Publié dans Fantasy, Service de presse, Young Adult

Bayuk – Justine Niogret

De quoi ça parle ?

« Tu as son sang. Elle a tué ma lignée, je tuerai la sienne ! »

On raconte que c’est arrivé un soir sans Lune, au village de Coq-Fondu, dans l’endroit le plus reculé du Bayou. Qu’une jeune fille a été maudite pour les crimes de sa mère, la pirate la plus redoutée des mers, qu’elle n’a jamais connue. Où qu’elle aille, les esprits iront aussi, la traquant pour nourrir leur colère et leur tristesse. On raconte encore qu’il existe un endroit abandonné, où tout commence et tout finit, et que c’est là qu’elle devra avoir le courage d’aller. Cette histoire, c’est celle de Toma. Mais c’est aussi celle de Boone et celle de Roi-Crocodile, qui l’accompagneront dans sa quête de vérité.

Et c’est bien ?

Depuis quelques temps, j’étais en recherche de fantasy « bayou ». J’ai croisé du panthéon et de la magie yoruba ici et là, mais j’avais envie de patauger et de voyager dans une ambiance moite et suintante. Evidemment, le titre Bayuk a tout de suite éveillé mon intérêt de ce côté, sans compter que, depuis la parution de Chien-du-Heaume j’avais envie de découvrir l’autrice, chose que je n’ai jamais pris le temps de faire.

Autant dire que j’ai été servie : marigot, vase et relents pas nets sont au rendez-vous. L’entrée en matière et la façon dont le prologue est construit donnent tout de suite envie d’emboîter le pas de l’autrice. Le style de Justine Niogret m’a d’emblée plu : facétieux et affûté, il nous invite à découvrir le village de Coq Fondu et de ses habitant.e.s. Les différents thèmes et péripéties sont bien amenés et on frissonne dès le début – la narration est parfaitement équilibrée entre suggestion et non-dits, qui laissent, au début, planer le doute sur la malédiction.

Le trio de personnages formé par Toma, Boone et Roi Crocodile devient très vite attachants et l’autrice les distille au gré du récit. Toma, notre héroïne, connaît tout au long des aventures un évolution intéressante et travaillée. L’autrice aborde par son biais le fait de devenir adulte, de prendre conscience de la portée de ses actes, de s’intégrer à une société dont les ressorts nous échappent. Non seulement ces thèmes sont très finement et humainement abordés, mais j’aimerais les voir beaucoup plus souvent en young adult.

Les personnages de Boone et de Roi Crocodile, qui gravitent autour de Toma, ne sont pas en reste côté sympathie. Ils trainent leur lot de non-dits, pour autant le récit ne tombe pas dans les révélations clichés de dernière minute. Chaque personnage sonne juste, y compris les antagonistes.

Après le bayou et le vaudou, viennent les pirates. On sent que l’autrice maîtrise ses sujets et qu’elle glisse ici et là des éléments réels sur la société pirate ou les cultures dont elle s’inspire. Les membres de l’équipage qui accueillent nos héros ont tous leurs particularité. J’ai apprécié que l’on s’attache au cuisinier, Marteau, dont les passages sont à la fois touchants et intéressants, autant qu’ils démontrent la qualité de plume de l’autrice – je pense au passage de la tortue et n’en dis pas plus.

La fin, elle non plus, ne déçoit pas ; les différents dénouements coulent de source sans tomber comme un cheveu sur la soupe. Une très bonne aventure donc, et de qualité ; si les thèmes vous parlent, n’hésitez pas à y plonger, le voyage vaut le détour !

Note : 4.5 sur 5.
Publié dans PLIB 2022, Science-fiction, Service de presse, Steampunk, Thriller

Encens – Johanna Marines #PLIB2022

De quoi ça parle ?

Nouvelle Orléans, 1919. Alors que le tueur à la hache sème la terreur dans les rues et nargue les enquêteurs, le corps mutilé d’une jeune femme est découvert en ville. Que signifient ces notes de musique et ces marques de brûlures retrouvées sur sa peau et ces étranges plumes métalliques plantées dans son dos ?
Pour les inspecteurs Perkins et Bowie, une nouvelle enquête s’ouvre. Se pourrait-il qu’un deuxième meurtrier soit à l’œuvre ? Que faire quand deux tueurs en série rivalisent de cruauté et que la ville devient leur terrain de jeu ? Plongez au cœur des Bayous où le jazz est roi et prenez de la hauteur à bord du Mécanic Hall, un aérocabaret où les dancing-automates sont devenus des déesses de la fête.

Et c’est bien ?

