Publié dans Fantasy, Nouvelles, Revue AOC, Science-fiction

AOC n°47 – Collectif

Illustration par Sandara

Un recueil pris un peu au hasard parmi les multiples anciens numéros proposés sur le stand du Club des Présences d’Esprit lors des Utopiales 2019, je me suis enfin plongée dans sa lecture, au programme, trois nouvelles, une de fantasy et deux de science-fiction, et à la fin les trois textes vainqueurs du match des Imaginales 2017.

  • Fleur de Jade et le Chasseur-Fantôme d’Amria Jeanneret

Fleur de Jade est une jeune sorcière alliant la plus pure tradition japonaise et la modernité propre à son époque. Elle et sa servante Hanako reçoivent la visite du Chasseur-Fantôme, l’émissaire du dieu Vent, qui la charge de la réalisation d’un sort de haut niveau. C’est un grand honneur fait à la jeune sorcière, mais se cacherait-il derrière un autre dessein ?

Une nouvelle qui m’a beaucoup plu. Je me suis crispée un instant quant au devenir de l’héroïne, mais finalement, les choix narratifs de l’autrice sont intéressants et participent au charme de la nouvelle. L’atmosphère liée à l’imaginaire japonais est intéressant, et la magie graphique mise en scène est bien trouvée. La résolution finale est très sympa, l’autrice relie habilement tous les fils qu’elle a tirés. Un texte rafraîchissant.

  • Je… je suis le sable d’Elric Elbaze

Un an plus tôt, la mère du jeune Boubi amène celui-ci au Docteur Chauvin. Le garçon semble perdu dans son monde, mais possède des facultés qui fascinent le docteur. Aujourd’hui l’homme de science a été réquisitionné dans le plus grand secret par les autorités militaires pour s’occuper du jeune garçon. En effet, les dessins de celui-ci sont étrangement prémonitoires et, tout pousse à croire qu’il est au courant de l’imminence d’une invasion extraterrestre…

Coup de coeur pour cette nouvelle dans laquelle j’ai eu un peu de mal à entrer. La mécanique sur laquelle repose le texte de l’auteur est super, j’ai trouvé ça très bien pensé, et les perspectives offertes très alléchantes. Le bouclage de la boucle est également super. C’est presque le genre de texte autour duquel un développement plus long me plairait beaucoup.

  • Speed Club de le Barde dans la machine

Le Speed Club, c’est un repaire de drogués, de junkies, tous amoureux fous de vitesse, perdu au milieu de nulle part. Un lieu où l’amitié et l’honneur n’ont pas de sens pour grand-monde, mais ils en ont pour moi. Et quand mon meilleur pote cane en pleine course sur un coup en traître, faut pas s’attendre à ce que je laisse passer sans rien dire.

Très bon texte que celui-ci, pas tant dans l’histoire que dans le ton employé. Bien que n’ayant jamais vu Mad Max, j’y ai forcément pensé. Le côté très post-apo-trash avec un côté western du futur assez marqué. Le côté « déglingos » de l’univers, des personnages, et le parler de ces derniers participent vraiment de l’attrait du texte, bien punchy. Très bonne lecture là encore.

Publié dans Jeunesse, Science-fiction, Young Adult

Cinder, tome 1 – Marissa Meyer

De quoi ça parle ?

À New Beijing, Cinder est une cyborg. Autant dire une paria. Elle partage sa vie entre l’atelier où elle répare des robots et sa famille adoptive. À seize ans, la jeune fille a pour seul horizon les tâches plus ou moins dégradantes qu’elle doit accomplir pour ses sœurs et sa marâtre.
Mais le jour où le prince Kai lui apporte son robot de compagnie – son seul ami -, le destin de Cinder prend un tour inattendu. La forte attirance qu’éprouvent le beau prince et la jeune cyborg n’a aucune chance de s’épanouir, surtout que le royaume est menacé par la terrible reine de la Lune !

Et c’est bien ?

Une réécriture du conte Cendrillon sauce science-fiction, autant dire que ça m’intriguait. C’est par pur esprit de curiosité que j’y ai plongé, eeeeet ce n’est pas si mal.

