Publié dans Fantastique, PLIB 2023

Into the Deep – Sophie Griselle #PLIB2023

De quoi ça parle ?

À plus de onze mille mètres de fond, la fosse océanique des Mariannes, au large de l’océan Pacifique : l’endroit le plus profond sur Terre…

C’est là que Sam Luzarche, jeune océanologue, découvre une créature qui pourrait bien remettre en question tout ce qu’il croyait savoir sur la science, sur les fonds marins et, en définitive, sur lui-même.

Et c’est bien ?

Une lecture au hasard puisque proposé en lecture commune par des copains. J’ai découvert le livre ainsi que l’autrice, que je ne connaissais pas, interrogative car chez Snag, j’ai eu aussi bien des flops que de très bonnes lectures.

Au vu du titre et de la couverture, zéro surprise, on parle d’eau, et notamment de l’océan. Le première chose qui m’a frappée et que je retiens du roman, c’est la plume de Sophie Griselle. Les descriptions et les passages narratifs sont une vraie réussite ; et comme les protagonistes, on est immergé. Le vertige des profondeur, je l’ai quasiment éprouvé à la lecture et c’est une réelle qualité du livre.

En revanche, je suis sortie du livre mitigée pour plusieurs raisons, certaines « à cause du livre », d’autres pour des raisons plus personnelles. Pour rester dans la thématique du style, autant j’ai adoré le narratif de l’autrice, autant je n’ai pas aimé du tout les dialogues, que j’ai trouvés très mécaniques et artificiels. C’est aussi pour cette raison, je pense, que j’ai eu beaucoup de mal à apprécier certains personnages.

Au-delà du côté exécrable de beaucoup d’entre eux, pas mal d’éléments tournent autour du héros, Sam. Et comme c’est l’histoire de Sam, l’histoire se construit autour de lui, parfois même un peu trop, notamment Ophélie. Ophélie, la petite amie pleine d’abnégation, sa bonne conscience, qui à force finit par ressembler à un protagoniste tapisserie qui ne sert que de contrepoint au personnage principal et à mettre en lumière ses failles. C’est fort dommage, car Ophélie, on s’y attache vite (au milieu de tout les olibrius qui gravitent dans le texte en même temps, ce n’est guère difficile), et son développement m’a vraiment laissée sur ma fin.

Côté histoire, pas mal de points intéressants : le surnaturel vu sous le prisme du scientifique est très intéressant, même si je regrette beaucoup que les questions éthiques arrivent si tard, et que des personnes en tête de missions du CNRS s’en posent si peu. Il y a de la matière et Sophie Griselle nous sert une histoire consistante et construite. Je ne suis pas renseignée sur son parcours, néanmoins je pense, au vu du texte, qu’elle connaît le monde de la recherche.

Côté choses qui coincent, on a pas mal de drama. Un peu, c’est bien, trop en revanche, ça finit par fatiguer. Entre un antagoniste particulièrement gratiné à travers papa Luzarche et des personnages bourrés de failles psychologiques qui changent d’avis comme de chemise, ça finit par faire beaucoup, encore plus, à nouveau, en regard des responsabilités qu’ils ont. Les idées étaient bonnes mais je n’ai pas adhéré à la façon dont l’autrice les a mises en scène.

En soi, une lecture en demie teinte, ambitieuse et riche, mais dont le développement a fini par me fatiguer. Ceci dit je dois admettre que, même si la fin est attendue, l’épilogue qui ramène de l’apaisement était plutôt réussi, et le bouquet final plutôt réussi en matière de dynamique d’écriture. Une autrice dont je lirai sûrement d’autres textes, même si ce texte m’a moyennement plu.

Note : 3 sur 5.

#PLIB2023
#PLIB2023JYA
#ISBN9782490151783

Publié dans Fantasy, PLIB 2023, Service de presse, Young Adult

Bayuk – Justine Niogret #PLIB2023

De quoi ça parle ?

« Tu as son sang. Elle a tué ma lignée, je tuerai la sienne ! »

On raconte que c’est arrivé un soir sans Lune, au village de Coq-Fondu, dans l’endroit le plus reculé du Bayou. Qu’une jeune fille a été maudite pour les crimes de sa mère, la pirate la plus redoutée des mers, qu’elle n’a jamais connue. Où qu’elle aille, les esprits iront aussi, la traquant pour nourrir leur colère et leur tristesse. On raconte encore qu’il existe un endroit abandonné, où tout commence et tout finit, et que c’est là qu’elle devra avoir le courage d’aller. Cette histoire, c’est celle de Toma. Mais c’est aussi celle de Boone et celle de Roi-Crocodile, qui l’accompagneront dans sa quête de vérité.

Et c’est bien ?

Depuis quelques temps, j’étais en recherche de fantasy « bayou ». J’ai croisé du panthéon et de la magie yoruba ici et là, mais j’avais envie de patauger et de voyager dans une ambiance moite et suintante. Evidemment, le titre Bayuk a tout de suite éveillé mon intérêt de ce côté, sans compter que, depuis la parution de Chien-du-Heaume j’avais envie de découvrir l’autrice, chose que je n’ai jamais pris le temps de faire.

