Publié dans Science-fiction

Les oiseaux du temps – Amar El-Mohtar & Max Gladstone

De quoi ça parle ?

C’est ainsi que nous gagnons.
Bleu et Rouge, deux combattants ennemis d’une étrange guerre temporelle, s’engagent dans une correspondance interdite, à travers les époques et les champs de bataille. Ces lettres, ne pouvant être lues qu’une seule fois, deviennent peu à peu le refuge de leurs doutes et de leurs rêves. Un amour fragile et dangereux naîtra de leurs échanges. Il leur faudra le préserver envers et contre tout.

Et c’est bien ?

Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, Les oiseaux du temps est sans nul doute un livre qui ne laisse pas indifférent. J’ai mis du temps à le commencer, malgré les multiples très bons avis, tiraillée entre mon emballement pour les histoires qui jouent avec le temps, et ma quasi-phobie pour les histoires d’amour. L’entrée dans le roman n’est pas évidente. J’ai, pendant un bon quart, été agacée par le style très emphatique et une impression d’auto-satisfaction dans l’emploi des mots et de la construction des phrases.

Finalement, passé ce premier quart, je trouve que la narration gagne en fluidité, et ces aspects dérangeants sont davantage lissés et fondus dans la trame, pour laisser l’histoire déployer tout son potentiel.

Les deux personnages, Rouge et Bleu, s’échangent des lettres à travers le temps. Chaque lettre est espacée de l’autre par un texte mettant en scène directement un personnage. Avec eux, on fait des sauts de puce dans les « Brins » du temps. L’aspect zapping peu au premier abord être un peu dérangeant, car le lecteur ne se pose pas pour installer un univers. Néanmoins, les auteurs arrivent à tisser une trame solide et prenante.

Les jeux temporels sont un vrai délice, les auteurs y placent beaucoup d’indices et de références internes au texte. Retrouver les personnages de loin en loin, à travers des plumes exigeantes et fouillées m’a été un grand plaisir. Plus que l’histoire d’amour, je l’ai trouvée finalement assez secondaire parmi les autres points remarquables du textes.

Une histoire que j’ai davantage appréciée pour la narration et les virevoltes des personnages que pour sa finalité. Si vous aimez les voyages temporels et les pirouettes narratives qui s’ouvrent comme possibles, alors cet ouvrage est pour vous 🙂

Note : 4.5 sur 5.
Publié dans Fantasy, Nouvelles, Science-fiction

AOC n°47 – Collectif

Illustration par Sandara

Un recueil pris un peu au hasard parmi les multiples anciens numéros proposés sur le stand du Club des Présences d’Esprit lors des Utopiales 2019, je me suis enfin plongée dans sa lecture, au programme, trois nouvelles, une de fantasy et deux de science-fiction, et à la fin les trois textes vainqueurs du match des Imaginales 2017.

  • Fleur de Jade et le Chasseur-Fantôme d’Amria Jeanneret

Fleur de Jade est une jeune sorcière alliant la plus pure tradition japonaise et la modernité propre à son époque. Elle et sa servante Hanako reçoivent la visite du Chasseur-Fantôme, l’émissaire du dieu Vent, qui la charge de la réalisation d’un sort de haut niveau. C’est un grand honneur fait à la jeune sorcière, mais se cacherait-il derrière un autre dessein ?

Une nouvelle qui m’a beaucoup plu. Je me suis crispée un instant quant au devenir de l’héroïne, mais finalement, les choix narratifs de l’autrice sont intéressants et participent au charme de la nouvelle. L’atmosphère liée à l’imaginaire japonais est intéressant, et la magie graphique mise en scène est bien trouvée. La résolution finale est très sympa, l’autrice relie habilement tous les fils qu’elle a tirés. Un texte rafraîchissant.

  • Je… je suis le sable d’Elric Elbaze

Un an plus tôt, la mère du jeune Boubi amène celui-ci au Docteur Chauvin. Le garçon semble perdu dans son monde, mais possède des facultés qui fascinent le docteur. Aujourd’hui l’homme de science a été réquisitionné dans le plus grand secret par les autorités militaires pour s’occuper du jeune garçon. En effet, les dessins de celui-ci sont étrangement prémonitoires et, tout pousse à croire qu’il est au courant de l’imminence d’une invasion extraterrestre…

Coup de coeur pour cette nouvelle dans laquelle j’ai eu un peu de mal à entrer. La mécanique sur laquelle repose le texte de l’auteur est super, j’ai trouvé ça très bien pensé, et les perspectives offertes très alléchantes. Le bouclage de la boucle est également super. C’est presque le genre de texte autour duquel un développement plus long me plairait beaucoup.