Flop flop flop. Et abandon. Les abandons me sont plutôt rares, mais il est des fois où forcer vire au calvaire : j’ai refermé ce livre aux deux tiers, faute de motivation pour continuer. J’ai eu énormément de mal à être convaincue par cette enquête policière, que j’ai trouvée bancale, ainsi que par un univers qui m’a semblé survolé et peu intéressant.

Les personnages ne sont pas crédibles, plutôt que de suivre les acteurs d’une histoire, j’ai eu l’impression d’assister à un théâtre de marionnettes avec vue sur les ficelles et les rouages. Les dialogues sont empruntés, les réactions ne font pas spontanées. Les deux flics qui ont de la bouteille et qui parlent comme des ados m’ont laissée dubitative. D’ailleurs côté crédibilité professionnelle, j’ai eu vraiment du mal à les prendre au sérieux lorsque l’un d’eux, face à un macchabée avec zéro blessure sauf une brûlure sur la tempe, demande si la personne fumait… peut-être étais-je déjà très déstabilisée par cette lecture qui m’échappait, mais j’avoue qu’imaginer un meurtre à la brûlure de cigarette m’a fait rire à un moment où ça n’aurait pas dû être le cas. Et que penser d’un tueur qui a pour motivation de faire écouter du jazz si l’on ne veut pas être tué ? Un moteur d’action un peu léger et qui manque de crédibilité à mes yeux.

On en rajoute une couche avec l’intrigue et sa narration. Le découpage des points de vue, beaucoup trop nombreux, manque d’à-propos, donne une narration hachée et force l’impression que l’autrice s’éparpille. Les coupures sont téléphonées et très artificielles, ne fonctionnent qu’au cliffhanger gros comme un camion, et quand en plus on voit ce qui est révélé, j’avoue que je suis souvent tombée des nues. Le tout narré dans un style aisé à suivre certes, mais qui à mon sens manque de relief.

L’enquête est pâteuse, bancale et ne m’a pas du tout intéressée. J’ai vaguement eu une impression de Jean-Christophe Grangé version steampunk : on te met un tueur qu’on essaie de faire tordu et pervers, deux-trois trucs un peu trash, et roule ma poule. D’ailleurs en termes de steampunk, j’ai là aussi été déçue. On en a l’esthétique, et c’est tout. C’est quelque chose qui m’agace de plus en plus dans ce sous-genre : des textes qui mettent en scène quelques roues crantées mais qui ne font rien, concrètement, de ses caractéristiques pour apporter autre chose à l’histoire qu’un vague décor esthétique. Oui d’accord, l’autrice essaie d’insuffler une révolte des automates… mais elle tombe comme un cheveu sur la soupe. On ne sait pas d’où elle vient, il n’y a aucun enjeu politique ou sociétal un peu posé, aucune tension. On croise juste de temps en temps un pauvre automate pas content et clairement pour moi, ça manque de fond et d’aboutissement là où on aurait pu développer quelque chose d’intéressant.

Enfin, et c’est je crois, cumulé au reste, la cause principale de mon abandon : la correction du texte laisse franchement à désirer. Fautes de frappe, de ponctuation, oublis de mots, concordance des temps erronée, répétitions… et une héroïne qui se permet une remarque sur les fautes d’orthographe d’un slogan ouvrier, oupsi. Bien que peu emballée, j’aurais certainement poursuivi ma lecture bon gré mal gré sans tous ces couacs, parfois présents à moins d’une page d’intervalle.

Un flop donc. Dommage parce que le contexte initial me plaisait, mais dont la mise en scène pèche sur trop de points.

Note : 0.5 sur 5.

Infos livre
Editeur : Snag
Année d’édition : 2021
#ISBN9782490151370

Publié dans Fantasy, PLIB 2022, Service de presse, Young Adult

Fleurs d’Oko – Laëtitia Danae #PLIB2022

De quoi ça parle ?

À Sangaré, la magie, réservée aux hommes, se déploie en de multiples couleurs. Petite Oko parle le Langage des fleurs. Lorsque le murmure des griottes annonce la venue du puissant Soumaoro, envoûteur du royaume en quête d’un aspirant prêt à lui succéder, Oko prend sa décision. Elle quitte tout pour assouvir son besoin d’aventure et de reconnaissance.

Alors qu’aux portes de la capitale, la Brousse menace d’étendre son fléau, dans les dédales du palais d’Ivoire, Oko découvre un tout autre monde. Celui de la magie, telle qu’elle ne l’a jamais expérimentée, mais aussi les intrigues de la cour, les ruses et les coups bas. À qui peut-elle se fier ? Qui redouter ? Tant de questions, si peu de réponses. La concurrence est rude et les embûches parsèment le chemin de la jeune aspirante.