D’emblée, j’ai bien aimé l’univers post-apo développé. Une société où la pauvreté et la richesse sont exacerbées, une cybernétique développée au point de pouvoir remplacer des membres de manière courante, une maladie contre laquelle il faut lutter… dans les images qui me venaient en tête, ces éléments ajoutés à l’environnement pauvre et crasseux dans lequel vit Cinder n’a pas été sans me remettre en tête Kuzutetsu, la décharge dans laquelle vit Gally, le personnage principal du très bon manga Gunnm de Yukito Kishiro. Côté décors donc, on a quelque chose de crédible, de développé, et le style de l’autrice fait le job, on imagine bien ce qu’elle a en tête.

Côté héroïne, j’ai bien aimé sortir un peu du lot : une Cinder mécanicienne, les mains dans le cambouis, bricoleuse et pas paillette pour deux ronds. Cool.

Là où il y a le plus d’éléments qui m’ont gênée en fait, c’est quand il s’est agi de rappeler le conte au lecteur, et où à mon sens l’autrice manque le coche à plusieurs reprises. L’élément des Lunaires, peuple cruel venu de la Lune, m’a paru un peu téléporté sur place pour introduire LA révélation du roman, révélation aussi subtile qu’un Mûmakil au milieu d’artefacts elfes ; à peine évoqués certains fils narratifs qu’on devine sans peine ce qui va arriver. La méchante marâtre est méchante, certes comme dans le conte, mais j’aurais aimé que l’autrice développe le moteur de cette méchanceté. On a ici une méchante méchante, et c’est un peu léger à mon sens. On n’est pas dans un conte, un texte court à portée morale comme l’histoire initiale, mais dans un récit, qui plus est un récit long, et travailler ces aspects un peu plus subtilement, voire travailler dessus tout court pour les intégrer au mieux au récit aurait été plus intéressant.

L’élément du conte que Marissa Meyer a, à mon sens, plutôt réussi, est celui de la romance. J’étais hérissée à l’avance, fan que je suis des histoires d’amour (non), et cet aspect a été parfaitement lissé et introduit dans ce que l’autrice développe.

En somme, je trouve que tous les éléments nouveaux imaginés par l’autrice sont vraiment très bien, intéressants, racontés de manière à donner envie, dans un univers et une atmosphère dressés avec talent. Les péripéties et le déroulé sont plutôt addictifs. Mon regret tient surtout à ce que les éléments du contes n’aient pas été mieux fondus dans le décors. Néanmoins cela reste une bonne lecture, plaisante et qui m’a donné envie de lire les suites. A suivre donc.

A lire si vous recherchez
– un mélange atypique conte de fée et science-fiction
– des cyborgs et du post-apo
– une lecture facile et addictive

Note : 4 sur 5.
Publié dans Fantastique, Science-fiction

Vita Nostra – Sergueï et Marina Diatchenko

De quoi ça parle ?

Vita nostra brevis est, brevi finietur…
« Notre vie est brève, elle finira bientôt… »

C’est dans le bourg paumé de Torpa que Sacha entonnera l’hymne des étudiants, à l’« Institut des technologies spéciales ». Pour y apprendre quoi ? Allez savoir. Dans quel but et en vue de quelle carrière ? Mystère encore. Il faut dire que son inscription ne relève pas exactement d’un choix : on la lui a imposée… Comment s’étonner dès lors de l’apparente absurdité de l’enseignement, de l’arbitraire despotisme des professeurs et de l’inquiétante bizarrerie des étudiants ?

Et c’est bien ?

Mise au contact de la plume de Marina et Sergueï Diatchenko il y a dix ans, avec leur ouvrage La caverne, qui m’avait déjà, à l’époque, séduite par son étrangeté et ses liens avec l’inconscient, c’est avec ces éléments que j’ai renoué dans Vita Nostra, avec beaucoup de plaisir.

Le début est à la fois particulier et très plaisant, où l’on découvre la station balnéaire et les vacances d’été de Sasha. La description de la ville et de ce qui s’y passe a quelque chose de mélancolique, d’onirique et de nostalgique. Les événements qui mènent Sasha à intégrer la faculté de Torpa, à savoir l’irruption d’un homme étrange qui lui demande de réaliser des défis tout aussi étrange vient ajouter à cette atmosphère particulière. On est ici hors des codes dont on a l’habitude, en narration comme en éléments d’histoire, et ça décoiffe.

