Publié dans Fantasy

L’impératrice du sel et de la fortune – Nghi Vo

De quoi ça parle ?

Un mariage politique force In-yo, jeune femme de sang royal, à s’exiler au sud, dans l’empire Anh. Ses frères sont morts, ses armées et leurs mammouths de guerre vaincus de longue date restent reclus derrière leurs frontières.
Seule et humiliée, elle doit choisir ses alliés avec circonspection.
Lapin, une jeune servante vendue au palais par ses parents en réparation de l’absence de cinq paniers de pigments se prend d’amitié pour la nouvelle épouse esseulée de l’empereur et en voit son existence bouleversée.
Chih interroge la domestique au crépuscule de sa vie sur les divers objets peuplant sa maison. Leurs origines forment une histoire que les archives officielles ignorent et qui pourrait déstabiliser l’empire.

Et c’est bien ?

Une lecture un peu par hasard. Parce que l’Atalante en qui j’ai toute confiance pour dénicher de super textes, et puis aussi un peu parce que la couverture ^^ La quatrième de ouverture laissait également présager une histoire de femmes, qui m’attirait bien.

Au final ça a été un petit coup de coeur que ce texte. Chaque chapitre est initié par une description d’objet, factuelle, tenant presque de l’inventaire, et chacun donne lieu à un fragment supplémentaire de l’histoire de l’impératrice In-Yo. J’ai aimé cette place faite aux objets du quotidien, chargés de souvenirs et de l’histoire de leur propriétaire. Il y a une forme de dignité, mais aussi de sacralité dans la manière dont chacun est décrit et sollicité pour évoqué un passé enfui.

J’ai aimé, aussi, cette histoire de femmes, très simple – relativement courte, mais il n’y avait pas besoin de plus. Des femmes prisonnières de leur rang, de leur condition, de leur rôle, mais qui malgré cela trouvent des exutoires. L’impératrice In-Yo est peu présente, mais qui inspire le respect et acquiert une grande présence au travers du récit de Lapin, sa servante.

L’univers direct de Chih, qui recueille ces histoires est très peu décrit, mais les quelques bribes que l’on entrevoit semblent contenir d’alléchantes promesses et un petit goût de Miyazaki (à tout le moins dans la manière dont je me suis imaginé les choses).

Sous le couvert d’un archiviste dont le rôle est d’engranger la mémoire des humains, même secrète, même dérangeante ou interdite, la grande Histoire devient aussi une histoire de personnes et d’humanité. En bref, j’ai autant aimé l’histoire et ses thèmes que l’état d’esprit qui transparaît. Une lecture que je recommande très chaudement.

Publié dans Jeunesse, Science-fiction, Young Adult

Cinder, tome 1 – Marissa Meyer

De quoi ça parle ?

À New Beijing, Cinder est une cyborg. Autant dire une paria. Elle partage sa vie entre l’atelier où elle répare des robots et sa famille adoptive. À seize ans, la jeune fille a pour seul horizon les tâches plus ou moins dégradantes qu’elle doit accomplir pour ses sœurs et sa marâtre.
Mais le jour où le prince Kai lui apporte son robot de compagnie – son seul ami -, le destin de Cinder prend un tour inattendu. La forte attirance qu’éprouvent le beau prince et la jeune cyborg n’a aucune chance de s’épanouir, surtout que le royaume est menacé par la terrible reine de la Lune !

Et c’est bien ?

Une réécriture du conte Cendrillon sauce science-fiction, autant dire que ça m’intriguait. C’est par pur esprit de curiosité que j’y ai plongé, eeeeet ce n’est pas si mal.

D’emblée, j’ai bien aimé l’univers post-apo développé. Une société où la pauvreté et la richesse sont exacerbées, une cybernétique développée au point de pouvoir remplacer des membres de manière courante, une maladie contre laquelle il faut lutter… dans les images qui me venaient en tête, ces éléments ajoutés à l’environnement pauvre et crasseux dans lequel vit Cinder n’a pas été sans me remettre en tête Kuzutetsu, la décharge dans laquelle vit Gally, le personnage principal du très bon manga Gunnm de Yukito Kishiro. Côté décors donc, on a quelque chose de crédible, de développé, et le style de l’autrice fait le job, on imagine bien ce qu’elle a en tête.

Côté héroïne, j’ai bien aimé sortir un peu du lot : une Cinder mécanicienne, les mains dans le cambouis, bricoleuse et pas paillette pour deux ronds. Cool.

