Publié dans Fantastique, PLIB 2023

Un chien d’enfer – Maxime Herbaut #PLIB2023

De quoi ça parle ?

Au retour d’une soirée à l’opéra de Lille, un jeune couple est victime d’un grave accident de voiture. À son réveil à l’hôpital, Félix apprend qu’Ambre est décédée. Il se retrouve aussi affublé d’un chien qu’il n’a jamais vu, un Jack Russell espiègle et affectueux qui ne quitte plus sa chambre.

Félix le nomme Frisbee et tente de reconstruire sa vie avec lui, mais une série d’évènements étranges va lui faire comprendre que ce nouveau compagnon n’est pas ce dont il a l’air. À mesure que les pouvoirs surnaturels de Frisbee se révèlent, les questions se font plus pressantes : qui est-il ? D’où vient-il ? Quels sont les risques à le garder ? Mais la plus importante : est-ce lui qui a provoqué l’accident ?

Et c’est bien ?

J’ai longtemps trouvé le genre fantastique peu adapté au roman, la nouvelle ou la novella présentant à mes yeux un format idéal pour cet exercice. Un chien d’enfer, de Maxime Herbaut, m’a montré qu’il était possible d’écrire un texte long collant au genre, et qui tient à la route tout du long.

Je m’attendais à un texte d’horreur et je peux d’ores et déjà rassurer tous les frileux et les frileuses de ces genres, quelques scènes inquiétantes sont présentes, mais on n’est pas ici sur un récit d’horreur. Un chien d’enfer, c’est d’abord une atmosphère, liée au résumé si on l’a lu, celle de l’attente de ce qui va se passer. Sous les dehors de la normalité du quotidien, Maxime Herbaut sait conserver l’intérêt du lecteur de manière intéressante et prenante. Certains ouvrages du style m’ont donné l’impression de brasser du rien pour renforcer le surnaturel et je m’y suis fait suer. Ici, le quotidien de Félix est marqué par une tension sous-jacente qui donne toute sa saveur au texte.

Les jeux que l’auteur opère sur la réalité – le propre du fantastique – sont fins, cohérents et mettent réellement en valeur tout ce que l’on a lu jusqu’aux points de non-retour. La fantasmagorie est présente par petites touches marquantes et, bien sûr, mâtinée d’un doute permanent.

La plume est belle et j’ai aimé les références culturelles de l’auteur dans son texte. Bien sûr, le fameux Don Giovanni qui émaille le récit, mais aussi les clins d’oeil aux Tex Avery et ses petits frères de la Warner. Entre les tranches de vies de Félix, ces deux éléments (l’opéra de Mozart et les dessin animés) jouent le rôle d’interludes d’abord mystérieux, puis de plus en plus inquiétants ; j’ai aimé la façon dont ils ponctuent et font écho à l’histoire de Félix à mesure que les événements se précipitent.

Jusqu’à la fin il m’a été bien difficile de lâcher ce livre. Maxime Herbaut parvient avec talent à nous mettre dans la peau et les états d’âme de personnage principal. Je m’attendais à ce que la conclusion soit plus concrète mais, à mon grand plaisir, l’auteur a joué la carte fantastique (je parle bien ici du fantastique à la Todorov) jusqu’au bout. Une réussite.

Note : 4.5 sur 5.

#PLIB2023
#PLIB2023A
#ISBN9782491874216

Publié dans Fantastique, PLIB 2023

669 Peony Street – Mélanie Launay #PLIB2023

De quoi ça parle ?

Bienvenue à Sleepy Hawthorn, petite ville paisible de l’Angleterre victorienne. George Breathman, son éminent docteur, est à la veille de révéler une découverte qui pourrait changer le destin de toute l’humanité. Mais le fruit de ses recherches, consignédans un carnet destiné à son associé, n’arrivera jamais jusqu’à Londres…

Point de départ d’événements inexpliqués, son terrible secret ne sera déterré que dix ans plus tard, à bord du Blooming Greenfield, un train énigmatique fonçant à toute vapeur à destination du 669 Peony Street, où se dresse un impénétrable manoir.

Et c’est bien ?

Lecture très ambivalente que celle de 669 Peony Street. Très enthousiaste à la lecture du résumé, j’ai été surprise de plonger dans un univers et une imagination singuliers, mais aussi dans une narration bizarre. Le mot qui qualifie le mieux ma lecture, c’est frustration.

Le début de l’ouvrage est particulièrement laborieux. D’entrée de jeu, il y a un gros problème d’organisation du texte. L’autrice catapulte en l’espace de deux, trois pages un bon paquet de noms de ses personnages, ainsi que leur surnom. Si ce n’était que cela, quelques notes à côté et passe. Le souci, c’est qu’en prime le style de narration et la rédaction pêchent par leur lourdeur, et par une syntaxe alambiquée, et même parfois erronée. Des pronoms qui ne renvoient pas aux bons noms, des appositions emberlificotées… Il m’a fallu m’accrocher pour passer outre cet aspect. Certes, cette narration problématique finit par se lisser au fil du texte. Néanmoins, il reste un nombre assez déconcertant de phrases qui commencent par « mais » (minimum une par page) et de phrases qui n’en sont pas, des appositions qui ont oublié leurs virgules et qui se baladent, toutes seules, qui hachent complètement la narration. Sans compter l’imitation d’un style victorien assez lourd, qui aurait pu être allégé ou fluidifié. Je suis assez étonnée que le texte ait été publié en l’état, je pense réellement qu’il aurait dû être retravaillé, et qu’éditorialement, un truc a été foiré.

