Publié dans Fantastique, Fantasy, PLIB 2022, Science-fiction

PLIB 2022

Bonjour à tous et à toutes !

J’ai le plaisir de vous annoncer que le blog participe cette année en tant que juré au PLIB 2022. Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas, il s’agit du Prix Littéraire de l’Imaginaire Booksphère, qui réunit les bloggers, youtubers et instagramers autour des ouvrages de l’imaginaire francophones parus en 2021. Qui dit imaginaire francophone dit forcément SF Elfette dans les parages ^^

Le prix se déroule en plusieurs phases, la première d’entre elles ayant lieu dans quelques jours. Parmi une liste des parutions, les jurés sont invités à faire une première sélection de 80 titres. Je vous propose donc de découvrir les 80 titres que j’ai retenus parmi cette sélection.

A partir du 19 octobre, les 80 sélectionnés seront annoncés, et à partir de ces 80 titres, il faudra à nouveau en sélectionner 25. Choix difficile s’il en est car impossible de tout lire. En ce qui me concerne, vous avez dans cet article un mix d’auteurs et autrices, de maisons d’édition et de résumés qui me parlent. Evidemment, pas mal de titres sont venus s’ajouter à ma liste de potentiels futurs achats.

Certains figurent déjà dans ma pile de lecture, comme Avant 7 jours, de Nelly Chadour, Le sang de la Cité de Guillaume Chamanadjian, Cobrastar, de Thomas Bois, Trackés, de Christophe Nicolas. Les loups de Prusse, d’Eric Cazenave, et Obsolètes, d’Alexis Marzocco, devraient arriver sous peu dans mes étagères. Certains auteurs comme Jean-Laurent del Socorro ou Elise Fontenaille, ou des éditeurs comme Critic font partie pour moi des valeurs sûres.

Voilà pour cette première sélection. Je ferai sûrement des petits points tout au long de l’année, pour vous tenir au courant de l’avancée du prix et des découvertes que j’y ai faites, ainsi que des retours de lecture qui entrent dans le cadre de cet événement. N’hésitez pas à réagir. Si vous êtes curieux, curieuse et que vous souhaitez jeter un oeil à l’intégralité des titres présents, c’est par ici.

Publié dans Fantastique

Docteur Rat – William Kotzwinckle

De quoi ça parle ?

Dr Rat, rongeur mentalement déséquilibré et mégalomane, a fait alliance avec la cause des hommes : dans le laboratoire où il est enfermé avec des dizaines d’autres animaux, il prêche la soumission à une science qui leur réserve pourtant un sort peu enviable. Mais le délire masochiste du Dr Rat ne pourra empêcher la révolte de gronder parmi ses congénères : le laboratoire se transforme en champ de bataille révolutionnaire.

Et c’est bien ?

Un roman dérangeant et qui prend en plein plexus. Sous forme de fable aux notes de fantastique, et par l’entremise d’un rat particulièrement cynique, on découvre l’univers d’un laboratoire dans toute son horreur, dans une dénonciation sans concession de la souffrance animale au nom de le science. Difficile de faire la part entre ce qui est tiré par les cheveux en termes de souffrance et d’expériences animales. On sent que c’est un sujet qui travaille l’auteur, et qu’il y met toute sa hargne, et aussi sûrement des faits dont il a connaissance. Entre deux horreurs décrites joyeusement, comment ne pas penser, lors de l’évocation d’une expérience, aux vaches hublots qui avaient défrayé la chronique ? En grattant un peu, je suis tombée sur un article « question-réponse » de Libération (attention, propos et images choquantes), et force m’a été de constater que les termes employés ne diffèrent pas grandement de ceux exposés cyniquement dans ce roman, d’une froideur insoutenable.

Dr Rat, c’est une dénonciation sans détour ni pincettes, ni espoir. Je n’ai pu m’empêcher de me demander ce qui a été inspiré de faits réels, et dans quelle mesure ces expériences sont encore d’actualité mais peu communiquées, ou si la pression d’association et l’émergence de notions autour de la souffrance animales ont permis des avancées sur le sujet. Une part de ma conscience me dit d’aller gratter moi-même, néanmoins c’est un sujet qui me touche très fort.

