Publié dans Coups de coeur, Fantasy, Science-fiction

Gideon the Ninth – Tamsyn Muir

De quoi ça parle ?

Drearburh, planète inhospitalière, siège de la Neuvième Maison et lieu gardien de la Tombe Scellée. Gideon s’apprête à fuir ce lieu, où elle a été élevée parmi des nonnes peu amènes, des nécromanciens décrépis et une flopée de squelettes et de corps réanimés. C’est sans compter Harrowhark, son ennemie de toujours et héritière de la Maison, qui l’entraîne avec elle dans un périple non sans danger. Si elle veut recouvrer la liberté à laquelle elle aspire, Gideon devra, grâce à ses qualités exceptionnelles d’épéiste, assister Harrowhark dans le défi que l’Empereur vient de lancer aux représentants des neuf Maisons. Parmi ces représentants, un seul aura le privilège de devenir un Licteur, serviteur immortel de l’Empereur.

Et c’est bien ?

Je spoile ma chronique dès le début, mais je suis tellement enthousiaste qu’il faut bien que je l’avoue d’emblée : Gideon the Ninth vient de joyeusement kicker mes coups de coeur 2021. Tout est là. L’ambiance, les personnages, l’originalité, les rebondissements, et jusqu’à la fin, l’autrice propose un texte qui vaut le détour.

Dès les premières pages, on ne peut qu’être séduit.e par le personnage de Gideon. Irrévérencieuse et rebelle, la jeune femme est le centre de dialogues délicieusement sarcastiques. Le monde dans lequel elle évolue est réellement une nouveauté pour moi, et l’autrice sait mettre en scène l’atmosphère générale. On est sur une planète de nécromanciens. c’est sombre, ça sent la poussière et ça cliquète de partout à cause des ossements réanimés. On prend plaisir, par l’entremise de Gideon, à railler certains personnages secondaires pas piqués des vers (ahah !), comme Crux, le vieux bras droit décati de Harrowhark ou les odieuses grand-tantes de cette dernière.

Le travail de construction du récit est fin, le relation entre les personnages travaillées. C’est ce qui fait que, bien qu’ennemie d’enfance de Gideon, on ne déteste jamais complètement Harrowhark. L’autrice n’en fait pas la vilaine antithèse de l’héroïne mais propose une relation complexe, dans laquelle une joyeuse rivalité vache vient masquer les blessures de chacune. L’évolution de cette relation est vraiment une des grandes réussites de ce livre.

Le défi proposé par l’Empereur et les enjeux des différents rebondissements sont dévoilés peu à peu. Comme Gideon et les autres participants au défi, le lecteur est longtemps laissé dans le flou. Le palais de Canaan, où se déroule le défi, est un vaste labyrinthe que j’ai pris plaisir à découvrir et explorer pour en comprendre les mystères ; car c’est un véritable jeu d’enquête, et même d’énigmes que nous livre Tamsyn Muir.

Les personnages que côtoient nos deux héroïnes ne sont pas en reste côté charisme et attachement. De la faible et malade Dulcinea aux mystérieuses jumelles, Ianthe et Coronabeth, en passant par les adorables Magnus et Abigaïl ou les attachants Camilla et Palamedes, je me suis investie dans chacun des personnages.

L’autrice offre de sacrés rebondissements et découvertes, sans temps mort. Jusqu’au bout je me suis bien rongé les ongles dans l’attente du dénouement. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la suite sera obligatoirement au rendez-vous !

Enfin, je ne peux vous quitter sans un mot pour la couverture. C’est toujours un truc qui m’agace un peu, le sujet de la couverture, parce que ce n’est, pour moi, pas un indice fiable de ce que je vais trouver dans un livre. M’enfin là j’étais quasiment obligée d’être cliente, avec une illustration aussi joyeusement rock’n’roll et une recommandation de Charles Stross, en prime. Pour une fois, je dois bien l’avouer, la couverture est vachement représentative de ce que j’ai trouvé derrière. Un récit joyeusement barré, des héroïnes badass pour de vrai, et une histoire qu’on ne lâche pas.