C’est donc dans une espèce de brouillard chaotique que j’ai tenté de faire mon chemin, de piger qui était qui et où est-ce que l’on voulait que le lecteur aille. Malgré tous les désagréments cités plus haut, ce que l’autrice met en scène est franchement pas mal, malheureusement cela ne rattrape pas tous les soucis de narration, et j’avoue que j’ai, pour le coup, un sentiment de gâchis.

Parce que l’autrice a un vrai univers victorien franchement cool et parce que ce qu’elle imagine est loin d’être dégueu. J’ai aimé le jeu sur la réalité qu’elle opère. J’ai aimé la fin et ce qui se dévoile. J’ai trouvé très bien mené le fait que l’on ne découvre que via les ragots des acteurs et actrices d’une société déliquescente les différents secrets que chacun cache. Les personnages gagnent en relief et une trame de fond loin d’être inintéressante se dessine. Il y a même eu un moment où, malgré le style, j’ai eu du mal à lâcher le livre, juste parce que ce que narraient les protagonistes était prenant. L’ensemble a un petit goût Alice au pays des merveilles sauce Mr Jack et l’esthétique que convoque Mélanie Launay pour la petite ville de Sleepy Hauthorn est plutôt réussie.

C’est loin de la déception que je voyais poindre sur le premier tiers. Le début est vraiment le pire à mon sens. En allant me renseigner sur le texte, j’ai découvert que 669 Peony Street était à l’origine une nouvelle lauréate d’un concours, et je me pose des questions sur les conditions de publication, qui ne me semblent pas avoir été, à l’aune de ce que j’ai lu, à l’avantage du texte. Quoi qu’il en soit, je pense que je vais suivre les autres publications de Mélanie Launay ; son imaginaire m’intéresse et je serais intéressée de la suivre dans ses univers.

Note : 2.5 sur 5.

#PLIB2023
#PLIB2023A
#ISBN9782749947488

Publié dans Fantastique, Fantasy, PLIB 2023, Science-fiction

PLIB 2023, on rempile !

En attendant la révélation du gagnant 2022, qui sera annoncé ce 15 octobre 2022, le blog rempile pour une deuxième année, avec d’autant plus grande joie que cette année, une catégorie adulte voit le jour, catégorie dans laquelle j’ai souhaité m’investir.

Si vous souhaitez jeter un oeil sur les titres qui concourent cette année, ils sont d’ores et déjà visibles sur le site du PLIB. Comme l’année précédente, un premier écrémage consiste à choisir 80 titres parmi les ouvrages, les présélectionnés seront révélés le 17 octobre.

A l’instar de la session 2022, le choix a été difficile. Des ME et des auteurs que j’apprécie, d’autres que je découvre, des résumés alléchants… Je vous invite à découvrir ma sélection. S’il y en a que vous avez déjà lus, n’hésitez pas à venir en discuter 🙂

Publié dans Fantastique, PLIB 2023

Into the Deep – Sophie Griselle #PLIB2023

De quoi ça parle ?

À plus de onze mille mètres de fond, la fosse océanique des Mariannes, au large de l’océan Pacifique : l’endroit le plus profond sur Terre…

C’est là que Sam Luzarche, jeune océanologue, découvre une créature qui pourrait bien remettre en question tout ce qu’il croyait savoir sur la science, sur les fonds marins et, en définitive, sur lui-même.

Et c’est bien ?

Une lecture au hasard puisque proposé en lecture commune par des copains. J’ai découvert le livre ainsi que l’autrice, que je ne connaissais pas, interrogative car chez Snag, j’ai eu aussi bien des flops que de très bonnes lectures.

Au vu du titre et de la couverture, zéro surprise, on parle d’eau, et notamment de l’océan. Le première chose qui m’a frappée et que je retiens du roman, c’est la plume de Sophie Griselle. Les descriptions et les passages narratifs sont une vraie réussite ; et comme les protagonistes, on est immergé. Le vertige des profondeur, je l’ai quasiment éprouvé à la lecture et c’est une réelle qualité du livre.

En revanche, je suis sortie du livre mitigée pour plusieurs raisons, certaines « à cause du livre », d’autres pour des raisons plus personnelles. Pour rester dans la thématique du style, autant j’ai adoré le narratif de l’autrice, autant je n’ai pas aimé du tout les dialogues, que j’ai trouvés très mécaniques et artificiels. C’est aussi pour cette raison, je pense, que j’ai eu beaucoup de mal à apprécier certains personnages.

