Publié dans Coups de coeur, Post-apocalyptique, Science-fiction

Point du jour – Léo Henry et Stéphane Perger

De quoi ça parle ?

« Point du jour est cousu de voies de chemins de fer sur lesquelles aucun convoi, jamais, ne passe, mais qui dessinent sous l’oeil terrible du soleil une dentelle de traverses, de rails et de ballast dont les ramifications s’étirent à l’infini. » Point du jour est une ville-monde d’où émergent les chansons de ses habitants égarés ; un univers imaginaire cohérent qui prend vie dans les nouvelles de Léo Henry et les illustrations de Stéphane Perger.

Et c’est bien ?

Depuis ma lecture de Thécel, j’ai eu davantage envie de découvrir davantage le travail de Léo Henry. J’aime beaucoup son travail d’exploration et d’expérimentation autour des genres de l’imaginaire, et Point du jour n’est je pense que le début de mon voyage dans ses univers.

L’ouvrage est présenté comme un recueil de nouvelles, néanmoins il s’agit plus d’une nouvella autour de laquelle gravitent les autres textes, qui y sont liés. Le début est laborieux : on est dans le flou et l’auteur nous propose davantage des tableaux succincts et décontextualisés de Point du jour. On devine un monde post-apocalyptique, trash, angoissant, emprunt de poésie et de mélancolie, dans lequel l’humanité semble s’être organisée en clans et/ou avoir muté et/ou régressé à l’état d’animal. Aucune explication n’est donnée, à chacun de trouver son chemin dans tout ça.

La novella, La ballade de Gin et Bobi, texte central, vient donner un début de sens à l’ensemble. La narration éclatée du recueil n’a pas été sans me rappeler Le Déchronologue de Stéphane Beauverger. Il faut reconstituer les morceaux au fil des textes, au fur et à mesure que l’on retrouve des personnages croisés précédemment.

Si les premières lignes m’inquiétaient par leur atmosphère dépressive (ce dont j’ai moyen besoin en ce moment), l’auteur ne signe pourtant pas un ouvrage désespéré. L’humanité mise en scène est à la fois cruelle et belle, animale et humaine, piteuse et opiniâtre. Le style adopté est âpre, cru, et contribue à dessiner un univers vraiment à part, que j’ai, je dois dire, quitté à regret.

Un auteur et un texte qui sortent vraiment des sentiers battus de l’imaginaire, et que je ne saurais que trop conseiller si vous souhaitez vous aventurer sur de l’imaginaire qui sort des codes habituels. Coup de coeur.

Note : 5 sur 5.

Info livre :
Editeur : Scylla
Année de publication : 2017

Publié dans PLIB 2022, Post-apocalyptique, Science-fiction, Young Adult

Félicratie – Hélène Lenoir #PLIB2022

De quoi ça parle ?

«Je m’appelle Yacine, j’ai 16 ans et mon boulot, c’est animal domestique pour extra-terrestres. Parce qu’ils ont gagné, ces couillons. Ils ont envahi la Terre. Et comme leur seul point faible, ce sont les poils de chat, ben croyez-moi qu’on n’a pas le cul sorti des ronces.»

Suivez les aventures post-apocalyptiques de Yacine, Rose, Diego et leurs cinq adorables chats armes mortelles à travers les égouts de Paris, la forêt de Sologne et l’espace suborbital ! Sauveront-ils la planète des terribles Smnörgasiens ? Yacine retrouvera-t-il sa dignité et un pantalon digne de ce nom ? Diego avouera-t-il être – comme tout le monde le soupçonne – un assassin professionnel ? Rose deviendra-t-elle encore plus badass qu’elle n’est déjà ? Seul l’avenir répondra à ces questions existentielles…

Et c’est bien ?

Besoin d’une aventure tumultueuse et de fun ? Lisez Félicratie ! Déjà avouez, des chats et une invasion extra-terrestre, ça vend du rêve. En tout cas moi, je signe direct, et je n’ai pas regretté.

Félicratie, c’est le récit de deux ado ; Yacine, môme de la DDASS au parler franchement relâché, adopté par « Linda et Robert », les deux extra-terrestres qui en ont fait son animal de compagnie. La lubie de ces extra-terrestres ? Coiffer leur humain, et les vêtir de pyjamas en pilou. Désabusé, Yacine nous livre ses pensées blasées sur son quotidien. Le second ado, c’est Rosamonde, dite « Rose », qui va le rejoindre, capturée après des mois de planque, et qui peine à s’adapter à la vie en captivité.