  • Speed Club de le Barde dans la machine

Le Speed Club, c’est un repaire de drogués, de junkies, tous amoureux fous de vitesse, perdu au milieu de nulle part. Un lieu où l’amitié et l’honneur n’ont pas de sens pour grand-monde, mais ils en ont pour moi. Et quand mon meilleur pote cane en pleine course sur un coup en traître, faut pas s’attendre à ce que je laisse passer sans rien dire.

Très bon texte que celui-ci, pas tant dans l’histoire que dans le ton employé. Bien que n’ayant jamais vu Mad Max, j’y ai forcément pensé. Le côté très post-apo-trash avec un côté western du futur assez marqué. Le côté « déglingos » de l’univers, des personnages, et le parler de ces derniers participent vraiment de l’attrait du texte, bien punchy. Très bonne lecture là encore.

Publié dans Jeunesse, Science-fiction, Young Adult

Cinder, tome 1 – Marissa Meyer

De quoi ça parle ?

À New Beijing, Cinder est une cyborg. Autant dire une paria. Elle partage sa vie entre l’atelier où elle répare des robots et sa famille adoptive. À seize ans, la jeune fille a pour seul horizon les tâches plus ou moins dégradantes qu’elle doit accomplir pour ses sœurs et sa marâtre.
Mais le jour où le prince Kai lui apporte son robot de compagnie – son seul ami -, le destin de Cinder prend un tour inattendu. La forte attirance qu’éprouvent le beau prince et la jeune cyborg n’a aucune chance de s’épanouir, surtout que le royaume est menacé par la terrible reine de la Lune !

Et c’est bien ?

Une réécriture du conte Cendrillon sauce science-fiction, autant dire que ça m’intriguait. C’est par pur esprit de curiosité que j’y ai plongé, eeeeet ce n’est pas si mal.

D’emblée, j’ai bien aimé l’univers post-apo développé. Une société où la pauvreté et la richesse sont exacerbées, une cybernétique développée au point de pouvoir remplacer des membres de manière courante, une maladie contre laquelle il faut lutter… dans les images qui me venaient en tête, ces éléments ajoutés à l’environnement pauvre et crasseux dans lequel vit Cinder n’a pas été sans me remettre en tête Kuzutetsu, la décharge dans laquelle vit Gally, le personnage principal du très bon manga Gunnm de Yukito Kishiro. Côté décors donc, on a quelque chose de crédible, de développé, et le style de l’autrice fait le job, on imagine bien ce qu’elle a en tête.

Côté héroïne, j’ai bien aimé sortir un peu du lot : une Cinder mécanicienne, les mains dans le cambouis, bricoleuse et pas paillette pour deux ronds. Cool.

Là où il y a le plus d’éléments qui m’ont gênée en fait, c’est quand il s’est agi de rappeler le conte au lecteur, et où à mon sens l’autrice manque le coche à plusieurs reprises. L’élément des Lunaires, peuple cruel venu de la Lune, m’a paru un peu téléporté sur place pour introduire LA révélation du roman, révélation aussi subtile qu’un Mûmakil au milieu d’artefacts elfes ; à peine évoqués certains fils narratifs qu’on devine sans peine ce qui va arriver. La méchante marâtre est méchante, certes comme dans le conte, mais j’aurais aimé que l’autrice développe le moteur de cette méchanceté. On a ici une méchante méchante, et c’est un peu léger à mon sens. On n’est pas dans un conte, un texte court à portée morale comme l’histoire initiale, mais dans un récit, qui plus est un récit long, et travailler ces aspects un peu plus subtilement, voire travailler dessus tout court pour les intégrer au mieux au récit aurait été plus intéressant.

L’élément du conte que Marissa Meyer a, à mon sens, plutôt réussi, est celui de la romance. J’étais hérissée à l’avance, fan que je suis des histoires d’amour (non), et cet aspect a été parfaitement lissé et introduit dans ce que l’autrice développe.

En somme, je trouve que tous les éléments nouveaux imaginés par l’autrice sont vraiment très bien, intéressants, racontés de manière à donner envie, dans un univers et une atmosphère dressés avec talent. Les péripéties et le déroulé sont plutôt addictifs. Mon regret tient surtout à ce que les éléments du contes n’aient pas été mieux fondus dans le décors. Néanmoins cela reste une bonne lecture, plaisante et qui m’a donné envie de lire les suites. A suivre donc.

