiles, habitués à traquer leurs proies, ils se comportent de manière qui m’a semblé puérile. Certains passages ont dû être drôles à écrire, et m’ont certes fait rire. Mais l’un de ces spadassins se révèle un crétin fini, et mettre en scène une dispute parce que l’un d’eux a voulu faire du feu pour offrir le thé aux autres alors qu’ils sont en pleine traque m’a surtout fait penser à un épisode de Naheulbeuk (on ne fait pas de feu dans un donjon !) et ne m’a pas semblé très raccord avec le profil initialement présenté. Il en va de même pour le devenir de ce groupe que je n’ai pas trouvé crédible et trop facile.

L’ambassadeur poisson-crâne Gabba Do quant à lui m’a paru trop naïvement naïf. Il était le meilleur de sa promotion mais ne voit pas arriver tout ce qui lui tombe dessus. Même avec l’excuse de la méconnaissance des humains, il est censé avoir été le meilleur « apprenti-ambassadeur » et j’ai eu du mal à croire que le comportement de certains des humains qu’il croise l’aient trompé à ce point. Alors que c’était le personnage qui m’intéressait le plus, il a fini par m’agacer. Les orcs m’ont fait penser aux Trolls d’Arleston et Mourrier, et pareil, pas mal de personnages archétypaux : le guerrier musclé, les anciens, la chamane et une organisation sociale qui m’a parue trop effleurée. Au final, sans être lui-même très original, je crois que le personnage qui m’aura le plus plu reste Magnus, le fiancé de Sof. Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit développé, et contre toute attente, je me suis rendu compte que je l’appréciais beaucoup.

L’aventure en elle-même ne m’a pas déplu. Malgré ses défauts, je l’ai lue avec plaisir, mais je n’ai pas arrêté de buter sur un étrange mélange d’inventions que j’ai trouvé super originales et qui m’emballaient à fond, et des scènes ou personnages trop vus et qui auraient mérité un développement peut-être plus profond pour être crédibles avec ce qui nous en est dit et ce que l’on en perçoit. La chose qui sauve, c’est que l’auteur sait ne pas ménager ses personnages et ne caresse pas forcément son lecteur dans le sens du poil. Je lirai certainement la suite, car il s’agit d’une série en deux tomes et que je veux le fin mot de l’histoire. J’espère aussi que l’on aura des explications sur les motivations du gros twist final, car je dois avouer que je ne vois pas quel est l’intérêt des instigateurs de toutes les machinations auxquelles on assiste – je mets ceci sur le compte du fait que je n’ai pas encore toutes les clés.

Une lecture en demie teinte donc, loin d’être déplaisante mais qui m’a déçue sur certains aspects. J’en attendais davantage des personnages, surtout, et j’espère qu’ils gagneront en épaisseur dans le tome suivant.

Note : 3 sur 5.
Publié dans Fantasy, Jeunesse

Les chroniques des temps obscurs, tome 2 : Fils de l’eau – Michelle Paver

De quoi ça parle ?

Torak est un garçon à part. Un garçon qui sait parler aux loups. Un garçon qui doit affronter les Mangeurs d’Ames… au risque de perdre la vie. Le Clan du Loup, auquel il appartient, est menacé par une terrible maladie et la peur ronge la Forêt tout entière. Cet été-là, l’air est irrespirable, comme empoisonné. Nul ne connaît la cause de cette épidémie et seul Torak peut trouver l’antidote. Sa quête le conduit de l’autre côté de la mer, vers les mystérieuses îles du Clan du Phoque. Là-bas, Torak va braver un invisible danger et découvrir un terrible secret. Un secret qui changera sa vie à tout jamais.

Et c’est bien ?

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé l’univers de Torak. L’univers de la forêt, des clans, mâtiné de chamanisme et auquel l’autrice ajoute un soupçon de magie particulièrement intéressant et qui fait tout le sel de cet univers.

L’atmosphère de cet ouvrage est bien plus sombre que celle du tome précédent. Malédiction, être inquiétants par l’entremise des Tokoroth, une maladie qui ravage les différents clans. La fuite de Torak dans l’espoir de trouver un remède à tout cela, Torak poursuivi par une menace invisible et malfaisante. Pas mal de passages de son périple rendent toute lecture vespérale un rien angoissante. Cet aspect servi par le style de Michelle Paver, qui a défaut d’être beau, est néanmoins très efficace et fluide.

Plusieurs aspects du tome 1 sont davantage développés et laissent présager des réponses dans les tomes suivants : les fameux Mangeurs d’Ames, dont ont commence à entrevoir les desseins initiaux et actuels, les pouvoirs de Torak, présentés de manière suffisamment subtile pour que l’on n’ait pas le sentiment d’une énième figure d’ « Elu » à qui tout va réussir.