Pour ceux qui ne lisent pas en VO, il semble qu’Actes Sud ait acheté les droits au début de cette année 2021. Je ne peux que vous encourager à foncer quand la traduction verra le jour. Et pour tous les autres, ne surtout pas hésiter. Une chose est sûre : les nécromanciens, ça roxxe ;D

Note : 5 sur 5.
Publié dans Coups de coeur, Science-fiction

Apprendre, si par bonheur – Becky Chambers

De quoi ça parle ?

Quatre personnes, quatre planètes : un groupe d’astronautes part en mission pour explorer des planètes susceptibles d’abriter la vie.

Hommes et femmes, trans, asexuels, fragiles, déterminés, ouverts et humains, ils représentent la Terre dans sa complexité.

Au fil des ans et des atterrissages, ils découvrent des animaux étranges, de « simples » bactéries, et les dilemmes éthiques de l’explorateur bienveillant mais forcément intrusif.

Observer, c’est influencer. Exister, c’est agir.

Il faut savoir jusqu’où aller trop loin ; pour rencontrer l’Autre, il faut le mettre en danger.

Et c’est bien ?

Tout ce que j’aime chez Becky Chambers est à nouveau au rendez-vous dans Apprendre, si par bonheur. Les personnages, dans un premiers temps. L’autrice parvient tout à la fois à les dépeindre dans leur banalité humaine, tout autant qu’à faire ressortir leur beauté individuelle, dans leurs imperfections et leur faiblesse mais aussi dans leur capacité d’adaptation, d’observation. Ici, pas de héros, pas de pouvoirs, juste des êtres humains mis en scène dans l’immensité de l’univers qui les entoure.

Comme dans ses précédents ouvrages, j’ai été impressionnée par la qualité de style de Becky Chambers, à la fois belle et simple, capable de mobiliser des connaissances scientifiques pointues et de les mettre à la portée du lecteur. C’est simple, concis, très bien expliqué, et finement exploité pour mettre en valeur tous les enjeux éthiques d’exploration qui se présentent aux quatre chercheurs.

L’imagination de l’autrice est également particulièrement remarquable en ce qu’elle tente, paradoxalement, d’évoquer des formes de vie que l’être-humain ne pourrait concevoir, prisonnier qu’il est de ses propres connaissances et de son contexte. Les quatre planètes visitées et ce que les protagonistes y découvrent sont passionnants ; encore une fois non pour leur côté spectaculaire, mais bien parce que l’autrice de ces mots sait à merveille rendre beau et émouvant le simple fait de découvrir.

C’est bien là, d’ailleurs, que se trouve le coeur du récit : découvrir. Prendre plaisir à construire des savoir. Si je devais résumer ce texte, je dirais qu’il met brillamment en scène la citation de François Rabelais Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Le déploiement des explorations est extraordinaire, mais les trois dernières pages, elles, m’ont littéralement soufflée. Y sont concentrées toute la délicatesse et la finesse de plume de Becky Chambers.

Amour du savoir, conscience aiguë de la petitesse et de l’impact de nos actes… ce texte tient pour moi littéralement du chef-d’oeuvre. Les thèmes qu’il traite vont bien au-delà de la simple science-fiction ; ce texte pourrait, je pense, venir allègrement rafraîchir l’éternel panel Orwell, Bradbury, Huxley et consorts étudiés en classe. Un texte à lire sans modération, et une autrice à découvrir absolument si vous ne l’avez pas encore lue.

Note : 5 sur 5.
Publié dans Coups de coeur, Fantasy

Printemps de funérailles – Alexandre-Fritz Karol

Le chasseur de primes Luther Falkenn,
accompagné de son chat, Boniface
Illustration de Nicolas Jamonneau

De quoi ça parle ?

Vingt ans.
Vingt ans que s’éternise la guerre entre la Ligue de Skarland et l’Empire anscaride. Mais les arcano-technologues, les sorciers hérétiques à la botte de l’empereur Hagen, ont mis au point de nouvelles armes qui ne tarderont pas à écourter le conflit : les dragonnefs, vaisseaux volants capables de rayer une ville de la carte en quelques heures.