A lire si vous recherchez
– un mélange atypique conte de fée et science-fiction
– des cyborgs et du post-apo
– une lecture facile et addictive

Note : 4 sur 5.
Publié dans Fantastique, Horreur, Science-fiction, Thriller

Magma – VII

De quoi ça parle ?

Déborah Sapoznik, peintresse en vogue, emménage le temps d’un été dans une résidence huppée sur l’île de Napampark, avec son fils, Yoni, un adolescent peu expressif et enfermé dans son monde d’expériences sonores. Lorsque leur route croise celle de leur voisine, Evelyne Antosca, une étrange vieille dame au regard hypnotique, Yoni se retrouve malgré lui pris dans les filets d’une adepte de pseudos-sciences inquiétante.

Et c’est bien ?

Je dois dire que c’est avec un peu d’appréhension que j’ai entamé cet ouvrage. Les thèmes de pseudos-science, de drogue ou de musique sont des thèmes que je croise assez peu, et que j’apprécie de manière variable suite à quelques lectures particulières (j’y reviendrai car une de ces lectures a fait écho à celle-ci). Par ailleurs, j’aime bien être bousculée cependant, et c’est avec curiosité que j’ai débuté cette lecture.

D’emblée, j’ai beaucoup apprécié le style de l’auteur. Travaillé mais pas alambiqué, précis et rythmé, j’ai été tout de suite happée. Ajoutons à cela la fascination que j’ai éprouvée pour les personnages. Très loin d’être agréable, Déborah est une personne peu accessible, qui traite ceux qu’elle croise avec une sécheresse désinvolte, consciente de sa célébrité. Sans pour autant être imbue d’elle-même, elle possède une forme d’arrogance assez crispante, mais demeure malgré tout humaine. Elle s’occupe de son fils Yoni avec, tour à tour, désinvolture ou attention, se comporte ses amis de manière assez méprisante, mais par ailleurs leur est attachée malgré ce qu’elle leur trouve de désagréable. Yoni quant à lui est un adolescent éteint. Perpétuellement planqué derrière une paire de lunettes noires, on sent le mal-être qui émane de lui. Son monde se résume aux machines numériques à l’aide desquelles il tente de créer des morceaux de musique conceptuelle.

Les voisins des Sapoznik ne sont pas en reste et forment un tableau assez hétéroclite de la population huppée de Napampark : le couple d’amis qui a poussé Déborah à emménager dans la résidence, le couple Lovano, de petits vieux qui croisent sa route et ne lui lâchent pas les basques, ainsi que les personnes du milieu de l’art qui gravitent autour de Déborah dans le cadre de ses expositions – journalistes, admirateurs… L’auteur croque ce petit monde de manière assez savoureuse et plus d’une fois on ricane en lisant les dialogues au vitriol qu’il place dans leur bouche.

Lorsque l’on croise finalement le chemin d’Evelyne Antosca et de ses pseudo-sciences mâtinées de produits étranges, l’histoire prend rapidement des allures de thriller à la lisière du fantastique et de la science-fiction. La spirale dans laquelle Yoni est entraîné est particulièrement prenante, le parallèle avec sa mère, qui cherche à la fois à comprendre ce qui lui arrive mais qui paraît parfois déconnectée, absorbée qu’elle est par son monde artistique est ahurissant.

Petite pointe rigolote lorsque je me suis fait la réflexion que tout ce qui est développé dans ce texte autour du rapport au corps, de sa connexion ou déconnexion avec l’esprit, de ses liens avec la réalité, me rappelait ma lecture de Crash ! de J. G. Ballard et que j’ai constaté, une fois le livre fini, que ce même Ballard était cité parmi les influences de l’auteur de Magma dans le volet interne de la couverture. Par ailleurs si la lecture de Crash ! m’avait laissée pantelante et incapable de dire si j’avais aimé ou pas, j’ai trouvé Magma aussi bon dans l’aspect halluciné du texte, mais aussi beaucoup plus digeste, accessible et agréable sans pour autant tomber dans la facilité.

