Publié dans Fantastique, Science-fiction

Zoo City – Lauren Beukes

Résumé : Ancienne journaliste et ex-junkie, Zinzi habite Zoo City, un quartier de Johannesburg peuplé de criminels obligés de vivre avec un animal à leur charge. Si l\’animal meurt, leur animal aussi. \ »Animalée\ » après la mort de son frère, Zinzi est affublée d\’un paresseux. Elle survit grâce à de petites arnaques, et à son talent pour retrouver les personnes et les objets perdus. Lorsqu\’un célèbre producteur lui demande de retrouver une pop star disparue, Zinzi, à court d\’argent, accepte la mission à contre-coeur… et plonge dans les sombres bas-fonds de Zoo City.


Avis : J\’ai découvert Zoo City au détour d\’un forum. La couverture très graphique, et surtout le contexte peu commun de l\’Afrique en SFFF m\’on donné envie de m\’y plonger. Ça, et la place importante et particulière des animaux dans l\’histoire.


La trame

Zoo City, c\’est une trame policière classique mais agréable à suivre. L\’ambiance y est sombre, parfois glauque – mais pas malsaine et complaisante, un travers que je ne supporte pas. Le lecteur suit Zinzi dans ses péripéties avec un certain entrain, à travers les bas-fonds de Johannesburg, sur fond d\’immeubles délabrés, de rues mal famées et d\’une faune humaine souvent peu fréquentable. On découvre le passé de l\’héroïne au fur-et-à-mesure, par petits bouts. Cela renforce d\’ailleurs tout l\’attrait du personnage : un événement important lié à son animalisation a bouleversé sa vie, et jamais on n\’aura de réponse claire et nette quant aux circonstances et aux actes de Zinzi. L\’imagination du lecteur est beaucoup sollicitée, et les petits détails que l\’auteure laisse échapper s\’amassent pour essayer de nous aider à reconstituer le puzzle.

D\’un bout à l\’autre, j\’ai été happée par l\’histoire : les magouilles de Zinzi à l\’humour très pince-sans-rire et acide, son enquête et la visite de Zoo City. L\’aventure est riche en rebondissements – outre les immeubles en mauvais état, le lecteur visitera les bars peu recommandables de Zoo City, mais aussi ses égouts et ses abords peu reluisants, à la poursuite de la fameuse pop star disparue.


Les personnages

Les personnages sont très attachants. Zinzi, héroïne cynique et douée pour les embrouilles, mais aussi (et surtout) Paresseux, son animal. La relation entre les deux apporte une touche vraiment sympa à l\’ensemble, et découvrir petit à petit le lien qui les uni, plus ou moins semblable à celui qui unit les personnages à leur daemon dans A la croisée des mondes, est passionnant. Il y a aussi Benoît, l\’amant au passé trouble, accompagné de son acariâtre Mangouste. Les jumeaux pop star, dont l\’un d\’eux a disparu. Fragiles et à vif, j\’ai aimé les découvrir, même si au final, on ne fait réellement connaissance qu\’avec Sbu\’, le garçon. Et enfin, Maltais et Marabout, deux personnages particulièrement et mystérieux dégageant une aura plus ou moins inquiétante, le premier affublé d\’un Chien, et la seconde d\’un Marabout aux pattes mutilées, qu\’elle porte en sac-à-dos. Je ne sais pas si vous avez déjà vu un marabout, espèce de grand oiseau charognard aux allures de croque-mort, mais rien que d\’imaginer l\’ensemble, le personnage ne laisse pas du tout indifférent.


Le style

Le style est agréable à suivre. Il prend la forme du point de vue interne à Zinzi, nous suivons donc les événements via ce qu\’elle perçoit, et avons droit aux commentaires piquants qui accompagnent l\’ensemble. Le ton est plutôt enlevé, et se lit vraiment très bien, même si l\’auteure semble parfois s\’\’emmêler de temps en temps, comme ayant du mal à gérer le concept d\’animal et l\’intrigue policière : certains passages de fin un peu confus ; cela dit sûrement le seul bémol que j\’ai trouvé à l\’ensemble. Le texte est entrecoupé par des articles, des extraits de recherches apportant des informations sur l\’apparition des Animaux. La forme du texte est travaillée, plaisante à la lecture, et apporte une petite touche d\’ensemble agréable.