Là où il y a le plus d’éléments qui m’ont gênée en fait, c’est quand il s’est agi de rappeler le conte au lecteur, et où à mon sens l’autrice manque le coche à plusieurs reprises. L’élément des Lunaires, peuple cruel venu de la Lune, m’a paru un peu téléporté sur place pour introduire LA révélation du roman, révélation aussi subtile qu’un Mûmakil au milieu d’artefacts elfes ; à peine évoqués certains fils narratifs qu’on devine sans peine ce qui va arriver. La méchante marâtre est méchante, certes comme dans le conte, mais j’aurais aimé que l’autrice développe le moteur de cette méchanceté. On a ici une méchante méchante, et c’est un peu léger à mon sens. On n’est pas dans un conte, un texte court à portée morale comme l’histoire initiale, mais dans un récit, qui plus est un récit long, et travailler ces aspects un peu plus subtilement, voire travailler dessus tout court pour les intégrer au mieux au récit aurait été plus intéressant.

L’élément du conte que Marissa Meyer a, à mon sens, plutôt réussi, est celui de la romance. J’étais hérissée à l’avance, fan que je suis des histoires d’amour (non), et cet aspect a été parfaitement lissé et introduit dans ce que l’autrice développe.

En somme, je trouve que tous les éléments nouveaux imaginés par l’autrice sont vraiment très bien, intéressants, racontés de manière à donner envie, dans un univers et une atmosphère dressés avec talent. Les péripéties et le déroulé sont plutôt addictifs. Mon regret tient surtout à ce que les éléments du contes n’aient pas été mieux fondus dans le décors. Néanmoins cela reste une bonne lecture, plaisante et qui m’a donné envie de lire les suites. A suivre donc.

A lire si vous recherchez
– un mélange atypique conte de fée et science-fiction
– des cyborgs et du post-apo
– une lecture facile et addictive

Note : 4 sur 5.
Publié dans Fantasy

La fée, la pie et le printemps – Elisabeth Ebory

Résumé : En Angleterre, les légendes ont été mises sous clé depuis longtemps. La fée Rêvage complote pour détruire cette prison et retrouver son pouvoir sur l\’humanité. Elle a même glissé un changeling dans le berceau de la reine…

Mais Philomène, voleuse aux doigts de fée, croise sa route. Philomène fait main basse sur une terrible monture, des encres magiques, un chaudron d\’or et même cette drôle de clé qui change de forme sans arrêt. Tant pis si les malédictions se collent à elle comme son ombre… Philomène est davantage préoccupée par ses nouveaux compagnons parmi lesquels un assassin repenti et le pire cuisinier du pays. Tous marchent vers Londres avec, en poche, le secret le plus précieux du royaume.

Des personnages empreints d\’une légèreté désespérée, une aventure aussi féerique que profondément humaine. Élisabeth Ebory renoue avec le merveilleux des anciens récits, sans nier leur part d\’obscurité.

Avis : Il s\’agit d\’une lecture dans laquelle j\’ai eu un peu de mal à entrer. Le lecteur s\’attache aux pas de Philomène, fée et voleuse de son état. Les premières pages m\’ont déstabilisée par une narration plutôt atypique, qui campe des personnages de manière très légère et enlevée, pratiquement vaudevillesques. Il m\’a donc été très difficile de les prendre au sérieux, et pour certains, difficile de m\’y attacher. Les considérations de Philomène, narrée en point de vue interne, m\’ont agacée par l\’évidence, parfois, de leur énoncé.

Pourtant, pour peu que l\’on passe outre cet aspect des personnages, l\’autrice parvient à nous accrocher et à nous emmener dans son univers, dans lequel se côtoient le monde des hommes et le monde des fées, reliés par des passages. Si, dans un premier temps, les raisons de Philomène pour rester auprès du groupe qu\’elle croise – composé de Clémente, un beau jeune homme, Vik, une gamine soupe au lait, Od, leur piètre cuisinier, et S, un gamin bavard – m\’ont parues un peu tirées par les cheveux, on se fait plutôt rapidement à cette troupe sympathique et débraillée malgré les quelques \ »couacs\ ».

Leur voyage pour atteindre leur but, les artefacts inventés par l\’autrice, le système magique, les autres personnages gravitant autour d\’eux, leur passé sont autant d\’éléments que l\’on découvre avec plaisir. Les rebondissements sont narrés avec brio et peu à peu, passé mon agacement initial, cette histoire prend l\’allure d\’un conte cruel et coloré, que je ne suis plus arrivée à lâcher avant d\’avoir atteint la fin.

Les incursions dans le monde des fées sont particulièrement intéressantes, teintées de mystère, et en découvrir les personnages qui l\’habitent et le fonctionnement m\’a particulièrement plu. La deuxième partie du livre embraye sur un rythme plutôt soutenu, et les différentes péripéties s\’enchaînent pour le plus grand bonheur du lecteur, d\’autant plus que les liens entre les différents personnages et leur évolution deviennent vraiment intéressants.

En soi et malgré mes réticences de départ, j\’ai au final passé un très bon moment de lecture, et je ne dirais pas non à une autre plongée dans cet univers, que j\’aimerais beaucoup découvrir un peu plus.