Publié dans Fantasy

Les Sentiers des Astres, tome 3 : Meijo – Stefan Platteau

Résumé : Pour avoir mis à mort la Croque-Carcasse, l’ourse sacrée du Lempio, la jeune Nisu s’est vue bannie de son île natale, il y a près de dix ans. Pourchassée par une ombre, hantée par l’Outre-songe, elle s’embarquait vers l’Héritage, en compagnie de son amant Meijo.Par quels caprices du destin l’apprentie chamane est-elle devenue la Courtisane Shakti ? Pour le savoir, le Barde Fintan et ses compagnons devront patienter un peu. Car le répit offert par les Teules, propice aux bons récits, aura bientôt vécu : déjà les flammes rugissent, la forêt boréale résonne d’abois fauves et de cors démoniaques. Il est temps de reprendre la quête du Roi-diseur, de marcher dans les pas des géants ! Et puisqu’il faut déjouer la traque, l’heure est peut-être venue d’emprunter enfin les Sentiers des Astres… 
 Avis : On ajoute un troisième coup de coeur aux deux précédents, car oui, ce tome trois réunit à nouveau les ingrédients qui m\’ont beaucoup plu. 
Nous voilà donc de retour chez les Teules, en compagnie des restes de l\’expédition Rana. Et toujours la nécessaire fuite face aux Nendous, déterminés à faire payer à nos héros le prix de leur imprudence. Avec toujours cette lenteur suave et un extraordinaire talent de conteur, l\’auteur emmène le lecteur sur les Sentiers des Astres, modelant les mots, les entremêlant, et tel notre barde Fintan, nous ensorcèle avec une facilité déconcertante au gré de son dit.
Pour des raisons que je vous laisse découvrir, Shakti est à nouveau amenée à narrer son passé. Avec tristesse et effroi, j\’ai suivi son voyage avec Meijo, personnage abject s\’il en est, et admiré tout du long ce personnage féminin, si tenace et persévérant. D\’autres figures se dévoilent le long de ce double récit, notamment celui de Kunti – la confrontation finale est plutôt magistrale, et tout comme les dernières pages des précédents tome, l\’auteur sait vraiment envoyer du lourd. 
Tour à tour émerveillée par les riches cités évoquées par Shakti, titillée d\’angoisse, voire écoeurée par les rares mais éprouvantes manifestations des Nendous, la capacité évocatrice de la narration est vraiment ce qui fait la force de cette saga. La diversité des cultures, la diversité déployée pour faire découvrir les cultes, les rites, les conflits qui animent la société de l\’Héritage m\’ont littéralement transportée ailleurs. Le tout sur l\’édition en dur des Moutons électriques, et vous voilà comme un gosse qui lit son premier gros livre de conte, qui l\’ouvre avec la fièvre d\’y découvrir les friandises qui l\’attendent et le referme avec regret.
Une lecture lente, qui prend son temps, mais qui se savoure à chaque mot, chaque phrase, chaque page ; dans laquelle je ne peux qu\’encourager quiconque lira ses lignes à s\’immerger. De mon côté j\’attends le tome 4 de pied ferme.
Coup de coeur
Publié dans Fantasy