Vingt ans aussi que Luther Falkenn court après les criminels. Comme policier, d’abord, et maintenant comme chasseur de primes. Mandaté par un richissime banquier nain pour mettre la main sur des documents volés particulièrement compromettants, il se rend à Solmost, où la Ligue fait face à une pression grandissante : soutenues par les dragonnefs, les armées de l’empereur approchent de la cité. Pas de quoi faciliter la tâche de Falkenn et de son acolyte Boniface, félin aux pouvoirs mystérieux, à la langue bien pendue et au caractère de cochon.

D’autant que dans la folle course aux armements qui les oppose à l’empereur, les dirigeants de la Ligue s’apprêtent à commettre l’irréparable en libérant un pouvoir oublié. Et Falkenn, qui croyait traquer un vulgaire voleur, va devoir affronter un adversaire d’un tout autre calibre, revenu tout droit de l’au-delà.

Et c’est bien ?

Je vous en avais parlé dans ma chronique sur le recueil Crocs et alambics, une des nouvelles parmi celles qui m’avaient marquée était celle intitulée La plus belle des réussites, d’Alexandre-Fritz Karol, l’auteur du présent roman. Le titre suivant que j’ai commandé chez Crin de chimère, l’éditeur, a donc été tout naturellement Printemps de funérailles, et j’y ai retrouvé tous les ingrédients qui m’avaient plu dans la nouvelle… et plus encore.

Printemps de funérailles, c’est un univers complet, cohérent et fouillé, distillé sur 600 pages. Il fait partie des textes que j’affectionne qui ne tombent pas dans l’encyclopédisme et qui infusent au gré de l’histoire les différents éléments de cet univers. J’ai plus d’une fois été impressionnée par la minutie de l’auteur à penser certains aspects.

L’univers est politiquement très fouillé mais absolument pas ennuyeux. L’enquête de Falkenn le mène dans la ville de Solmost, capitale de Pont-Salin, pays appartenant à la Ligue, dont la population suit avec appréhension l’avancée de l’armée anscaride et de son terrible général, Tyruman Khan. Evidemment, la presse relaie les différentes exactions ennemies, et un des éléments les plus marquants de cette minutie dont je parlais plus haut restera sans doute les journaux ; je crois que je n’ai encore jamais croisé d’ouvrage de fantasy dans lequel on découvre plus d’un journal, et pour lesquels l’auteur a pris la peine d’imaginer diverses lignes éditoriales.

La proximité de la guerre crée des remous parmi les différents gouvernants, d’autant plus que le roi est moribond et que les enjeux de pouvoir sont au coeur de luttes personnelles et financières des différents ministres. Alexandre-Fritz Karol donne un panorama intéressant et passionnant de cet aspect, sans que cela fasse plaqué. Tout est systématiquement lié de manière cohérente à l’avancée de l’histoire.

La galerie de personnage proposée est des plus savoureuses et dénuée de manichéisme. Bien sûr, Luther Falkenn, chasseur de primes taiseux m’a plu par sa prestance, tout autant que Boniface, le chat qui l’accompagne, particulièrement mal embouché et qui vient souvent rajouter son piquant grain de sel, de préférence dans les situations qui s’y prêtent le moins. La relation entre ces deux lascars donne souvent des situations explosives et cocasses.

Mais à ces deux-là, ajoutons Dreng Scramasaxe, le banquier de Solmost, que l’on apprend à apprécier, le grand – au sens propre – général Wolfdagger, que son défaut d’élocution ne transforme pas en faire-valoir des autres personnages, Tyruman Kahn, le terrible général ennemi, que l’on aperçoit peu mais que l’auteur parvient à doter d’une aura impressionnante. Les femmes ne sont pas en reste – les soeurs Galate sont des personnages féminins forts et particulièrement charismatiques, et il en va de même pour l’imprécatrice Wilhelmina Morville. Qu’ils soient initialement perçus comme bons ou mauvais, aucun personnage n’est caricatural. L’auteur les habille d’une vraie présence et les développe de manière intéressante. On s’intéresse à tous et aucun ne finit au rang de marionnette vide.