Le livre pose également la question très intéressante du pourquoi de ces expériences. Souffrance et charcutage pour un « bien commun ». L’auteur place dans la bouche de son exécrable Dr Rat des explications grotesques qui questionnent avec pertinence ces buts. La fin justifie-t-elle les moyens ? La vie animale a-t-elle plus de valeur que la vie humaine (qui est aussi animale par ailleurs…). Lire, dans l’article suscité, que seulement six vaches hublots sont utilisées pour améliorer la vie de plein d’animaux me pose question, y compris des questions qui dépassent mes connaissances scientifiques : à l’heure où l’on fait pousser des organes ou quand on connaît l’existence des cellules HeLa, n’y a-t-il, réellement, aucun moyen de faire autrement ? Ou de trouver des solutions alternatives ?

Dans tous les cas c’est un livre que j’ai refermé avec soulagement. L’auteur nous fait boire la coupe jusqu’à la lie. Si je soutiens à la cause à 100% et depuis des années, je ne suis pas cliente de ce genre de lecture. Parce que je suis déjà convaincue et que m’infliger ce déferlement de violence ne m’apporte rien, si ce n’est du désespoir et un affreux moment passé en compagnie de ce fichu Dr Rat. Ceci dit, si ce genre de lecture ne vous fait pas peur, que vous recherchez une lecture coup de poing (et même au-delà), il est de très bonne facture. Sachez juste que l’on n’en ressort pas indemne.

Publié dans Fantastique, Science-fiction, Steampunk

Le mystère du tramway hanté – P. Djèli CLark

De quoi ça parle ?

Égypte, 1912. Après L’Étrange Affaire du djinn du Caire, nous revoici en compagnie des agents du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles, aux prises cette fois avec un spectre mystérieux qui a élu domicile dans un tramway du service public.
Tandis que dans les rues du Caire les suffragettes revendiquent haut et fort le droit de vote, l’agent Hamed Nasr et son nouveau partenaire l’agent Onsi Youssef devront délaisser les méthodes conventionnelles et faire appel à des consultantes inattendues (ainsi qu’à une automate hors du commun) pour comprendre la nature du dangereux squatteur de la voiture 015 et pour le conjurer.

Et c’est bien ?

Alors je sais pas vous, mais on me parle de Ministère égyptien de l’alchimie, des enchantements et des entités surnaturelles, je fonce direct ! Cela faisait un petit moment que les publications de l’Atalante sur ces ouvrages me tentaient, j’ai donc cédé à l’appel de ces mini-enquêtes.

J’ai ici, bien sûr, particulièrement apprécié la nouveauté, avec des décors et un contexte peu habituels. La plume de l’auteur est précise, dense et riche, et glisse des facéties un peu partout. Les personnages des enquêteurs sont dignes d’une série policière : un duo composé d’un vieux de la vieille, Hamed, et d’une recrue, Onsi, un peu trop prompt à étaler sa science… pas toujours à mauvais escient.

L’uchronie proposée est particulièrement dépaysante ; l’histoire se passe au Caire, dans une réalité où la magie est présente et où l’ouverture des failles sur un autre monde a permis aux djinns d’investir notre plan et de se mêler aux humains. Sauf que les djinns ne sont pas venus seuls. Je suis pourtant férue de folklores variés et de dictionnaires de créatures – que j’adore parcourir – , cela ne m’a pas empêché de découvrir ici des monstres que je ne connaissais pas du tout.

L’enquête de Hamed et Onsi se déroule dans un contexte particulier : le mouvement féministe égyptien est en pleine effervescence afin d’obtenir le droit de vote des femmes et certaines participantes du mouvement vont bien sûr croiser la route de nos deux protagonistes, de manière souvent assez drôle. Hamed est un personnage qui ne semble pas à l’aise avec les revendicatrices, mais qui n’est pas pour autant figé. Rien que pour la scène de résolution de l’enquête, je ne regrette pas d’avoir lu ce petit ouvrage – bien sûr, tout le reste autour vaut aussi très largement le détour.