Olangar – Clément Bouhélier

Résumé : Dix-sept ans ont passé depuis la bataille d\’Oqananga, où la coalition entre les Elfes et les Hommes a repoussé les Orcs par-delà les frontières.À l\’approche des élections, Olangar est une capitale sous tension, véritable poudrière où seule manque l\’étincelle. Tandis que les trois candidats noircissent les journaux de leurs promesses, les accidents se multiplient sur les chantiers navals ; les salaires se font attendre et la Confrérie des Nains menace d\’engager un mouvement de grève d\’une ampleur jamais vue. À leur tête, Baldek Istömin ira jusqu\’au bout.Au même moment, Evyna d\’Enguerrand, fille d\’un ancien seigneur de guerre, débarque en ville pour chercher la vérité sur la mort de son frère, soldat assassiné au Grand Mur dans d\’étranges circonstances. Pour l\’aider, elle fait sortir de prison Torgend Aersellson, un Elfe banni par les siens et vieil ami de son père. Ensemble, ils se lancent dans une enquête acharnée, qui les mènera des bas-fonds de la cité jusqu\’aux couloirs de la Chancellerie et ses arcanes politiques.
Avis : Une histoire en deux tomes, qui nous présente la version mines à charbon et lutte sociale version fantasy. Oubliez les elfes hautains et évanescents, les nains dans leurs mines de mithril et le sociétés basées sur une époque médiévale fantasmée. 
Le style de l\’auteur m\’a déroutée dans un premier temps : un flashback sur le passé sombre de Torgend, l\’elfe déchu, des irruptions des pensées des personnages en italique en plein milieu d\’un paragraphe explicatif. Et puis chemin faisant, on s\’y fait, le flashback n\’est que contextuel et ponctuel, le style apporte au final un rythme particulier mais haletant. 
Les personnages sont particulièrement intéressants, loin des clichés du genre, chacun a sa petite histoire et ses blessures et ses secrets pas vraiment avouables liés à cette fameuse guerre. Torgend, Evyna, Baldek et les personnages qui gravitent autour d\’eux évoluent, luttent, enquêtent avec âpreté et acharnement. On s\’y attache, on suit leurs aventures avec avidité.
Le contexte général est particulièrement intéressant, l\’auteur livre une intrigue sur fond d\’intrigues et malversations politiques, le genre de titre que j\’aime à citer quand on me dit que la fantasy est déconnectée de la réalité. Les nains, leur syndicat et leurs actions m\’ont fait rire, souvent jaune, surtout au vu de notre actualité actuelle. 
Le premier tome m\’a davantage plus que le deuxième tome, bien que le second soit une suite directe. J\’ai trouvé ce dernier un peu plus mou, un peu alourdi par le sentiment de plus en plus dépressif qui émane des personnages alors qu\’ils fouillent toujours plus profondément dans la vase qu\’ils soulèvent à travers leur enquête. La fin m\’a peu surprise lorsque l\’on découvre la cause finale de toutes les malversations – on le sent venir et l\’auteur a semé suffisamment d\’indice – cependant le traitement et les implications finales sont particulièrement intéressantes. Et surtout, on se demande si de nouvelles aventures en Olangar verront le jour.
Diptyque atypique aux accents de western et de films de Martin Scorcese, Olangar propose une fresque prenante. A découvrir sans modération.
A dévorer
Publié dans Fantastique, Jeunesse, Young Adult

Power Club, tome 1 : L\’apprentissage – Alain Gagnol

Anna Granville est une jeune fille de 17 ans, issue d\’une famille très riche et qui questionne peu son mode de vie. Ses parents lui offrent, pour son 17e anniversaire, une entrée au Power Club, le club des super-héros. Adulés par le monde entier, ces jeunes gens se sont vu greffer des \ »boosters\ » afin de leur permettre de développer invulnérabilité, force herculéenne et capacité à voler. Tout d\’abord critique sur leur propension à devenir des supports de publicité, Anna oublie ses récriminations quand ses parents lui annoncent la nouvelle. Mais elle va découvrir que le Power Club s\’est approprié par le pouvoir de l\’argent des passe-droit plus que dérangeants…
Une très bonne, une excellente surprise que cette lecture. Très frileuse avec la littérature adolescente et les clichés habituels d\’histoires de coeur et d\’inimitié, j\’ai vite constaté que Power Club ne tombait pas dans ces écueils. L\’héroïne, bien loin des portraits d\’ado très classiques comme on peut en croiser à la pelle dans les dystopies si plébiscitées, possède d\’emblée une patte, une tournure d\’esprit drôle, agile, fine qui nous la rend tout de suite attachante. Il en va de même pour sa copine Lisa, gaffeuse invétérée à l\’humour acide. Chaque personnage est façonné avec minutie et tous disposent d\’une réelle présence.