L’histoire en elle-même est passionnante, forte de tous ces éléments. L’auteur nous propose une enquête particulièrement haletante. Tous les attributs de fantasy classique sont adaptés à l’histoire, et l’auteur évite les coïncidences bienheureuses, se réapproprie de manière originale certains aspects éculés du genre. Les nains, le panthéon, la magie m’ont beaucoup plu – et jusqu’au final l’auteur ne fait pas dans le consensus ; la bataille épique de conclusion n’est pas ce que l’on a l’habitude de voir, et les héros ne sont pas ceux que l’on attend.

Mais surtout, surtout, j’ai gardé le meilleur pour la fin ; ce qui fait tout le sel de ce roman, le basilic sur le tomate-mozza, la cannelle sur la tarte aux pommes ( « abrège et crache le morceau », me tancerait Boniface ), c’est le ton donné au roman. J’ai particulièrement apprécié la plume de l’auteur. Construite, riche et ambitieuse, et par ailleurs très fluide, saupoudrée… bourrée d’un humour pince-sans rire qui vient régulièrement émailler l’histoire. A plus d’un titre, j’ai éprouvé une vraie jubilation à suivre les facéties glissées ici et là, l’air de ne pas y toucher. Il en va de la narration comme du bagou impayable de Boniface (dont j’exige d’intégrer immédiatement le fanclub). Je ne résiste pas à vous proposer un petit extrait, qui rend particulièrement bien compte de cette prose qui m’a tant plu :

Boniface n’hésita pas un instant. Il savait pertinemment ce qu’il lui restait à faire. On élevait les mandragots pour leur intelligence et leur vivacité d’esprit, non pour leur fidélité à toute épreuve confinant à la stupidité crasse – sans quoi, se disait-il souvent, on aurait pris des chiens pour faire le boulot. Un brave renifleur de trous de balle à la langue pendante y aurait réfléchi à deux fois avant d’attaquer son maître, aurait tergiversé. Mais les chats étaient déjà naturellement des salauds tournant à la logique, et la part humaine des mandragots achevait d’en faire de parfaites petites ordures.

Vous l’aurez sûrement compris, en un mot comme en cent, c’est totalement conquise et à regrets que j’ai refermé cet ouvrage. Il va de soi que je colle aux basques, à l’avenir, aux prochaines publications de l’auteur (d’ailleurs j’ai, joie, encore un texte à lire, Le silentiaire, que je m’en vais grignoter avec plaisir dans les prochains jours). Lisez Alexandre-Fritz Karol. Ça vaut vraiment le coup 🙂

Note : 5 sur 5.

A lire si vous recherchez :
– de la fantasy qui sort de l’inspiration médiévale
– un style exigeant mais fluide
– un duo de choc

Publié dans Coups de coeur, Fantastique

Notre-Dame des loups – Adrien Thomas

Résumé : 1868, aux confins de l\’Amérique, les Veneurs, une petite troupe d\’hommes et de femmes sans foi ni loi, aux armes forgées d\’argent, l\’âme froide comme l\’acier, parcourent les immensités de l\’Ouest sauvage. Ils s\’enfoncent dans les vastes forêts que seuls les Indiens et les pionniers arpentent. Ils connaissent leur mission : elle pue le sang et la mort. Au loin, les premiers hurlements se font entendre ; la chasse commence. Une chasse pour abattre leur plus terrible ennemie : Notre-Dame des loups.



Avis : De très bons avis lus sur ce livre m\’on poussé à le lire, bien que la perspective de parcourir l\’Ouest et le 19e siècle américain ne me disaient guère. Et pourtant, parfois, on fait fort bien de mettre de côté ses a priori