Vous l’aurez compris, je suis conquise. Si vous aimez l’Egypte, le steampunk, l’uchronie, l’occultisme, le fantastique, les enquêtes et un fond de contexte social, foncez ! 🙂

Note : 5 sur 5.
Publié dans Fantastique, Nouvelles, Science-fiction

AOC n°60 – collectif

Le tout dernier numéro de la revue AOC. Alors alors, quoi de beau au programme ?

, d’Anzala Peytoureau

Entre les murs de ce théâtre, les acteurs peuvent changer de costumes, mais il leur est défendu de retirer leur masque. Comme toute interdiction, il est tentant de la braver. Ce sera à leurs risques et périls !

Un texte coup de coeur. L’entrée dedans n’est pas aisée, le contenu est rugueux et résiste, mais bon dieu, je l’ai trouvé génial. La plume est super, l’ambiance est hallucinante, onirique et cauchemardesque. De ce genre de cauchemar de demi-sommeil dans lequel on s’englue et doté d’une logique perturbante. L’ensemble parsemé de clins d’oeil littéraires. Et cette fin. Géniale. J’ai trouvé cette histoire d’une très grande qualité, et je dois dire que je suis très curieuse de découvrir les autres travaux de l’autrice.

Irréprochable propreté, de Jean-Christophe Gapdy

Dans sa nouvelle maison, une adolescente découvre une pièce secrète au fond du grenier. A sa grande joie, elle contient des robots qu’il lui tarde de faire fonctionner. Si vous aviez un doute, il va disparaître à jamais : les robots ne sont pas des jouets !

Un très bon texte là encore. Pas coup de coeur comme précédemment, mais j’ai été conquise par le ton de la narration et le déroulé. La gamine, je la kiffe d’autant plus que le côté « casse-cou » et « garçon manqué » qui lui est attribué… c’est quasiment moi au même âge. Identification à 3000% donc (moins ce qui se passe hein, quand même ! :p). Il y a un côté très pulp dans cette histoire, et j’ai beaucoup aimé que l’auteur place des facéties au milieu du gore, une scène particulièrement me reste en tête, entre hilarité et dégoût. La fin est un peu prévisible, mais c’est pas grave, le voyage vaut carrément le détour.

Entre deux mondes, d’Agathe Tournois

Quand naître sans bras ni jambes est la norme, la notion de handicap devient relative… Pour vivre en dehors d’une communauté, lieu de refuge pour ceux nés avec des excroissances, Elyana et Tom ont caché leur différence. Jusqu’au jou où un événement inattendu met fin à leur périple.

J’ai eu un peu plus de mal sur ce texte. Même s’il y a du super bon dedans. J’ai adoré le principe de l’histoire, l’inversion de normalité est carrément bien trouvé, et ouvrait des perspectives alléchantes. Malheureusement je trouve que certains tenants et aboutissants sont développés de manière un peu floue, et j’ai parfois été perdue dans ce que faisaient les personnages et pourquoi. J’ai aussi eu un peu de mal avec le fait que l’on explique très peu le point de départ de cette inversion de normalité (ou alors j’ai mal compris). Je ne suis pas adepte des textes qui décortiquent tout pour le lecteur, mais je pense que pour celui-ci, un peu plus de matière aurait été bienvenue au vu des thématiques soulevées et de leur traitement. Ce qui est développé et dénoncé, les enjeux financiers, la façon dont les médecins sont mis en scène, les valeurs de partage et de diversité du texte m’ont beaucoup plu. Le fond est super. Il m’a juste manqué quelque chose dans la mise en scène de l’ensemble.

Publié dans Fantastique, Science-fiction

Vita Nostra – Sergueï et Marina Diatchenko

De quoi ça parle ?