Enfin pour terminer, tenue en haleine jusqu’au bout, Magma finit en apothéose, d’une manière à laquelle je ne m’attendais pas du tout – et qui m’a forcément plu, adepte que je suis du fantastique et de cette tangente incertaine avec la réalité. La seule chose qui m’ait moins parlé, c’est l’univers musical. On sent que l’auteur connaît le milieu et par manque de connaissance, j’avoue que j’ai été parfois un peu larguée. Néanmoins, les quelques développement sur le sujet restent courts et digestes. J’ai également beaucoup apprécié les quelques fils tirés sur l’art, et notamment ici la peinture abstraite, là encore juste ce qu’il faut pour que ce soit intéressant sans que cela devienne rébarbatif.

En somme, une lecture sans temps mort, avec des thèmes intéressants, un style maîtrisé et une manière de mener l’histoire qui m’ont fait apprécier des sujets avec lesquels je suis plutôt frileuse d’ordinaire. Un petit ovni à découvrir !

A lire si vous recherchez :
– des personnages pas du tout sauf consensuels
– un mélange de « mauvais genres »
– des thèmes traités de manière concise et intelligente

Note : 5 sur 5.
Publié dans cyperpunk, Science-fiction

L’ange blond – Laurent Poujois

Illustration de Julien Delval

De quoi ça parle ?

Sujet : LEFÈVRE, Aurore      
Âge : 26 ans     
Signalement : 1m68, 50 kg, blonde, yeux verts.      
Nationalité : Européenne (France)      
Formation : Légion Impériale (six ans de service actif, diplôme de stratégie spatiale, grade de commandant, démissionnaire)      
Profession actuelle : Éducatrice pour biônes / Maître-orchestreur (nom de scène : der Blonde Engel)      
Signes particuliers : Indisciplinée +++/ Dangereuse      
Mission : Démanteler la conjuration menaçant l’impératrice Caroline Bonaparte.      
Note : Ne coopérera pas sans y être contrainte…

Et c’est bien ?

Dans une uchronie mettant en scène un Empire d’Europe, héritage d’un Napoléon n’ayant pas été défait à Waterloo, Laurent Poujois propose un thriller cyberpunk pêchu. Son héroïne, Aurore Lefèvre, retraitée de la Légion Impériale suite à une mission catastrophe, reprend du service, contrainte et forcée par un chantage quant à ses déboires de jeunesse. Au programme, déjouer un complot à l’encontre de l’impératrice.

Le texte collectionne – et assume pleinement – tous les codes d’un James Bond futuriste : une mission secrète, une agente récalcitrante et indisciplinée, des scènes d’action bourrées d’explosifs et de canardages, des passages d’infiltration, trahisons, scène finale en apothéose et riche en retournements de situation… Dès les premières lignes, ça déménage et le lecteur est embarqué, bon gré, mal gré, dans les nombreuses péripéties qui parsèment la mission d’Aurore.

L’uchronie est de très bonne facture et prétexte à de nombreuses facéties et clins d’oeil culturels. On trouve des oeuvres réinterprétées et renommées, un descendant de Hitler vraisemblablement impliqué dans des affaires louches et des Anglais pas très jouasses que le sieur Napoléon leur ait finalement marché sur les arpions.

Vous l’aurez compris donc, pas de temps morts, ça fuse, l’écriture est nerveuse et va droit au but. C’est d’ailleurs sûrement un des quelques reproches que je ferais au texte : une volonté quasi-cinématographique, très visuelle, est le coeur de ce texte. Pas de fioritures donc, exit les effets de style au profit de l’efficace. On sent que l’auteur a bossé pour l’audio-visuel, et parfois ça pulse tellement que je suis restée sur le carreau, un brin fatiguée de cette agitation constante.

Autre bémol, quelques flous ou facilités qui m’ont un peu vue faire la moue : le personnage du descendant de Hitler est plutôt bien utilisé, vu comme l’auteur assume le côté série B, c’était quasiment un élément attendu. Néanmoins on aurait pu se passer du détail de certains travers de sa personnalité, notamment certains passages porno qui n’apportent rien à l’histoire à par du cul et nous montrer comme ce personnage est dépravé. Le principe des biônes m’est resté assez flou durant le texte, il m’a manqué quelque chose. Et le twist final n’apporte pas grand-chose.

En somme, une bonne aventure punchy, qui n’est pas exempte de défauts, mais qui propose une histoire bourrée d’adrénaline. Un bon divertissement.

A lire si vous cherchez :
– du cyberpunk
– une héroïne qui ne se laisse pas marcher sur les pieds
– une aventure sans temps mort

Note : 3 sur 5.