Trame 

Une des premières choses qui m\’ont plues : la traque de loups-garous. Parce que dans le fond, les loups-garous sont des créatures que j\’apprécie beaucoup, de par leur lien profond avec la nature. Un peu comme un être-humain qui aurait renoué avec la nature. On a d\’ailleurs une très belle scène de transformation où l\’auteur fait apparaître cela : le plaisir de renouer avec des instincts puissants et anciens. C\’est toujours avec plaisir que je lis les livres qui les mettent en scène, d\’autant plus qu\’ici, rien n\’est laissé au hasard, et que le lycanthropisme et son histoire sont insérés de manière très intéressante dans l\’histoire.
Ensuite viennent le principe des Veneurs et leur organisation, les particularités de chacun. La Vénerie est une tradition humaine qui s\’est développée avec l\’apparition du lycanthropisme dans notre monde. Une sorte d\’organisation secrète, avec ses \ »rites\ », sa propre manière de fonctionner, et ses beaux rouages bien huilés pour être efficace. Suivre les aventures de Jack et ses Veneurs, combiné à l\’aspect survie dans les immensités glacées, environnés de loup-garous est un vrai plaisir. On frissonne lorsque les loups-garous apparaissent et lorsque Evangeline et son pack de chiens dressés spécialement se mettent en place. L\’histoire est toute en temps en forts, où on se ronge les ongles et où l\’ont est plongé nous aussi, lecteur, dans la traque, dans une atmosphère tendue et ouatée par l\’omniprésence de la blancheur neigeuse. Jusqu\’à la fin.
L\’épilogue, qui narre comment Notre-Dame des loups est devenue ce qu\’elle est, était peut-être dispensable. La façon dont il est narré rompt le charme du reste, et, au fond, savoir comment tout à commencé ne m\’intéressait pas spécialement. Notre-Dame des loups, cheffe suprême des loups-garous, avait une part de grandeur et de mystère, et cette épilogue me l\’a enlevée. Un peu de la même manière que la prélogie Star Wars a tué Dark Vador…


Personnages

La découverte des personnages est progressive à travers les différents chapitres. Un chapitre est consacré à chacun, et se termine de manière particulière, je vous laisse découvrir. Le procédé est d\’autant plus appréciable que l\’on entre dans les pensées de chacun, et que par cette façon de faire, l\’auteur nous les rends plus proches. Là où parfois, observer le même personnage par le biais des yeux d\’un autre nous l\’avait rendu froid et inhumain. J\’ai eu un coup de coeur pour les eux femmes de la Vénerie : Evangeline et son pack, et surtout, Waukahee, l\’Indienne qui les rejoindra.


Style

Le style de l\’auteur est très appréciable et suffisamment fort pour donner toute sa personnalité à chaque personnage. L\’auteur sait ménager ses effets, et comme dit plus haut, hormis l\’épilogue où l\’on rompt assez abruptement avec le reste du texte, la plume est efficace et belle à lire.



Le mot de la fin : Excellent moment de lecture. Très court mais intense et très plaisant. Auteur et texte à découvrir.
C\’est du bon !
Publié dans Coups de coeur, Planet opera, Science-fiction

Le Cycle de Lanmeur, tome 1 : Les contacteurs – Christian Léourier

Résumé : Quand les hommes de la planète Lanmeur accèdent pour la première fois au voyage spatiale, ils ont la surprise de découvrir que d\’autres humanités s\’épanouissent dans l\’univers. Un hasard ? Peut-être pas. Lanmeur lance alors l\’idée du Rassemblement, et envoie alors des contacteurs sur ces mondes plus ou moins avancés, avec pour mission de les intégrer à une nouvelle grande civilisation humaine. Mais quels intentions masque ce grand projet ?
Avis : D\’excellents avis lus sur cet ensemble de textes m\’ont poussée à m\’intéresser à Lanmeur, lors de la reparution du cycle chez Ad Astra. Les couvertures Folio SF m\’ont attiré l\’oeil, et le premier tome de cette intégrale est tombée dans mon escarcelle… pour mon plus grand bonheur…