Et c’est bien ?

Retour sur l’un des cinq finalistes du PLIB, parmi lesquels se trouvent également D’or et d’oreillers, de Flore Vesco, Une couronne d’os et d’épines, d’Emily Norsken, Encens, de Johanna Marines, et Prosperine Virgule-Point, de Laure Dargelos. La participation au PLIB inclut l’engagement à lire les 5 finalistes et je dois avouer que lisant peu de young adult, j’y suis allée un peu à reculons pour Fleurs d’Oko. Je n’en aurais jamais autant lu que cette année, et pourtant je dois dire que, même si j’ai eu des déceptions, j’ai également découvert des textes que je n’aurais certainement jamais lus si je n’avais pas participé à ce prix.

Vous l’aurez certainement compris, Fleurs d’Oko fait partie des textes que je retiendrai parmi les bonnes surprises de cette édition. Pourtant, j’ai un instant craint de passer complètement à côté, car s’il y a bien un élément du young adult que je n’apprécie pas, c’est de croiser trop souvent une narration à la première personne du singulier que je trouve rarement justifiée, au présent de l’indicatif qui plus est, et très souvent factrices de maladresses et passages bancals. Si je ne peux pas dire que je trouve une justification à l’emploi de ces éléments dans Fleurs d’Oko, l’ensemble est néanmoins maîtrisé et n’a pas nui à ma lecture.

Côté contenu, j’avais des craintes là encore. J’apprécie particulièrement les imaginaires qui se tournent vers des sources différentes d’inspiration. Le moyen-âge, les mythologies occidentales sont sympathiques, mais quand un auteur ou une autrice propose quelque chose de différent, je prends plutôt deux fois qu’une. Là encore, pour peu que ce soit maîtrisé. Les inspirations émanant des cultures africaines viennent davantage sur le devant de la scène ces temps-ci, mais pas toujours de manière heureuse ; c’est ainsi que j’avais été très désappointée par De sang et de rage, de Tomi Adeyemi, dont les emprunts au panthéon yoruba étaient plaisants, mais la structure et les rouages d’écriture donnaient dans des poncifs qui m’ont rapidement fait déchanter.

Enfin bref, assez digressé et passons au livre qui nous intéresse, car c’est bien de Fleurs d’Oko dont il s’agit, qui a su éviter ces écueils et me proposer un ouvrage que j’ai eu bien du mal à lâcher. Les inspirations de contes, mythes et légendes africaines sont particulièrement bien intégrées au récit et donnent une vraie dimension, différente et originale, aux aventures d’Oko. L’autrice s’est vraiment emparée de ces thèmes et a su construire un univers intéressant, qui m’a réellement transportée ailleurs, en compagnie de monstres inquiétants et de la mystérieuse Brousse.

Un autre aspect de ce qui m’a plu dans cet ouvrage, c’est la façon dont Laëtitia Danae reprend des éléments assez vus sans pour autant faire dans le convenu. Côté magie, on retrouve une segmentation de la société souvent croisée en young adult, des catégories bien rangées à travers lesquelles l’héroïne va évoluer, néanmoins là encore le texte ne nous emmène pas où on l’attend. Cette catégorisation est au final peu évoquée, et la magie d’Oko, celle des fleurs, loin des pouvoirs surhumains ou dévastateurs de certains héros, est mise en scène de façon intéressante, à travers une narration fraîche et dénuée de lourdeurs.

Il en va de même des intrigues de cour, car Oko doit évoluer au milieu de rivaux pour devenir enchanteresse, de même qu’elle doit se faire apprécier des courtisans pour espérer avancer. L’ouvrage ne donne pourtant pas dans un énième roman avec des fourberies et crocs-en-jambe toutes les deux pages et propose avec finesse les progrès d’Oko dans ce milieu, où elle est davantage prisonnière de ses peurs que d’intrigues à n’en plus finir. Les personnages sont fins et sonnent juste. Oko développée de manière intéressante, et sa relation avec les autres protagonistes également. Soori, Adama, Malaïka, Soumaoro, Aasir et bien d’autres qui gravitent autour d’elle sont croqués avec finesse et subtilité.

Alors certes, il y a certains éléments tout à fait classiques dans Fleurs d’Oko : la manière dont notre aspirante enchanteresse évolue et certaines révélations, mais au vu de tout le reste, j’ai aisément passé outre et agréablement profité du voyage, exempt de travers que je reproche trop souvent à cette catégorie d’écrits : romances qui noyautent l’intrigue, triangles amoureux exaspérants, héroïnes parfaites et/ou noyées jusqu’au cou dans des relations toxiques qu’elles ne remettent jamais en cause. Fleur d’Oko est un young adult de très bonne facture, qui m’aura surprise sur pas mal d’aspects, et pour lequel je suis très enthousiaste de lire les suites.

