Publié dans PLIB 2022, Science-fiction, Service de presse

La dernière arche – Romain Benassaya

De quoi ça parle ?

Dans la Mésopotamie des premiers âges, Shory, une jeune esclave, est vendue à un mystérieux individu nommé Atim, qui lui propose un marché : l’envoyer dans un fort, qu’elle devra protéger, en échange de sa liberté. Elle accepte et rejoint une étrange construction, entourée d’une forêt profonde. Elle y grandit, en compagnie d’autres rescapés, originaires de différentes périodes de l’histoire humaine. Tous ont rencontré Atim et se sont vu confier la mission de protéger le Fort. Ils se surnomment les Vigiles. Après onze années, Lena, une jeune femme originaire du XXIIème siècle, rejoint elle aussi le Fort. Contrairement aux autres Vigiles, elle n’a pas rencontré Atim, et veut à tout prix rentrer chez elle. Shory décide de l’aider. Au-delà de la forêt qui assiège le Fort, elles découvriront les réponses à nombre de leurs questions : où sont-elles vraiment ? Pourquoi le Fort doit-il être protégé ? Et quelle est leur véritable mission ?

Et c’est bien ?

Une lecture en demie teinte. La dernière arche propose un scénario d’une ambition assez folle, que l’on découvre au fur-et-à-mesure de l’histoire. Plusieurs personnages et fils narratifs se croisent pour former une fresque titanesque.

L’auteur fait le choix narratif d’un dézoom progressif qui révèle peu à peu au lecteur l’ampleur de l’histoire. Les différentes parties sont entrecoupées par des interludes qui viennent égrener des réponses au fur-et-à-mesure. Les reproches que j’ai à faire au texte tiennent très certainement en partie à ce choix de narration. Comme les informations sont distillées au compte-goutte, sur les trois premières parties, j’ai eu régulièrement le sentiment de croiser des incohérences et des personnages pas en phase avec ce qui nous en était dit. Pourtant, chacune de ces interrogations a trouvé réponse, mais je trouve dommage d’avoir sacrifié volontairement la crédibilité de l’ouvrage sur deux bons tiers, même avec ce que l’on découvre après.

Le choix de ce scénario et de ce schéma de narration ont entraîné à mon sens un deuxième problème : l’ensemble est tellement énorme que l’auteur en a oublié de caractériser ses personnages. J’ai eu énormément de mal à m’attacher aux personnages. Shory est un personnage fort et courageux, jusqu’à l’arrivée de Léna, à laquelle elle s’accroche de manière qui m’a paru assez improbable. Asceline, Keiji, Fati, autant de noms et de personnalités intéressantes, mais pour lesquelles je n’ai développé aucun affect. Les méchants eux aussi manquent d’envergure et ne semblent être plantés là que pour donner un peu le change.

Quand j’ai découvert le dernier tiers, je n’en ai éprouvé que plus de frustration. L’auteur essaie de mettre en place un scénario dont je peux difficilement parler sans spoiler. Sachez juste que j’ai trouvé ça extrêmement bien pensé. L’univers qui se profile a l’air très intéressant, la survenue du personnage de Sarah apporte des données qui ont vraiment donné un coup de fouet à mon intérêt jusque là mitigé. L’ensemble est décrit de manière très claire malgré la complexité. J’ai adoré découvrir les Jardiniers.

Malheureusement le soufflé est retombé avant la fin. Bien sûr, un scénario aussi dantesque ne pouvait pas forcément trouver résolution dans cet ouvrage. Néanmoins j’ai eu le sentiment que certains enjeux soulevés auraient mérité de trouver une conclusion. Au final on se recentre sur les enjeux Shory-Léna, plus banal et déjà biaisé par le sentiment de creux que j’ai eu jusque là envers les personnages. J’aurais apprécié que, quitte à oublier un peu les personnages aux profit du scénario, on s’attacher davantage à ce dernier. Cela m’a fait l’effet de renouer avec les défauts que je reprochais au début du livre, et c’est un peu dommage.

Néanmoins, je salue le travail de l’auteur. Il s’agit d’un texte particulièrement ambitieux, et malgré ses défauts, l’imaginaire convoqué et les choix narratifs pas forcément évidents valent vraiment le détour et me donnent envie d’aller jeter un oeil du côté de Pyramides et des éventuels autres ouvrages qui pourraient à l’avenir se dérouler dans le même univers. Malgré les défauts qui m’ont gênée, l’auteur parvient néanmoins à produire un texte clair, qui ne tombe jamais dans la confusion ou le texte indigeste malgré les écueils.

Lecture en demie teinte donc, mais malgré tout positive et qui vient titiller ma curiosité et mon intérêt.

Note : 3.5 sur 5.

Infos livre :
Année de parution : 2021
Editeur : Critic
#ISBN9782375792049

2 commentaires sur « La dernière arche – Romain Benassaya »

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