Si les premiers chapitres commencent comme une parodie de films et séries de SF – clins d’oeil est facéties au programme, Félicratie est vraiment un livre dont on sort avec la banane – , l’autrice a aussi su en faire un récit d’aventure où l’ascenseur émotionnel est bien présent. On rit, on a le bide serré, on s’émeut. Empruntant beaucoup aux classiques du genre, on croisera des ingrédients du road-trip post-apo, du film d’invasion, de séries de space op…

La parodie n’empêche pas le développement d’une histoire et de personnages de qualité, sous une plume qui se mue parfaitement au parler de chacun. Yacine, sous son parler vulgaire, devient très vite un personnage touchant, fin, plein d’humour, empathique. Rose est un personnage féminin comme j’aime, ni Lara Croft qui éclate tout, ni princesse cul-cul, juste une jeune femme avec son vécu.

Les autres personnages ne sont pas en reste, que ce soient Diego le Caïd (en pilou) ou Nadette la survivor et son chien Croquette. Les militaires ont aussi quelque chose de touchant sans que l’on tombe dans le bouquin militariste. L’autrice joue et déjoue très bien les stéréotypes et clichés qui pourraient surgir de ce genre de récit.

Les procédés narratifs m’ont également beaucoup plu, notamment la façon dont Yacine commence par ce qui leur est déjà arrivé, par la fin, avant de dérouler ce qui c’est passé, et l’autrice qui ménage parfaitement son suspens. Ce récit vient parfaitement illustrer ma position sur les « spoilers » : même si on connaît la fin, quand on un bon auteur, une bonne histoire, ce n’en est que plus émoustillant de découvrir ce qui va conduire au point d’arrivée. Quel intérêt si tout le sel de l’histoire ne réside que dans sa résolution ?

En résumé, une excellente aventure, pleine de facéties et de clins d’oeil, qui offre une aventure prenante, des personnages variés et développés, le tout servi par un style maîtrisé et fort plaisant. Un ouvrage à lire si vous aimez les films et séries de SF geek, les chats, l’humour. Et une autrice à suivre en ce qui me concerne.

Note : 5 sur 5.

Infos livre :
Editeur : Sarbacane
Année d’édition : 2021
#ISBN9782377315970

Publié dans Fantasy, Nouvelles, Revue AOC, Science-fiction

AOC n°47 – Collectif

Illustration par Sandara

Un recueil pris un peu au hasard parmi les multiples anciens numéros proposés sur le stand du Club des Présences d’Esprit lors des Utopiales 2019, je me suis enfin plongée dans sa lecture, au programme, trois nouvelles, une de fantasy et deux de science-fiction, et à la fin les trois textes vainqueurs du match des Imaginales 2017.

  • Fleur de Jade et le Chasseur-Fantôme d’Amria Jeanneret

Fleur de Jade est une jeune sorcière alliant la plus pure tradition japonaise et la modernité propre à son époque. Elle et sa servante Hanako reçoivent la visite du Chasseur-Fantôme, l’émissaire du dieu Vent, qui la charge de la réalisation d’un sort de haut niveau. C’est un grand honneur fait à la jeune sorcière, mais se cacherait-il derrière un autre dessein ?

Une nouvelle qui m’a beaucoup plu. Je me suis crispée un instant quant au devenir de l’héroïne, mais finalement, les choix narratifs de l’autrice sont intéressants et participent au charme de la nouvelle. L’atmosphère liée à l’imaginaire japonais est intéressant, et la magie graphique mise en scène est bien trouvée. La résolution finale est très sympa, l’autrice relie habilement tous les fils qu’elle a tirés. Un texte rafraîchissant.

  • Je… je suis le sable d’Elric Elbaze

Un an plus tôt, la mère du jeune Boubi amène celui-ci au Docteur Chauvin. Le garçon semble perdu dans son monde, mais possède des facultés qui fascinent le docteur. Aujourd’hui l’homme de science a été réquisitionné dans le plus grand secret par les autorités militaires pour s’occuper du jeune garçon. En effet, les dessins de celui-ci sont étrangement prémonitoires et, tout pousse à croire qu’il est au courant de l’imminence d’une invasion extraterrestre…

Coup de coeur pour cette nouvelle dans laquelle j’ai eu un peu de mal à entrer. La mécanique sur laquelle repose le texte de l’auteur est super, j’ai trouvé ça très bien pensé, et les perspectives offertes très alléchantes. Le bouclage de la boucle est également super. C’est presque le genre de texte autour duquel un développement plus long me plairait beaucoup.