Mention spéciale aussi aux personnages féminins, qui ne sont pas en reste, et c’est agréable. Le personnage de Renn, particulièrement débrouillard, m’a plusieurs fois rappelé Hermione qui sert souvent de bouée de secours à Harry. Saeunn, la mage du clan des Corbeaux est également particulièrement appréciable.

En somme, autant de qualités qui font de ce livre jeunesse un texte pas simplet pour un sou. Je ne garde aucun souvenir de ma première lecture, j’ai donc redécouvert l’aventure avec le plaisir d’un oeil presque neuf.

A lire si vous cherchez :
– une atmosphère sombre et prenante
– un style efficace et fluide
– des personnages qui évoluent et grandissent de manière crédible

Note : 4 sur 5.

>> Vers la chronique du tome 1 <<

Publié dans Fantasy, Nouvelles, Science-fiction, Steampunk

Ecologie & folie technologique – anthologie

De quoi ça parle ?

Le steampunk invite à revisiter le passé, à renouer avec les racines de notre société. Dans cette anthologie, on vous emmène au commencement de l’industrialisation, au moment où tout était encore possible pour la planète et pour l’Homme. Et si les choses s’étaient passées autrement ? Pour le meilleur ou pour le pire, ou juste différemment. Prenez place dans notre machine à remonter le temps !

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Et c’est bien ?

Un excellent petit recueil de quatre nouvelles appartenant au genre steampunk, chacune avec un style et un univers différent. Je ne suis pas une très grande aficionada du genre, néanmoins le thème de cette anthologie ne pouvait que me parler. Petit tour d’horizon :

Premier texte, D’amour et d’acier, de Francis Jr Brenet. Une histoire d’enquête et de secrets, dans laquelle l’humanité, installée confortablement sur des îles flottantes, déverse copieusement les rebuts de sa consommation galopante sur le sol de notre bonne vieille planète. Qu’à cela ne tienne, celle-ci s’adapte. Cette nouvelle allie un vocabulaire imaginé et imagé à certains codes horrifiques que l’on peut parfois trouver dans le steampunk. Ce n’est pas ma préférée du recueil, et si la chute est sympa… elle est un peu trop classiquement steampunk à mon goût, dans les fils utilisés comme dans l’esthétique évoquée. L’aventure reste toutefois très plaisante à lire.

Beautés, d’Audrey Pleynet prend la suite. Une jeune femme découvre un étrange salon de beauté et devient vite dépendante des multiples possibilités esthétiques offertes par celui-ci. L’écriture est enlevée, légère, parfois drôle, et aborde le thème de l’apparence et du regard des autres. L’imagination de l’autrice est subtile et j’ai bien aimé que le thème prégnant de cette nouvelle, sans en faire trop, soit un élément esthétique particulièrement marquant du steampunk : les fringues !

Troisième nouvelle avec un auteur dont un des livres traîne dans ma pile de lecture : Emmanuel Chastellière, avec ici un texte intitulé L’homme sans rivage. Un titre qui ne m’inspirait pas particulièrement, une première partie de texte dont je m’interroge encore un peu sur l’utilité de la violence décrite. Néanmoins, l’imaginaire développé derrière avec la base lunaire de Célestopol et l’atmosphère qui s’en dégage m’ont totalement séduite. J’ai vite compris que la nouvelle était liée à un recueil que j’ai souvent vu passé (intitulé Célestopol, hé, il en faut de l’esprit de déduction hein ? :p), et qu’il faut sans conteste que je me procure de toute urgence. La fin de la nouvelle n’est pas des plus marquantes mais j’ai bien aimé l’esprit un rien mélancolique que s’en dégageait.

Enfin, Fengshui et vapeurs de jade, de Romain d’Huissier, vient conclure ce recueil et nous propose une atmosphère bien différente du steampunk aux accents victoriens que l’on connaît bien, puisqu’il prend place, vous vous en douterez d’après le titre, dans un univers asiatique et plus précisément en Chine, où l’on suivra l’enquête de Ming Zhi et de sa garde du corps, Li Zhao, dans un village dont la spécialité est le jade rouge, utilisé pour les machines à vapeur, et dont un chantier a été mystérieusement interrompu. Mythologie chinoise et complot, en sus d’un duo de personnages éminemment sympathique, le mélange est réussi, et si d’aventure les deux comparses devaient réapparaître dans d’autres aventures, je les lirai avec grand plaisir !

Pour conclure, un excellent petit recueil, qui ne paie pas de mine, mais qui propose une variété de styles et d’imaginaires que j’ai particulièrement appréciée. On voyage et on ne s’ennuie pas.

A lire si vous cherchez :
– à découvrir le genre steampunk
– de bons récits d’aventure
– à découvrir de nouveaux auteurs

Note : 5 sur 5.