Le mot de la fin : Une très bonne lecture, fluide et agréable. En refermant le livre, je me suis prise à espérer retrouver Zinzi en personnage récurrent, dans de nouvelles enquêtes fantastiques sur fond africain. Un bon petit moment lecture.

C\’est du bon !



Lecture dans le cadre du défi

Item :  18 – Lire un livre de SFFF traduit.

Publié dans Défi

Défi SFFF et diversité

Bonjour à tous !
Un petit défi pour passer le temps, d\’autant plus que les contraintes sont vraiment très intéressantes et invitent vraiment à découvrir de nouvelles choses. Il s\’agit du Défi SFFF & diversité, lancé par Lhisbei. Il s\’agit de lire des livres en rapport avec les items suivants : 

1 – Lire un livre de SF (et uniquement de SF) écrit par une femme.
2 – Lire une oeuvre de fantasy, fantastique ou science-fiction francophone mais non française.
3 – Lire un essai ou un article traitant de SFFF.
4 – Lire un livre de SFFF écrit par un auteur de couleur.
5 – Lire un livre de SFFF dont on n\’a pas encore vu l\’adaptation en film.
6 – Lire un livre SFFF Young Adult.
7 – Lire un livre de SFFF qui se passe en Orient (réel ou fantasmé).
8 – Lire un livre de SFFF mettant en scène une femme dans la guerre. La guerre avoir eu lieu ou être imaginée par l\’auteur-e, la femme doit y avoir un rôle prépondérant.
9 – Lire un roman graphique, une BD ou un comic avec une héroïne.
10 – Lire une oeuvre SFFF écrit par un auteur non-occidental.
11 – Lire un livre SFFF dans laquelle l\’Afrique tient une place importante.
12 – Relire un conte que l\’on a adoré, enfant.
13 – Lire un livre SFFF écrit par un-e auteur-e issu-e ou militant-e  pour la communauté LGBTQIA.
14 – Lire un livre de cli-fi (climate-fiction) ou une éco-fiction.
15 – Lire un livre de SFFF ouvertement féministe.
16 – Lire le premier livre d\’une série SFFF que vous n\’avez jamais lue.
17 – Lire un livre SFFF dans lequel une IA ou un robot joue un rôle prépondérant.
18 – Lire un livre SFFF traduit.
19 – Lire un recueil de nouvelles SFFF
20 – Lire un livre de SFFF transhumaniste ou posthumaniste.

Il y a plein de pistes de lectures sur le site de Lhisbei si vous cherchez pour certains items. 
Vous avez également le droit de sauter jusqu\’à trois items qui ne vous inspirent pas, mais vous devez dans ce cas lire un livre supplémentaire dans une catégorie de votre choix pour chaque item que vous ne prenez pas. 
D\’ailleurs pour ma part, je vais zapper les IA (17), les transhumantes (20) et le Young Adult (6). Sauf si vraiment je trouve des choses qui me bottent particulièrement, mais à la base, ce ne sont pas du tout des thèmes qui me parlent. 
… La suite du défi au gré de mes lectures ! N\’hésitez pas à vous joindre à nous si vous le souhaitez 🙂

Publié dans Coups de coeur, Fantastique, Fantasy, Nouvelles, Science-fiction

Le livre d\’or de la science-fiction – Roger Zelazny

Résumé : Ce Livre d\’or de la sciencefiction propose une anthologie de plusieurs nouvelles écrites par Roger Zelazny. Réunies et commentées par Marcel Thaon, ce recueil offre un large panel des sujets traités et des genres employés par Zelazny. 25 nouvelles à découvrir. 