Trame

Et l\’aventure à commencé avec ce premier tome. Et quelle aventure ! En trois parties, chacune narrant l\’histoire d\’un contact entre la civilisation de Lanmeur et celle d\’une nouvelle planète. Trois voyages, trois textes à part entière, porteurs de différents styles, dépaysants, dérangeants, effrayants, poétiques… une vraie découverte. 
Le premier texte, Ti Harnog dépeint une civilisation très stricte, où chacun a sa place ; et où chacun naît femme, puis devient homme sur ses vieux jours. Twern le contacteur, homme jeune, détonne donc dans une société où un homme glabre est une anomalie. Le lecteur découvre à travers ce texte une histoire à la limite de la fantasy : une quête, une histoire d\’Elu, des batailles épiques et un environnement pseudo-médiéval. L\’auteur réussit parfaitement à dépayser son lecteur en inventant un fonctionnement de société original et suffisamment bizarre pour que l\’on soit déstabilisé… au moins autant que le contacteur. Un texte à la saveur \ »vieille héroïc-fantasy\ », qui ne se dépare par pour autant de son côté SF. Un tour de force.
Le deuxième texte, L\’homme qui tua l\’hiver, plonge le lecteur dans la quête archéologique d\’Akren, jeune femme débarquée sur la planète Nedim afin d\’étudier, pour le compte de Lanmeur, les vestiges de Gogleth, cité prisonnière des glaces. Avec des indigènes persuadés que Nedim, leur planète, est une divinité refusant les colons, elle brave l\’espace impitoyable et glacé qui sépare son lieu d\’atterrissage de Gogleth, à la recherche de reliques anciennes. Entre Indiana Jones et les romans de Jack London, j\’ai suivi avec passion la lutte d\’Akren pour survivre et accomplir son rêve. 
Le troisième et dernier texte, Mille fois mille fleuves, apporte un nouveau dépaysement. Un peuple qui vit au bord de l\’eau et vénère le fleuve qui les accueille sur ses flots. Chaque année, le fleuve reçoit une nouvelle épouse. Cette année, Ynis, l\’hérïne de ce texte, est choisir pour s\’unir au fleuve. Elle narre au lecteur son histoire : sa convocation par le dieu, le Vieux Saumon, sa découverte des hommes-oiseaux, la faute qu\’elle a commise et son exil. Un texte plein de poésie, et très beau de par l\’histoire d\’amour qu\’il évoque. Une histoire d\’amour narrée avec suffisamment de subtilité pour ne pas en faire un texte mièvre. 


Personnages

Dans chacun des textes, les personnages sont développés avec finesse. Twern, qui ne comprend pas le fonctionnement de la société de Ti Harnog et provoque malgré lui des changements profonds. Son évolution se fait en finesse. Akren est arrogante et reste longtemps antipathique pour le lecteur. Elle ne comprend pas les indigènes qui la mènent à Gogleth, ni leur façon de vivre. En temps que Lanmeurienne, persuadée de la puissance de sa propre civilisation, elle finira pourtant par percevoir un peu de la grandeur de Nedim. Enfin, Ynis, jeune femme persuadée de sa faute, ne se rendra jamais compte du service qu\’elle a rendu au Vieux Saumon. Ces personnages, par leurs yeux, nous donnent un aperçu de trois humanités au fonctionnement différent mais passionnant. 


Style

La finesse du style de l\’auteur fait également beaucoup. Chacun des récits est raconté d\’un point de vue totalement différent. 

Dans Ti-Harnog, le lecteur découvre la planète par les yeux du contacteur. On garde à l\’esprit sa quête, même si elle est souvent perdue de vue. Dans L\’homme qui tua l\’hiver aussi, le lecteur suit la quête du Lanmeur par les yeux d\’Akren… et certains desseins de cette civilisation semblent bien moins doués de bonnes attentions que ceux du premier texte. Enfin, dans Mille fois mille fleuves, le lecteur se demande longtemps le rapport avec Lanmeur et ne le découvre qu\’à la toute fin. Et cette fois, les intentions de la planète lointaine paraissent inquiétant. 
Dans chacun des textes, lorsque l\’on pense avoir perdu Lanmeur de vue, c\’est avec une vraie finesse et une vraie richesse que l\’auteur nous rappelle son existence, tissant et imbriquant petit-à-petit chacun des fils qu\’il a laissés traîner au gré des textes. 


Le mot de la fin : Un coup de coeur pour ce premier tome ; à travers la découverte des civilisations humaines disséminées dans l\’espace, Christian Léourier nous fait découvrir son riche imaginaire, et parvient à maintes reprises à dépayser le lecteur. Pour le coup, un vrai voyage, une vraie découverte… et sûrement un retour, pour ma part, du côté de Lanmeur… tome 2 !
Un livre à découvrir et à dévorer.

Coup de coeur




Lecture dans le cadre du défi

Item :  16 – Lire le premier livre d\’une série SFFF que vous n\’avez jamais lue.