La partie d’apprentissage de Sacha pourrait prendre des allures de Harry Potter, et même si je ne cherche pas particulièrement cet aspect un peu « school fantasy« , l’esprit se conforte aisément dans une routine scolaire en attendant de découvrir les apprentissages de notre héroïne. Sauf que là encore, vous pouvez compter sur les auteurs pour vous secouer et ne pas aller là où vous les attendriez. Néanmoins c’est avec un certain sentiment d’addiction que j’ai suivi les apprentissages de Sasha, ainsi que son évolution. Le mystère qui entoure les cours qu’elle suit, notamment – et même surtout – leur finalité devient vite une obsession : qui fiche-t-elle ici, et pourquoi lui demander d’apprendre ce qu’elle apprend, en usant de chantage ? Le dénouement, lorsqu’il nous frappe, démontre l’adresse avec laquelle les auteurs ont construit leur récit. Lorsque l’on comprends, on ne peut s’empêcher de se dire que c’est tout bonnement génial d’invention et de mise en scène.

L’histoire de Sasha, c’est également – ça tombe bien, c’est le titre du triptyque – le récit d’une métamorphose à plus d’un titre. Bien évidemment ici, on se situe sur celle du passage de l’adolescence à l’adulte à travers les injonctions, pressions et peurs qui poussent, pour de bonnes ou mauvaises raisons, à passer à l’acte, à se construire et à passer à l’étape d’après. Il y a aussi tout un travail sur les non-dits, le silence – je me suis longtemps demandé pourquoi Sasha vomissait de l’or avant de relier tous les liens symboliques que faisaient les auteurs sur cet aspect. C’est une lecture pleine de tiroirs, de symboles et de métaphores et je crois que c’est aussi pour ça que c’est une lecture particulière, qui peut résister au lecteur, qui ne plaît pas à tout le monde.

Je ne sais pas si on peut dire que j’ai compris la fin, je pense qu’en plus, particulièrement sur cette lecture, le sens que les lecteurs et lectrices lui donneront sera complètement différent. Pour ma part, je ne cherche pas particulièrement à lui trouver un sens concret ; je chéris les fin ouverte et les lectures que l’on laisse maturer pour y revenir – ou non – plus tard.

Dans tous les cas, il s’agit ici d’un livre magistral, qui frappe, qui secoue, qui ne laisse pas indifférent, et je pense qu’on ne sera pas surpris si je dis que c’est un coup de coeur. La suite – Numérique – à lire très prochainement.

A lire si vous recherchez

– un roman initiatique qui change des Harry Potter et consorts
– de la SFFF qui sort des codes dont on a l’habitude
– un roman original et qui ne va pas dans le sens du lecteur

Note : 5 sur 5.
Publié dans Coups de coeur

Catastrophes – Pierre Barrault

Enigmatiques ou délirants, les fragments dont ce livre fantasque est constitué sont, tout comme ce que le physicien Paul Ehrenfest a nommé «la catastrophe ultraviolette», d’évidentes aberrations.
D’une logique imparable, ils empruntent aux codes du rêve, du cinéma et des séries aussi bien qu’à la physique quantique, dont il n’est ici pourtant jamais question, ou de manière très implicite. On y croise un maître-nageur à huit bras, un certain Lomax, le sosie de François Berléand, un éléphant-machine, un guéridon ou encore Patrick McGoohan dans Le Prisonnier.

Une lecture un peu folle, découverte totalement par hasard au détour d’un rayon de la bibli municipale. Je résiste difficilement aux trucs chelous, farfelus, décalés, et la couverture autant que sa 4e m’ont forcément parlé.

Il s’agit d’une succession de petits textes très courts, plus ou moins liés les uns aux autres, certains détails des uns faisant leur apparition dans d’autres. On accompagne Pierre, Claire et leur toute petite fille dans des fragments, tranches de vie farfelus qui empruntent beaucoup au rêve, mais aussi au surréalisme. Il y a parfois des accent très Queneau et des choses qui m’ont fait penser au peu que j’ai lu de Roubaud.

Un sourire terrifiant qui migre de visage en visage, des boucles temporelles, un policier voleur de dents, des sosies de François Berléand, des catastrophes ultraviolettes…, le fil rouge de ces textes est une logique à la fois imparable et complètement absurde.

En bref, un bouquin qui fait du bien, drôle, décalé, atypique et joyeusement fou, à découvrir sans modération.

Publié dans Fantasy, Jeunesse, Young Adult

De sang et de rage – Tomi Adeyemi

De quoi ça parle ?

Il fut un temps où la terre d’Orïsha était baignée de magie. Mais une nuit, tout a basculé, le roi l’a faite disparaître et a asservi le peuple des majis. Zélie Adebola n’était alors qu’une enfant. Aujourd’hui, elle a le moyen de ramener la magie et rendre la liberté à son peuple ; même si face à elle se dresse le prince héritier du trône, prêt à tout pour la traquer.