Au-delà du côté exécrable de beaucoup d’entre eux, pas mal d’éléments tournent autour du héros, Sam. Et comme c’est l’histoire de Sam, l’histoire se construit autour de lui, parfois même un peu trop, notamment Ophélie. Ophélie, la petite amie pleine d’abnégation, sa bonne conscience, qui à force finit par ressembler à un protagoniste tapisserie qui ne sert que de contrepoint au personnage principal et à mettre en lumière ses failles. C’est fort dommage, car Ophélie, on s’y attache vite (au milieu de tout les olibrius qui gravitent dans le texte en même temps, ce n’est guère difficile), et son développement m’a vraiment laissée sur ma fin.

Côté histoire, pas mal de points intéressants : le surnaturel vu sous le prisme du scientifique est très intéressant, même si je regrette beaucoup que les questions éthiques arrivent si tard, et que des personnes en tête de missions du CNRS s’en posent si peu. Il y a de la matière et Sophie Griselle nous sert une histoire consistante et construite. Je ne suis pas renseignée sur son parcours, néanmoins je pense, au vu du texte, qu’elle connaît le monde de la recherche.

Côté choses qui coincent, on a pas mal de drama. Un peu, c’est bien, trop en revanche, ça finit par fatiguer. Entre un antagoniste particulièrement gratiné à travers papa Luzarche et des personnages bourrés de failles psychologiques qui changent d’avis comme de chemise, ça finit par faire beaucoup, encore plus, à nouveau, en regard des responsabilités qu’ils ont. Les idées étaient bonnes mais je n’ai pas adhéré à la façon dont l’autrice les a mises en scène.

En soi, une lecture en demie teinte, ambitieuse et riche, mais dont le développement a fini par me fatiguer. Ceci dit je dois admettre que, même si la fin est attendue, l’épilogue qui ramène de l’apaisement était plutôt réussi, et le bouquet final plutôt réussi en matière de dynamique d’écriture. Une autrice dont je lirai sûrement d’autres textes, même si ce texte m’a moyennement plu.

Note : 3 sur 5.

#PLIB2023
#PLIB2023JYA
#ISBN9782490151783

Publié dans Coups de coeur, Fantastique

Le prophète et le vizir – Yves et Ada Rémy

De quoi ça parle ?

VIIIe siècle de l’Hégire, Kemal bin Taïmour, pêcheur de perles de Bahreïn, a reçu d’Allah, le Miséricordieux, le don de voyance – en plus d’un sixième doigt. L’émir local le fait enlever et l’intègre à sa cour peuplée d’autres infirmes voyants. À leur contact, les visions du pêcheur s’intensifient et c’est un avenir très lointain qu’il pressent. Mais que valent des augures qui annoncent la future richesse pétrolière des pays du Golfe ou l’Europe frappée par la peste ? Autant d’événements incompréhensibles pour ses contemporains. Alors, l’émir revend Kemal à un marchand, qui le revend à son tour. Ainsi commence le long voyage autour de la Méditerranée d’un modeste pêcheur de perles qui voyait si loin qu’il en est devenu prophète. Mais nul ne l’est en son pays, n’est-ce pas ? Las, le pêcheur plantait ici ou là des graines dues à ses visions. Et peut-être ? Peut-être… que celles-ci germeraient au fil des siècles pour éviter le pire aux hommes qui sauront écouter les légendes ?

Et c’est bien ?

Deux récits liés d’une exceptionnelle richesse : L’ensemenceur, suivi des Huit enfants du vizir Fares Ibn Meïmoun.

Premier plaisir, celui de la langue, délicieusement classique et ciselée, qui apporte au texte la forme d’un conte. Une plume que j’ai savourée et qui donne envie de narrer, déclamer, conter à haute voix cette histoire au charme oriental. Les éléments culturels, ensuite, provoquent une immersion totale dans le quotidien de Kemal. Les auteurs apportent au lecteur les éléments qu’il faut pour la compréhension. Histoire et religion s’entremêlent au bénéfice d’une très grande qualité de fond, jamais je ne me suis sentie perdue.

Yves et Ada Rémy se servent de ces éléments pour mettre sur pied un texte passionnant, où les visions de Kemal le pêcheur vont venir se heurter à notre histoire. Notre héros parviendra-t-il à contrer ses visions ? J’ai retrouvé dans ce livre beaucoup de thèmes traités à travers les mythes gréco-latins, et foultitude de questionnements sur le destin et le libre arbitre. On trouve également dans Le prophète et le vizir un regard pacifiste et humaniste, certains passages faisant fortement écho à notre actualité.

Si le premier texte tient du compte, le second (suite directe du premier), tient quasiment du théâtre et de la tragédie grecque. Les choix de narrations sont absolument géniaux, et jusqu’au bout, le lecteur est tenu en haleine, bien que la fin soit dévoilée dès le début. Une histoire comme je les aime, qui vient conforter mon idée que les spoilers n’existent pas quand la plume et l’ouvrage sont aussi riches, intelligents et passionnants.

Oscillant entre fantastique et science-fiction, entre classicisme et modernité, Le prophète et le vizir offre deux contes d’une très grande finesse de plume et de fond. A découvrir d’urgence (ainsi que le catalogue Dystopia / Scylla, d’une fort grande richesse).

Note : 5 sur 5.