Vita nostra brevis est, brevi finietur…
« Notre vie est brève, elle finira bientôt… »

C’est dans le bourg paumé de Torpa que Sacha entonnera l’hymne des étudiants, à l’« Institut des technologies spéciales ». Pour y apprendre quoi ? Allez savoir. Dans quel but et en vue de quelle carrière ? Mystère encore. Il faut dire que son inscription ne relève pas exactement d’un choix : on la lui a imposée… Comment s’étonner dès lors de l’apparente absurdité de l’enseignement, de l’arbitraire despotisme des professeurs et de l’inquiétante bizarrerie des étudiants ?

Et c’est bien ?

Mise au contact de la plume de Marina et Sergueï Diatchenko il y a dix ans, avec leur ouvrage La caverne, qui m’avait déjà, à l’époque, séduite par son étrangeté et ses liens avec l’inconscient, c’est avec ces éléments que j’ai renoué dans Vita Nostra, avec beaucoup de plaisir.

Le début est à la fois particulier et très plaisant, où l’on découvre la station balnéaire et les vacances d’été de Sasha. La description de la ville et de ce qui s’y passe a quelque chose de mélancolique, d’onirique et de nostalgique. Les événements qui mènent Sasha à intégrer la faculté de Torpa, à savoir l’irruption d’un homme étrange qui lui demande de réaliser des défis tout aussi étrange vient ajouter à cette atmosphère particulière. On est ici hors des codes dont on a l’habitude, en narration comme en éléments d’histoire, et ça décoiffe.

La partie d’apprentissage de Sacha pourrait prendre des allures de Harry Potter, et même si je ne cherche pas particulièrement cet aspect un peu « school fantasy« , l’esprit se conforte aisément dans une routine scolaire en attendant de découvrir les apprentissages de notre héroïne. Sauf que là encore, vous pouvez compter sur les auteurs pour vous secouer et ne pas aller là où vous les attendriez. Néanmoins c’est avec un certain sentiment d’addiction que j’ai suivi les apprentissages de Sasha, ainsi que son évolution. Le mystère qui entoure les cours qu’elle suit, notamment – et même surtout – leur finalité devient vite une obsession : qui fiche-t-elle ici, et pourquoi lui demander d’apprendre ce qu’elle apprend, en usant de chantage ? Le dénouement, lorsqu’il nous frappe, démontre l’adresse avec laquelle les auteurs ont construit leur récit. Lorsque l’on comprends, on ne peut s’empêcher de se dire que c’est tout bonnement génial d’invention et de mise en scène.

L’histoire de Sasha, c’est également – ça tombe bien, c’est le titre du triptyque – le récit d’une métamorphose à plus d’un titre. Bien évidemment ici, on se situe sur celle du passage de l’adolescence à l’adulte à travers les injonctions, pressions et peurs qui poussent, pour de bonnes ou mauvaises raisons, à passer à l’acte, à se construire et à passer à l’étape d’après. Il y a aussi tout un travail sur les non-dits, le silence – je me suis longtemps demandé pourquoi Sasha vomissait de l’or avant de relier tous les liens symboliques que faisaient les auteurs sur cet aspect. C’est une lecture pleine de tiroirs, de symboles et de métaphores et je crois que c’est aussi pour ça que c’est une lecture particulière, qui peut résister au lecteur, qui ne plaît pas à tout le monde.

Je ne sais pas si on peut dire que j’ai compris la fin, je pense qu’en plus, particulièrement sur cette lecture, le sens que les lecteurs et lectrices lui donneront sera complètement différent. Pour ma part, je ne cherche pas particulièrement à lui trouver un sens concret ; je chéris les fin ouverte et les lectures que l’on laisse maturer pour y revenir – ou non – plus tard.

Dans tous les cas, il s’agit ici d’un livre magistral, qui frappe, qui secoue, qui ne laisse pas indifférent, et je pense qu’on ne sera pas surpris si je dis que c’est un coup de coeur. La suite – Numérique – à lire très prochainement.

A lire si vous recherchez

– un roman initiatique qui change des Harry Potter et consorts
– de la SFFF qui sort des codes dont on a l’habitude
– un roman original et qui ne va pas dans le sens du lecteur

Note : 5 sur 5.