Autant dire que j’ai été servie : marigot, vase et relents pas nets sont au rendez-vous. L’entrée en matière et la façon dont le prologue est construit donnent tout de suite envie d’emboîter le pas de l’autrice. Le style de Justine Niogret m’a d’emblée plu : facétieux et affûté, il nous invite à découvrir le village de Coq Fondu et de ses habitant.e.s. Les différents thèmes et péripéties sont bien amenés et on frissonne dès le début – la narration est parfaitement équilibrée entre suggestion et non-dits, qui laissent, au début, planer le doute sur la malédiction.

Le trio de personnages formé par Toma, Boone et Roi Crocodile devient très vite attachants et l’autrice les distille au gré du récit. Toma, notre héroïne, connaît tout au long des aventures un évolution intéressante et travaillée. L’autrice aborde par son biais le fait de devenir adulte, de prendre conscience de la portée de ses actes, de s’intégrer à une société dont les ressorts nous échappent. Non seulement ces thèmes sont très finement et humainement abordés, mais j’aimerais les voir beaucoup plus souvent en young adult.

Les personnages de Boone et de Roi Crocodile, qui gravitent autour de Toma, ne sont pas en reste côté sympathie. Ils trainent leur lot de non-dits, pour autant le récit ne tombe pas dans les révélations clichés de dernière minute. Chaque personnage sonne juste, y compris les antagonistes.

Après le bayou et le vaudou, viennent les pirates. On sent que l’autrice maîtrise ses sujets et qu’elle glisse ici et là des éléments réels sur la société pirate ou les cultures dont elle s’inspire. Les membres de l’équipage qui accueillent nos héros ont tous leurs particularité. J’ai apprécié que l’on s’attache au cuisinier, Marteau, dont les passages sont à la fois touchants et intéressants, autant qu’ils démontrent la qualité de plume de l’autrice – je pense au passage de la tortue et n’en dis pas plus.

La fin, elle non plus, ne déçoit pas ; les différents dénouements coulent de source sans tomber comme un cheveu sur la soupe. Une très bonne aventure donc, et de qualité ; si les thèmes vous parlent, n’hésitez pas à y plonger, le voyage vaut le détour !

Note : 4.5 sur 5.

#PLIB2023
#PLIB2023JYA
#ISBN9791032405659

Publié dans Fantasy, PLIB 2023, Science-fiction, Service de presse

TysT – luvan #PLIB2023

De quoi ça parle ?

Et si le monde était composé de strates à travers lesquelles on pourrait voyager, muni de soga, des sortes d’ancres capables de nous ramener dans notre strate d’origine ? Et si ces strates étaient poreuses, et les créatures passant de l’une à l’autre à l’origine de nos contes et légendes ? Quête de soi, rêve et réalité, musique, TysT offre un voyage étonnant, hommage à la fantasy.

Et c’est bien ?

Première incursion pour moi dans l’univers de luvan, dans un contexte fantasy aux accents de science-fiction. Je ressors de TysT (actuellement en cours de financement participatif) chamboulée et ravie. Chamboulée par ce récit très court, et en même temps particulièrement riche, auquel j’ai peiné à m’accrocher, au départ. Ravie, aussi, de lire une fantasy singulièrement différente de la fantasy épique et batailleuse que l’on peut souvent croiser.

Pour entrer dans TysT, il faut accepter d’entrer dans un univers difficilement saisissable, où la réalité que nous connaissons coexiste avec d’autres réalités poreuses. Longtemps je suis restée incertaine des quelques informations que l’on glane généralement en début de récit dans un monde que l’on doit apprivoiser en tant que lecteur. Pays Dormant, Pays Vif, Pays Veuf… Et pour autant cela n’a jamais gêné ma lecture.

J’ai savouré cette trame incertaine que l’autrice tisse peu à peu autour de la narratrice. Narratrice elle-même incertaine – de l’endroit où elle se trouve, de la manière dont elle doit agir, du monde auquel elle appartient, de qui elle est. Dans cette quête de soi particulière et diablement bien contée, j’ai également beaucoup apprécié la langue et le langage employés. Beaucoup d’ambiguïtés, de doubles, triples sens, de non-dits dans lequel le lecteur doit lui aussi trouver sa voie. Où est le rêve ? La réalité ? La mort ? Le passé, le présent ? Cette matière verte dont on parle est-elle pollution ? Nucléaire ?

L’ensemble est infusé de musique, omniprésente, mais aussi de contes, qui viennent donner du sens à certains événements. Une touche de science-fiction aussi, avec ces univers superposés et une Troisième Guerre évoquée ici et là. Les personnages, malgré une esquisse qui laisse beaucoup de place à l’imagination, ont une présence très marquée, ne serait-ce qu’avec leurs noms. Je ne sais pas comment l’autrice les a choisis, mais j’ai trouvé les assemblages très intéressants, ne serait-ce que pour leur sonorité qui résonne longtemps dans la tête.

TysT est un texte qui s’apprivoise – ou plutôt qui nous demande de nous apprivoiser, nous, notre manque et notre besoin de sens – et qui ouvre sur un univers fantastique, que j’ai parcouru, une fois happée, avec plaisir, curiosité, et pratiquement une joie enfantine. Un texte qui marque, et qui méritera très certainement une relecture.

Grand merci à Xavier Vernet, de m’avoir permis la découverte de ce court texte et de cet univers.

Note : 5 sur 5.

#PLIB2023
#PLIB2023A
#ISBN9782956009528