Et c’est bien ?

Un de ces livres que je prenais au pif faute d’inspiration dans une grande enseigne d’achats d’ouvrages trimestriel. Un contexte de fantasy atypique, une énième tentative de faire un pas en direction du young adult, genre avec lequel j’ai du mal pour plein de raisons. Et c’est parti pour une aventure en Orishä, contrée imaginée, calquée sur les cultures et mythes africains que l’autrice y a insufflés. Toni Adeyemi s’est inspirée de la culture yoruba, dont ses parents sont issus.

Vous l’aurez compris, le contexte est dépaysant et change de la fantasy occidentale que l’on a l’habitude de lire, au moins par les inspirations qui ont servi à l’autrice. J’ai également beaucoup apprécié sa démarche, qu’elle détaille en fin d’ouvrage, celle d’une révolte contre l’injustice, et la volonté de proposer une Hermione Granger noire.

L’histoire débute de manière très prenante et intéressante : une héroïne, qui en a à remontrer à son entourage. Un univers intéressant, fait d’une magie enfuie et proscrite par un pouvoir tyrannique ; une magie qui tire sa force des dieux. Une magie différente pour chaque dieu, et des fidèles qui sont liés à l’un ou l’autre d’entre eux. On apprend rapidement que Zélie est affiliée à la déesse de la mort et qu’elle a vécu violemment la destruction de sa famille par le pouvoir en place. Faisant partie du pan de population maltraité par le roi et ses gardes du fait de son appartenance aux aspirants majis, Zélie se retrouve malgré elle en possession qui pourrait permettre le retour de la magie disparue.

Quelques facilités en ce début d’ouvrage, mais l’autrice tisse de manière consciencieuse son univers, et cela reste plaisant. Malgré tout, vous l’aurez compris en lisant ces quelques lignes, quelques indices peuvent laisser présager de schémas assez convenus, et ça ne manque pas, on glisse peu à peu vers une quête finalement assez banale, avec passages véritablement intéressants, dans lesquels Tomi Adeyemi développe un peu plus l’univers qu’elle imagine, et d’autres où je me suis ennuyée ferme.

Le principal reproche que j’aurais à faire à l’ouvrage concerne la construction de la narration. La multiplicité des points de vue est devenu quelques chose de banal, et c’est intéressant quand les points de vue sont choisis judicieusement. Ici, l’autrice commence par en développer deux, celui de Zélie et celui d’Amari, la fille du roi tyran? C’est intéressant car elles vivent dans des mondes opposés et nous donne à voir deux facettes. En cours de route, le point de vue d’Inan, le frère d’Amari, est rajouté. Lui aussi extérieur aux deux autres, donc donnant à voir des choses différentes. En revanche, je trouve cet aspect totalement inutile quand ces personnages finissent par se réunir durablement. Quel intérêt ? D’autant plus que la narration se fait à la première personne. Allez comprendre qui est « Je », au bout d’un moment cela devient confus, en plus de ne rien apporter.

Les deux autres éléments qui m’ont dérangée sont plus classiques et typique d’une fantasy qui ne me plaît pas : du jargon. Affubler tous les animaux de cornes et changer vaguement leur nom… mouais. On se retrouve avec des « renardiens », des « léopardaires », des « lionnaires ». On ne sera jamais ni pourquoi ni comment, ça m’a fait l’effet d’une vague tambouille pour tenter de dépayser le lecteur. Et puis on n’y coupe pas, l’histoire finit par cocher à peu près toutes les cases possibles de la quêtes fantasy-cliché : l’élue, les artefacts à réunir, les antagonistes méchants pour une raison assez obscure ou tirée par les cheveux, les histoires d’amour (j’ai cru qu’on allait y échapper… mais non), les rites et compagnie.

A partir du deuxième tiers de l’histoire, j’ai commencé à lâcher et à peiner sur le récit. Un des points positifs à noter néanmoins : la personnalité de Zélie et d’Amari. Pour une fois je n’ai pas eu l’impression d’avoir des personnages dits adultes avec des comportements d’enfant. Elles sont matures, ont des failles, et l’autrice les fait évoluer toute les deux de manière subtiles et intéressante.

En somme, une histoire en demie teinte, qui ne m’a pas spécialement parlé.

A lire si vous recherchez :
– du young adult
– un contexte dépaysant
– de la fantasy classique

Note : 2 sur 5.