Avis : Retour à mes premières amours : Roger Zelazny. Aussi bien pour les fans que pour ceux qui découvrent l\’auteur, ce Livre d\’or de la sciencefiction propose une très riche palette de ce que Zelazny était capable d\’écrire. Marcel Thaon met admirablement bien en lumière les différents textes : après une pré-face vraiment très intéressante pour qui souhaite connaître un peu mieux Zelazny et ses sources d\’inspiration, il introduit chaque nouvelle par un paragraphe succinct, qui éclaire à merveille le texte lors de la lecture. 
En dehors du travail de M. Thaon, le travail de Roger Zelazny himself. De l\’humour, de la science, de la poésie, de la réflexion, de l\’amour, à chaque texte son registre, toujours avec des mots et des phrases très simples, mais puissants et évocateurs. On s\’interroge tour à tour sur ce qu\’est un être-humain, sur la définition de l\’art, sur le savoir, ou encore sur l\’impact des actes sur d\’autres vies. 
Les connaisseurs reconnaîtront forcément des thèmes Zelazniens récurrents : l\’immortalité, la mythologie, la déification. Les premières aventures de Dilvish le Damné apparaissent, ainsi que les prémisses de ce qui sera le Cycle des Princes d\’Ambre. Quelques clins d\’oeil (comme toujours) à des auteurs et à des oeuvres à découvrir absolument pour ceux qui n\’auraient pas encore lu : Cordwainer Smith et Fredric Brown. 
Les nouvelles qui m\’ont le plus touchée / plu / fait rire : 
– La sangsue mécanique, une histoire de vampire pour le moins originale. 
– Clefs pour décembre, certainement la nouvelle que j\’ai trouvé la plus poétique. Qui pose également la question de l\’adaptation d\’un monde et d\’êtres à de nouvelles conditions de vie. Des créatures aux conditions de vie extrême tentent d\’adapter une planète à leur morphologie (à des degrés très bas). Ce faisant, ils entraînent l\’évolution et l\’accès à l\’intelligence d\’une espèce primitive… et assistent progressivement à la mort de cette espèce. 
– Le temps d\’un souffle, je m\’attarde, où un robot chargé d\’entretenir la Terre dans l\’espoir que les Hommes reviennent un jour tente de devenir Homme lui-même. 
– La fièvre du collectionneur, où le marcher de l\’art ramasse pour son grade à travers deux personneages qui décident un jour de devenir eux-même des oeuvres d\’art. 
– Thélinde chantait, avec ses accents de vieille héroïc-fantasy. 
Et toutes celles dont je n\’ai pas parlé. Un recueil à découvrir absolument. Merci, M. Thaon, pour la richesse et l\’habileté de mise en valeur de ces textes. Merci, M. Zelazny, pour vos textes toujours aussi prenants. 


Excellent
Publié dans Fantastique

Le Coeur cousu – Carole Martinez

Résumé : Dans un village du sud de l\’Espagne, une lignée de femmes se transmet depuis la nuit des temps une boîte mystérieuse… Frasquita y découvre des fils et des aiguilles et s\’initie à la couture. Elle sublime les chiffons, coud les êtres ensemble, reprise les hommes effilochés. Mais ce talent lui donne vite une réputation de magicienne, ou de sorcière. Jouée et perdue par son mari lors d\’un combat de coqs, elle est condamnée à l\’errance à travers une Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang. Elle traîne avec elle sa caravane d\’enfants, eux aussi pourvus – ou accablés – de dons surnaturels.


Avis : Le Coeur cousu propose au lecteur une fresque à la fois mélancolique, cruelle et drôle. Le lecteur s\’attache au devenir de la famille Carasco, à commencer par la mère, Frasquita. La maman de cette dernière lui fait subir, à la puberté, toute une série d\’ \ »épreuves\ » au cours de laquelle Frasquita héritera de prières et d\’une boîte, qui lui révélera son don : la couture. D\’étrangeté en étrangeté, Frasquita, son mari et leurs cinq enfants en viennent à s\’attirer les foudres des autres villageois : une robe de mariée trop belle pour sa condition, une enfant-poule, un enfant roux, une enfant qui brille…

Le style de l\’auteure est porteur d\’une certaine poésie, distillant au fur-et-à-mesure la même mélancolie émaillée d\’une étrange beauté que l\’on peut retrouver dans les récits sud-américains. 