J\’ai longtemps craint que ce premier tome ne soit qu\’une longue introduction à la suite. Que nenni. Le lecteur ou la lectrice découvriront le fonctionnement du Power Club, ainsi que les grains de sables qui se sont glissés dans les rouages de leur renommée. L\’auteur sait distiller les différentes informations de manière subtile sans passer son temps à les expliquer. On sent qu\’un truc ne va pas, que quelque chose ne tourne pas rond, et on se demande quand l\’ensemble va se fissurer. 


Petit-à-petit, on glisse d\’une histoire de jeunes riches ravis d\’être hissés au rang de célébrités au problèmes posés par la détention de super-pouvoirs. Les questionnements sur le rapport aux autres lorsque l\’on est invulnérable est particulièrement intéressé, et plus d\’une fois Anna vacille sur ses certitudes. Plus intéressant encore, en échange d\’interventions musclées pour rétablir une situation de conflit (une prise d\’otages, un braquage, etc), les membres de Power Club disposent de \ »facilités\ » légales afin d\’effacer rapidement tout dommage collatéral. Se posent alors, bien évidemment, des problèmes éthiques, où l\’argent de leurs sponsors entre bien évidemment en jeu.

J\’ai énormément aimé la façon dont l\’auteur intègre les thèmes de la publicité, des médias et des lobbies d\’argent à l\’ensemble, pour nous proposer un final pas si loin du thriller, émaillé des finasseries juridiques entre l\’avocat d\’ Anna et la directrice du Power Club. Le tout au détriment de mes ongles, que je ne ronge pourtant plus depuis longtemps. 

Un excellent roman donc, pas si édulcoré qu\’on pourrait le croire ; écrit avec finesse et intelligence, sans temps mort, et avec des bouts de personnages très attachants dedans. Je conseille vivement. 
Excellent !
 
Publié dans Science-fiction

Les moissonneurs stellaires, tome 1 : Six – Khalysta Farall

Un ouvrage d\’aventure stellaire bien sympathique. Les Moissonneurs stellaires ouvrent sur la morne vie de l\’éclaireur Cowl, 21 ans, jeune chien fou lâché dans l\’espace pour le compte de la Flotte humaine. Sa mission ? Surveiller les sondes de récolte. La particularité ? L\’humanité, poursuivie par de vils extra-terrestres, ne peut se poser sur les planètes qu\’elle découvre sous peine de se faire éradiquer. C\’est donc en fuite perpétuelle et enferrés dans des tâches de survie monotones et (trop ?) bien réglées que se déroule leur vie dans les étoiles. C\’est sur une de ces planètes viables que Cowl va croiser une jeune femme extrêmement bizarre, dont la capture lui vaudra d\’être recalé à la maintenance pour avoir osé contrevenir aux consignes de récolte habituelle. 
Nous voici donc, lecteur, propulsé.e.s au fin fond de l\’univers, au milieu des étoiles, en compagnie d\’un héros immature. L\’accroche au récit est facile ; la plume de l\’autrice est fluide, claire et ses ménager les effets. Cowl est un protagoniste auquel on s\’attache très vite, quoi qu\’il puisse présenter un côté légèrement agaçant, particulièrement lorsqu\’il se fait mener par le bout du né par ladite jeune fille, qui répond au nom de Six. L\’apprivoisement de cette dernière se fait moins aisément. Caractérielle et secrète, elle a un peu trop tendance à garder ses secrets pour elle. Cela fait certes partie de l\’histoire, mais la frustration est souvent présente. 
L\’univers dépeint par l\’autrice est plutôt bien imaginé. Cette Flotte humaine en fuite m\’a rappelé l\’excellente série Battlestar Galactica. Flotte harcelée par les pirates de l\’espace et la menace invisible de nos aliens destructeurs. La seule chose que je regrette reste sûrement le léger manque d\’arrière-fond à la vie de la Flotte. On l\’aperçoit par bribe mais les lieux restent flous et ne contribuent peu à donner une vue d\’ensemble satisfaisante. La vie sur les vaisseau pirate est davantage esquissée, et de ce fait marque davantage. J\’espère que ces aspects seront davantage développés dans les tomes suivants. 
Enfin, côté action, on n\’est pas déçu. De batailles spatiales en luttes contre une faune hostile, le lecteur suit nos protagonistes dans un voyage mouvementé. Malgré quelques longueurs, l\’intérêt est là et l\’autrice arrive parfaitement à maintenir le suspens jusqu\’à la fin, et nous offre une chute pour le moins inattendue et particulièrement intéressante. 
En somme, un space opera qui se laisse lire sans problème et avec plaisir. Peu familière de l\’auto-édition, je ne regrette pas d\’avoir porté mon choix sur cette trilogie ; et je suis particulièrement curieuse de constater les avancées de l\’autrice et de ses protagonistes dans les tomes suivants. Un livre à découvrir surtout pour son côté aventure. Promis, on n\’est pas dans de la SF à gros boulons 😉
C\’est du bon !
Publié dans Science-fiction