  • Speed Club de le Barde dans la machine

Le Speed Club, c’est un repaire de drogués, de junkies, tous amoureux fous de vitesse, perdu au milieu de nulle part. Un lieu où l’amitié et l’honneur n’ont pas de sens pour grand-monde, mais ils en ont pour moi. Et quand mon meilleur pote cane en pleine course sur un coup en traître, faut pas s’attendre à ce que je laisse passer sans rien dire.

Très bon texte que celui-ci, pas tant dans l’histoire que dans le ton employé. Bien que n’ayant jamais vu Mad Max, j’y ai forcément pensé. Le côté très post-apo-trash avec un côté western du futur assez marqué. Le côté « déglingos » de l’univers, des personnages, et le parler de ces derniers participent vraiment de l’attrait du texte, bien punchy. Très bonne lecture là encore.

Publié dans Science-fiction

La Route – Cormac McCarthy

Résumé : L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres. On ne sait rien des causes de ce cataclysme. Un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites et de vieilles couvertures. Ils sont sur leurs gardes car le danger peut surgir à tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid. Et ce qui reste d’une humanité retournée à la barbarie.
Avis : Voici un livre qui marque à vie. Un de ces livres qui grandissent humainement le lecteur, qui les bouleverse et les changent profondément. J\’ai cru que je regretterai cette lecture, tellement j\’ai lu et entendu de témoignages sur le mal-être qu\’elle induit. Mais au final, j\’ai plutôt l\’impression d\’en être sortie grandie.

Le fait que l\’on n\’ait pas de dialogue, pas de nom pour les personnages, aucune explication retranscrit bien cette idée d\’un monde passé, perdu, moribond depuis on ne sait combien de temps, qui disparaît lentement sous la cendre, dans un silence terrifiant.

D\’un bout à l\’autre on ne peut s\’empêcher de se demander : mais comment les personnages, cet homme, cet enfant, peuvent-ils vivre ? Combien de temps encore ? Comment peuvent-ils continuer ? Il n\’y a plus rien. Plus personne, plus de but, plus de vie. Et pourtant on ne peut s\’empêcher d\’admirer ces deux êtres qui ont la vie chevillée au corps et qui continuent à cheminer.

Tout ça, on ne peut s\’empêcher de le ramener à soit : qu\’est-ce que je ferais ? Aurais-je la force ? Et ce rapport constant à la perte du parent ou de l\’enfant (et en plus quand on est parent, je trouve ça encore plus angoissant – je ne suis pas sûre que ce livre aurait eu une telle portée sur moi quelques années en arrière).

Les personnages sont très forts, entre l\’homme qui avance, qui protège, qui préserve. Avec l\’enfant, son enfant, son garde-fou. Très certainement ce qui le raccroche à la vie, ce qui lui permet d\’avancer. C\’est encore l\’enfant qui l\’empêche de sombrer dans l\’inhumanité.

La chute est extraordinaire. Et, si elle apporte un brin de lumière sous toute cette cendre, je n\’ai pu m\’empêcher de la trouver d\’une mélancolie et d\’une tristesse abyssales. J\’en ai pleuré.

Un très, très chouette livre. Dont je garde la teneur profondément ancrée en moi, malgré tout le désespoir qui en découle. La vie est là.
A lire.
Coup de coeur

Publié dans Fantasy

Les Dieux Sauvages, tomes 1 & 2 – Lionel Davoust

 Tome 1 : La Messagère du Ciel
 Résumé : Mériane est une trappeuse, une paria, une femme. Autant de bonnes raisons d\’en vouloir aux Dieux qui ont puni le peuple de la Rhovelle pour les fautes de ses aïeux. Car depuis la chute du glorieux Empire d\’Asrethia, le monde est parcouru de zones instables qui provoquent des mutations terrifiantes, les gens ont faim, et une religion austère qui prêche la haine des femmes soutient un système féodal.

Pourtant, quand les Dieux décident de vider leur querelle par l\’intermédiaire des humains, un rôle crucial échoit à Mériane. Pour elle débute une quête qui la verra devenir chef de guerre et incarner l\’espoir de tout un peuple.