Note : 4.5 sur 5.

Infos livre :
Editeur : Snag
Année d’édition : 2021
#ISBN9782490151264

Publié dans Fantasy, Science-fiction, Service de presse

TysT – luvan

De quoi ça parle ?

Et si le monde était composé de strates à travers lesquelles on pourrait voyager, muni de soga, des sortes d’ancres capables de nous ramener dans notre strate d’origine ? Et si ces strates étaient poreuses, et les créatures passant de l’une à l’autre à l’origine de nos contes et légendes ? Quête de soi, rêve et réalité, musique, TysT offre un voyage étonnant, hommage à la fantasy.

Et c’est bien ?

Première incursion pour moi dans l’univers de luvan, dans un contexte fantasy aux accents de science-fiction. Je ressors de TysT (actuellement en cours de financement participatif) chamboulée et ravie. Chamboulée par ce récit très court, et en même temps particulièrement riche, auquel j’ai peiné à m’accrocher, au départ. Ravie, aussi, de lire une fantasy singulièrement différente de la fantasy épique et batailleuse que l’on peut souvent croiser.

Pour entrer dans TysT, il faut accepter d’entrer dans un univers difficilement saisissable, où la réalité que nous connaissons coexiste avec d’autres réalités poreuses. Longtemps je suis restée incertaine des quelques informations que l’on glane généralement en début de récit dans un monde que l’on doit apprivoiser en tant que lecteur. Pays Dormant, Pays Vif, Pays Veuf… Et pour autant cela n’a jamais gêné ma lecture.

J’ai savouré cette trame incertaine que l’autrice tisse peu à peu autour de la narratrice. Narratrice elle-même incertaine – de l’endroit où elle se trouve, de la manière dont elle doit agir, du monde auquel elle appartient, de qui elle est. Dans cette quête de soi particulière et diablement bien contée, j’ai également beaucoup apprécié la langue et le langage employés. Beaucoup d’ambiguïtés, de doubles, triples sens, de non-dits dans lequel le lecteur doit lui aussi trouver sa voie. Où est le rêve ? La réalité ? La mort ? Le passé, le présent ? Cette matière verte dont on parle est-elle pollution ? Nucléaire ?

L’ensemble est infusé de musique, omniprésente, mais aussi de contes, qui viennent donner du sens à certains événements. Une touche de science-fiction aussi, avec ces univers superposés et une Troisième Guerre évoquée ici et là. Les personnages, malgré une esquisse qui laisse beaucoup de place à l’imagination, ont une présence très marquée, ne serait-ce qu’avec leurs noms. Je ne sais pas comment l’autrice les a choisis, mais j’ai trouvé les assemblages très intéressants, ne serait-ce que pour leur sonorité qui résonne longtemps dans la tête.

TysT est un texte qui s’apprivoise – ou plutôt qui nous demande de nous apprivoiser, nous, notre manque et notre besoin de sens – et qui ouvre sur un univers fantastique, que j’ai parcouru, une fois happée, avec plaisir, curiosité, et pratiquement une joie enfantine. Un texte qui marque, et qui méritera très certainement une relecture.

Grand merci à Xavier Vernet, de m’avoir permis la découverte de ce court texte et de cet univers.

Note : 5 sur 5.
Publié dans PLIB 2022, Science-fiction, Service de presse

Outsphère – Guy-Roger Duvert #PLIB2022

De quoi ça parle ?

Après avoir quitté une Terre mise à mal par les échecs de nos sociétés, l’Arche, premier vaisseau à coloniser une exo planète, arrive au bout d’un long voyage de 80 ans. Ce nouveau monde baptisé Eden est synonyme de nouvelle chance pour l’humanité. Mais cette planète recèle également de nombreuses surprises. Parmi elles, l’une vient même d’ailleurs… Qui sont ces êtres, pourtant si différents, qui disent venir eux aussi de Terre ? Comment se passeront la colonisation et la cohabitation ? Eden abrite bien des mystères et tout autant de dangers. Fera-t-elle de la colonisation le nouvel espoir tant attendu, ou au contraire la fin de notre civilisation ?

Et c’est bien ?

Gros flop avec cette lecture. Outre les thèmes et leur traitement qui m’ont posé problème, j’aurais pu apprécier de retrouver une aventure simple à la Stargate (quelques clins d’oeil de ce côté d’ailleurs), mais la sauce n’a malheureusement pas pris.