Le problème à trois corps – Liu Cixin

Résumé : En pleine Révolution Culturelle, le pouvoir chinois construit une base militaire secrète destinée à abriter un programme de recherche de potentielles civilisations extra-terrestres. Ye Wenjie, une jeune astrophysicienne en cours de “rééducation” parvient à envoyer dans l’espace lointain un message contenant des informations sur la civilisation humaine. 
Avis : Un livre de science-fiction atypique qui entraîne le lecteur en Chine pendant la Révolution Culturelle et le plonge dans un univers alternatif. Avec son rythme lent et parsemé de termes scientifiques, l\’abord de cette histoire n\’est pas facile… sans néanmoins tomber dans le rébarbatif. En s\’accrochant un peu on découvre une trame riche et dense, et même, on en apprend un rayon en astrophysique – pas forcément un sujet qui me passionne, mais pour lequel je me suis surprise à éprouver de l\’intérêt au fur-et-à-mesure de l\’égrenage des notions. 
L\’entrée dans l\’histoire se fait d\’abord sous un jour historique : on suit la rééducation de Wenjie. Puis on glisse vers une trame présente et on change de point de vue pour adopter celui de Wang Miao, chercheur en nanomatériaux. Si l\’on se demande dans un premier temps le lien avec cette nouvelle trame, celle-ci nous entraîne pourtant dans un thriller haletant où le chercheur se trouve pris entre la résolution de l\’énigme d\’un jeu vidéo et une enquête policière visant à élucider les mystérieux suicides de plusieurs chercheurs astrophysiciens.
Plus que la résolution finale, grandiose il faut le dire, j\’ai énormément apprécié tout le questionnement sur les sciences et leur remise en cause. Comment le bouleversement de principes physiques perturbe tout ce que l\’homme a bâti en termes de connaissances et de perception du monde. L\’ensemble reste certes basé sur de la fiction, mais les questions épistémologiques soulevées s\’avèrent passionnantes. 
Le dénouement de l\’ensemble nous montre cependant que ce premier tome n\’est qu\’une introduction à ce qui arrive. Le tissage progressif que l\’auteur effectue du début jusqu\’à ce point est mené de main de maître et fait refermer le livre avec des étoiles dans les yeux… Je sais qu\’une certaine polémique a eu lieu sur le résumé \ »spoiler\ », pourtant Le problème à trois corps est le genre d\’histoire qui me paraît très difficilement synthétisable et je vois difficilement comment il aurait pu en être autrement. Et si, certes, j\’ai passé tout le livre en attendant l\’annonce phare du résumé, reste que sans celle-ci, je suis quasiment sûre que je ne me serait pas tournée vers ce récit. 
En somme un récit dense et exigeant, dont la fin se déguste avec un agréable sentiment d\’accomplissement après l\’effort.
Excellent