Chacun des personnages est peu à peu développé à travers les différents passages de l\’histoire. Tous ont leur petite marque particulière, qui va entraîner leur rejet par les communauté qu\’ils vont croiser, mais qui fait aussi leur charme et leur donne un côté attendrissant.Les différentes péripéties vécues par la famille Carasco lors de leur périple tombent de manière incongrue et contribuent à donner à cette fresque tout son aspect surréaliste et à la fois très humain. 

Sous l\’apparence de la simple histoire d\’une famille du sud de l\’Espagne, Carole Martinez déroule les aventures de cette famille très particulière, piquetée çà et là de fantastique. Les chapitres donnent à l\’ensemble l\’aspect d\’un bouquet de nouvelles, chacune racontant différents épisodes, tour à tour drôle ou cruels, et dévoilant à chaque instant un nouveau pan d\’humanité. 

Un ouvrage poétique et touchant, qui ne peut laisser indifférent de par la panoplie d\’émotion qu\’il fait vivre à son lecteur. Très joliment écrit , la prose de l\’auteure mène le lecteur à travers une histoire onirique, aux frontières de la réalité. A dévorer et à offrir !




Appréciation

Excellent



Publié dans Jeunesse, Science-fiction

L\’Elue – Lois Lowry


Résumé : Kira est née avec une jambe tordue. La jeune fille a toujours vécu sous la protection de sa mère, mais cette dernière vient de mourir. Aujourd\’hui, Kira se retrouve seule dans un monde où les faibles et les infirmes sont impitoyablement éliminés. Dans son village, les femmes se liguent pour la chasser, mais le Conseil des seigneurs s\’y oppose. Kira possède un don pour la broderie. Désormais, c\’est elle qui sera chargée de restaurer et d\’achever la robe sur laquelle est brodée l\’histoire de son peuple…


Avis : Le Vallon Fantastique reprend aujourd\’hui du service avec un récit jeunesse, L\’Elue de Lois Lowry, livre préféré de la jeune personne qui me l\’a prêté. Je connaissais l\’auteure de nom, et projetais de la découvrir à travers la lecture de Passeuse de rêve, finalement il en aura été autrement. 

Cette lecture a été débutée avec un a priori positif, au vu de tous les éloges lus à propos de l\’auteure. Nous plongeons donc dans le monde de Kira, jeune fille handicapée. Le lecteur ne tarde pas à comprendre que l\’histoire prend place dans un monde post-apocalyptique. Ce n\’est cependant pas le centre du récit : il est précisé que l\’on est en présence d\’une humanité qui a perdu sa science, son confort, ses villes, mais il ne sera dit ni pourquoi ni comment.Tout l\’intérêt de l\’intrigue tourne autour du sort de Kira et des compagnons qu\’elle va rencontrer : Thomas, le Sculpteur, qui doit restaurer le bâton qui va avec la robe ; le jeune Matt et son chien Branch, sans doute mes deux personnages préférés, de part leur espièglerie ; et la petite Jo. 

A travers ce récit, Lois Lowry réussit à plonger son lecteur dans le monde de la broderie, thème plutôt intéressant, du moins du point de vue de mon expérience de lectrice pour ne l\’avoir que très peu rencontré. Mais ce qui fait tout l\’intérêt de l\’histoire, c\’est cette poésie qui s\’en dégage à travers tout le champ lexical de la couleur que va déployer l\’auteur. Explosion de nuances et de tons, Kira va se mettre en quête du bleu, couleur dont sa communauté semble avoir perdu le secret de fabrication. 

Mené par un style riche, évocateur et coloré – c\’est le cas de le dire – , ce récit tient le lecteur jusqu\’au bout. Toutes les questions ne sont pas résolues, beaucoup sont laissées en suspens à la fin de l\’ouvrage, mais le lecteur n\’en tiendra pas rigueur à l\’auteur : d\’un bout à l\’autre, les avancées de Kira pour la restauration de la robe ou ses aventures avec Matt rendent le livre difficile à lâcher. 

En somme, un bon petit roman jeunesse, de qualité, bien écrit, agréable, à la lisière de la SF et du fantastique. Livre à découvrir et à faire découvrir. Il en va de même pour l\’auteure.


Appréciation


C\’est du bon !