Premier point qui m’a chiffonnée : l’entrée en matière. La présentation des personnages qui se réveillent de cryogénisation : musclés, en calbute et « bel homme » pour les hommes. Pour les femmes on va être sur une description de leur joli physique. J’ai eu aussi un peu de mal avec la caractérisation de certains d’entre eux que j’ai trouvée très moyenne (un chinois qui s’appelle Tchang et qui parle par dictons… bon bon).

Deuxième souci, j’ai trouvé ça très militariste. J’ai bien senti à plusieurs reprises que l’auteur essayait d’égaliser sa manière de raconter les civils et sa manière de raconter les militaires. N’empêche que j’ai quand même un arrière-goût de déséquilibre. Les militaires sont présentés comme sévères mais justes, parfois avec un petit côté dictatorial, mais bon, c’est pour le bien commun. Et les civils m’ont fait l’effet de doux-dingues épris de libertés, jusqu’à ce que ça leur tombe dessus, z’avaient qu’à écouter les militaires et leur discours sécuritaire, namého. OK je force un peu le trait, mais cet aspect m’a mise mal à l’aise à plusieurs reprises.

Côté histoire, j’aurais pu me laisser prendre par l’aspect découverte, exploration, installation, mais d’autres éléments m’ont dérangée. Les personnages qu’on a passé quelques pages à découvrir sont noyés au milieu de tous les autres. Il finit par y en avoir tellement qu’on ne s’attache à aucun. La narration est divisée en pleins de de points d’intérêt différents : la colonisation, la découverte d’une, deux, trois, quatre nouvelles espèces, de ruines, d’un virus, de la construction d’un arsenal, de phénomènes inexpliqués qui déciment les colons… ça fait beaucoup, et on saute de l’un à l’autre, j’en ai conçu une sensation de bazar total.

Côté « scientifique » je n’ai pas non plus mon quota. L’auteur essaie de développer des traits de son univers avec des explications qui se veulent logiques. La faune est peu développée, et le peu qu’on croise me laisse de gros doute quant à leur crédibilité, ainsi que sur d’autres caractéristiques de la vie croisée sur la planète. En soit ça n’est pas très grave. Le problème c’est que quand on commence à poser 2-3 éléments sous l’angle scientifique, en tant que lecteur, difficile du coup d’accepter des trucs chelous. Je ne prétends pas avoir les bases scientifiques pour réfuter ou approuver ce qui est imaginé, mais plus d’une fois j’ai été gênée aux entournures. Un cochon rouge dans un monde végétal, ça me pose question.

Ethnologiquement j’ai là encore été mise assez mal à l’aise. Les personnages croisent des autochtones. Qui ont des armes, une culture, une religion, qui fabriquent des choses, construisent, ont un langage… Ce sont des « sauvages », des « créatures » qui « ne méritent pas de compassion » et qu’on envisage systématiquement sous l’angle de la menace, sans chercher à entrer en contact, communiquer avec eux ou simplement les observer pour tenter de les comprendre, malgré la présence de scientifiques. Je pense qu’on est dans la maladresse, mais c’est une des caractéristiques de la SF « à l’ancienne » que j’ai pu lire gamine par l’entremise de la bibliothèque de mon père, et que je trouve complètement désuète aujourd’hui.

Enfin, parlons du style. Pas grande recherche de ce côté, on est dans le descriptif total, avec une grammaire et une syntaxe parfois pas tip top. On enchaîne les clichés (oh bah tiens, tel personnage meurt à ce moment crucial. Oh mince, là aussi. Et on rajoute un couple militaire-scientifique qui passe sont temps à se chercher des poux) ; bien souvent j’ai eu l’impression de lire le scénario d’un blockbuster hollywoodien davantage qu’un roman.

Côté positif, car même avec un avis final négatif, j’essaie toujours de trouver des éléments qui m’ont satisfait. Présentement l’exercice est assez difficile, car j’ai conçu énormément de frustration de cette lecture. La partie scientifique et découverte, dont j’attendais beaucoup, est finalement ce qui m’a le plus manqué. Les différentes découvertes d’artefacts sont intéressantes et ont du potentiel. En fait, les ingrédients de base m’intéressaient, c’est vraiment leur développement qui m’a complètement laissée sur le carreau.

En soi je ne peux pas dire que la lecture m’ait été particulièrement désagréable ; avec un style un peu moins général et plus axé sur les personnages, quelques phrases maladroites en moins et un peu plus de relief, j’aurais certainement apprécié cette aventure au-delà de potentiels défauts.

Note : 2 sur 5.

Info livre :
Année de parution : 2021
Editeur : Inceptio
#ISBN9782490630554