Tome 2 : Le Verrou du Fleuve
Résumé : Le royaume de Rhovelle représente l\’ultime rempart contre l\’avancée de l\’armée démoniaque, mi-chair mi-machine, du dieu Aska. Au sein de la Rhovelle, une ville : Loered, dite le Verrou du Fleuve, qui contrôle l\’accès au fleuve sacré Aÿs. Qui contrôle Loered contrôle le fleuve ; qui contrôle le fleuve contrôle la Rhovelle.Mériane, la Messagère du Ciel, a difficilement rassemblé une colonne de ravitaillement à destination de Loered assiégée par les Askalites. Mais une femme, une serfe, une paria, n\’a pas voix au chapitre dans un monde d\’hommes, fût-elle l\’envoyée du grand dieu Wer. Et avant même de défier l\’Armée de la Nuit, il lui faudra conquérir le coeur de ses pairs, affrontant d\’un même ensemble les préjugés de tout un peuple et les pièges du dieu-démon. Sur la route du Verrou du Fleuve, son mythe s\’écrira avant tout dans le sang, la terreur et la peine.
Avis : Il est des livres qui, quand on les referme, vous ont inspiré tellement de choses que vous ne savez ni par où commencer, ni comment traduire en mots tous les sentiments qui ont bouillonné en vous pendant la lecture. C\’est pour cela que je n\’ai jamais chroniqué le tome 1 des Dieux Sauvages. Je viens ce jour de tourner – à mon grand regret – la dernière page du tome 2, et je me dis que je ne peux pas ne pas parler de cette chouette saga. 
Car Les Dieux Sauvages, c\’est pour moi actuellement une des meilleures sagas de fantasy actuelles. J\’avais découvert Evanégyre à travers La Volonté du Dragon quelques années auparavant, et j\’ai été totalement séduite par l\’univers, l\’artech et ce que nous en faisait apercevoir Lionel Davoust. J\’ai été plus que ravie de redécouvrir cet univers à travers les aventures de Mériane.
Comment décrire ce que j\’ai ressenti lors de cette lecture ? Jubilation devant cet univers mi-fantasy mi-post-apo, devant ces histoires d\’Anomalies, d\’animaux dangereusement corrompus par une magie ancienne, de dieux guerriers. Fascination et angoisse face aux créations bien flippantes d\’Aska, de Daphn et de Ganner. Car ce qui se dégage des Dieux Sauvages, c\’est une ambiance noire, glaçante, qui prend aux tripes, et des temps de suspens aux limites du supportable. Mais le coup très fort, c\’est que l\’auteur sait parfois glisser quelques facéties qui viennent détendre un peu l\’atmosphère (le dieu Wer qui s\’écrie \ »grâce de Moi-même\ » m\’a plus d\’une fois fait ricaner). 
Les premières pages du premier tome mettent un peu de temps à brosser le décor, mais ce n\’est que pour mieux nous y plonger. Les personnages sont particulièrement bien campés ; de la buttée Mériane à Léopol, Croisé de Wer particulièrement à cheval sur la foi ; du suave mais inquiétant Ganner à la sadique Daphn ; du sympathique Luhac de Rovelle à la courageuse Izara ; des gentils aux méchants, le lecteur s\’attache aux pas de chacun.e avec plaisir, curiosité, répugnance parfois (aaah Daphn, combien de fois j\’ai été à la fois pressée, horrifiée et en même temps fascinée de lire ses chapitres…).
Là où le tome 1 narre les débuts de Mériane en tant que Messagère, le tome 2 raconte la défense du Verrou du Fleuve, ville d\’une importance capitale. Il s\’agit donc du récit d\’un siège et d\’une bataille. L\’espace d\’un moment je me suis sentie comme quand j\’étais gamine, lorsque je lisais avec fébrilité les préparatifs de bataille du Rohan et du Gondor avant la bataille de la Porte Noire : rongeage d\’ongles et excitation totale dans l\’attente du moment M. Et un moment qui défouraille, qui vous embarque, qui vous entraîne aux côtés de Mériane, Daren, Léopol dans la furie des combats, dans un moment où les pages tournent sous vos doigts et où la réalité s\’efface autour de vous (pardon, Monsieur Ryuu, qui essayait de me parler dans ces moments-là x) ). Le tout sur fond d\’intrigues politiques comme j\’aime. La fin ouvre sur de nouvelles questions (j\’ai bien hâte d\’en savoir plus sur Neÿs notamment).
Et puis surtout, surtout, le meilleur pour la fin, Les Dieux Sauvages est à lire, parce que j\’y ai trouvé une héroïne digne de ce nom : forte, réellement ; buttée, débrouillarde, indomptable – et pourtant dégageant un brin de fragilité, d\’humanité. Une vraie héroïne comme j\’en ai rarement vu, surtout en fantasy, une vraie héroïne avec une vraie armure, une vraie personnalité, un vrai développement intéressant (à tel point que ma fille a failli porter son nom – sait-on jamais, si un jour elle a une soeur… ^^).
Bref. Vous l\’aurez compris, Les Dieux Sauvages, je le range dans l\’étagère de mes coups de coeur, aux côtés de Rois du Monde, de Jean-Philippe Jaworski, de Martyrs, d\’Olivier Peru. J\’attends la suite des aventures de Mériane avec grande impatience.
Coup de Coeur