Publié dans Fantasy, Nouvelles, Revue AOC, Science-fiction

AOC n°62

Un numéro spécial concours Visions du futur, ce la promet de bons textes. Le concours est organisé par le Club Présences d’Esprits. Petit topo sur les quatre textes lauréats de la session 2021.

  • Accessit : AB+ de Morgane Guilhem
    Un tapis. Où l’on trie, nettoie, met en tube des souches ADN. Parce que les Humains ne peuvent plus se reproduire. Parce que les Autres peuvent leur fournir les souches nécessaires. Pour prix de leur accueil, puisqu’ils sont réfugiés. L’histoire officielle raconte l’Arrivée, quand ils ont cherché refuge sur une Terre où les Humains risquaient de disparaître. Coup de chance, ils sont génétiquement très proches.

Malgré le côté classique du dénouement, le développement de l’histoire est très bon. Atmosphère glaçante, sale, voir glauque, le futur ici proposé n’est pas rose, mais gris. On suit le personnage principal tout en essayant de comprendre – contrairement à lui, blasé – ce qui se passe dans cet univers qui semble avoir déraillé. Même classique, la fin marque malgré tout.

  • 3e prix : Dissémination de Sasha D. Page
    Kaheni est en symbiose avec la ronce, ce qui lui a permis de devenir une guerrière redoutable, et d’échapper au sort de très nombreuses femmes : une fleur délicate fait d’elles de dociles jouets pour les hommes. Le chef du cartel l’envoie en mission pour récupérer une graine qui fera d’une autre femme une esclave parfaite, Kaheni lui obéira-t-elle ?

Malgré des ingrédients que l’on retrouve souvent en urban fantasy (je pense notamment à la façon dont les personnages féminins sont mis en scène) et qui m’ont un instant fait craindre de passer à côté du texte, j’ai complètement accroché à cette histoire. Le principe de la symbiose est vraiment très intéressant, et la façon dont l’autrice le lie à l’image de la femme est bien trouvé. La trame de fond s’est aussi avérés davantage fantasy que je ne le pensais, avec un univers propre, que l’on entraperçoit. Impossible de lâcher le texte une fois commencé. J’ai bien envie de croiser le personnage de Kaheni dans d’autres histoires.

  • 2e prix : Shiawase Lady d’Agathe Tournois
    Shiawase est un opérateur de téléphone qui équipe ses clients de puces neurales. Pour les rassurer et montrer leur intérêt, il a créé les Shiawase Lords and Ladies, des hommes et des femmes que l’entreprise recrute pour devenir les anges gardiens de ses usagers. Chitose rêve de se voir proposer cet emploi, mais quand cela arrive, elle découvre l’envers du décor…

Deuxième texte d’Agathe Tournois que je lis par l’intermédiaire d’AOC, j’ai été vraiment emballée par celui-ci. Le principe Shiwase et le monde libéral et aliénant décrit dans ce texte est vraiment très bien pensé. L’histoire se passe au Japon, et pour qui lit des mangas, il est impossible de ne pas y penser lorsque l’autrice décrit ses personnages et certains éléments de la vie lycéenne. Comme pour la nouvelle que j’avais précédemment lue de l’autrice, j’apprécie la note positive sur laquelle finit son texte.

  • 1er prix : Camara Transfer d’Olivia Cabanaz
    Dans cette lagune du bout du monde, Peppe attend. L’enfant ne sait pas très bien pourquoi il est là, mais il aime bien cette vie comme suspendue, éclairée par la présence de Soralyn. Soralyn, elle, est prise au piège ici, comme tant des misérables qui vivent dans ce coin perdu. Peppe, déchiré entre le désir de voir son amie heureuse et la crainte de son départ, devra choisir.

Un premier prix largement mérité pour cet écrit. En plus de l’univers foisonnant que l’on entrevoit, le style de l’autrice a une vraie présence. En quelques traits, le lecteur se retrouve propulsé dans une ambiance bayou dépressive mais pas désespérée. Les concept brassés par l’autrice m’ont fait penser un instant au Livre écorné de ma vie de Lucius Shepard (le malaisant en moins). La façon dont cela vient mettre en relief tout ce qu’elle a construit autour est assez génial… sur un truc de rien, on part dans des possibilités assez folles. Chapeau.

Publié dans Fantasy, Science-fiction

AOC n°61

Allez zoup, ça faisait longtemps que je n’avais pas fait de point sur les lectures AOC. Comme d’habitude, très contente de la qualité des textes et de leur diversité. Quoi c’est-y donc qu’il y a dans ce numéros ? C’est partis !

  • Abîme intérieur de Stéphane Paccaud
    Plonger dans le cerveau du regretté David Lynch pour y repêcher un chef-d’œuvre inédit? Cela peut paraître une bonne idée dans un monde que l’inspiration semble avoir déserté. Mais pour cela il va falloir descendre, très, très profond. Et attention : un génie peut en cacher un autre !

Une plume qui tient la route et qui m’a transportée, un univers cyberpunk particulièrement bien trouvé. J’ai craint un instant d’être larguée par l’univers David Lynch – j’aime le cinéma et je connais le nom bien sûr, mais je dois avouer que ça fait partie des références que je n’ai pas – , mais que nenni, c’est léger (et pour le coup ça m’a donné envie d’aller explorer cet élément qui m’échappait). La société gavée de télé-réalité et de produits culturels qui ne se renouvellent plus mais tournent en boucle sur les mêmes schémas trouve forcément un échodans notre réalité. La conclusion, bien qu’attendue à partir d’une certaine révélation, est assez savoureuse. Mon texte préféré sur les trois.

  • De l’autre côté de l’écorce d’Anne Goudour
    Pour sauver une forêt des flammes, un pompier va devoir travailler avec des alliés inattendus. Il découvre des arbres qui luttent pour leur survie entre un monde urbain toujours plus destructeur et la progression d’espèces invasives. Et si, contre toute attente, leur salut reposait sur les épaules d’un humain ?

Avis un peu plus mitigé sur ce texte. Plus classique, je l’ai trouvé agréable à lire, facile à appréhender, mais sans réel point marquant. Le thème choisi – l’écologie, les méga-feux, les changements climatiques – me touche, forcément, mais j’ai trouvé le traitement un peu tiède, et je dois avouer que le choix des dryades et de leur mise en scène ne m’a pas plus transportée que ça.

  • Tu n’es pas Charlie de Vivien Esnault
    Jusqu’où peut aller le fanatisme quand il se couple avec des technologies de pointe ? Et les valeurs que l’on se plaît à défendre haut et fort sur les réseaux sociaux, sommes-nous prêts à les assumer jusqu’au bout ? Le courage, ça s’use vite lorsque l’on vit en permanence dans la peur.

Sûrement le texte le plus poil à gratter des trois. Je lui reconnais une réussite : celle de faire s’interroger sur la notion d’engagement, sur le sens de nos clics, likes et partages sur les réseaux. Pour autant, j’ai eu beaucoup de mal, idéologiquement, avec ce texte. La narration en « tu » a pris à mes oreilles un ton assez accusateur et jugeant (et d’ailleurs avant même la lecture, le titre m’a dérangée). Si je comprends la démarche de l’auteur, j’ai beaucoup de mal avec ce qui ressort humainement de ce texte, je ne le trouve pas juste. Les premiers pas dans une lutte sont-ils toujours réfléchis et rationnels ? A-t-on conscience de ce qui nous attend réellement ? Très honnêtement, j’en doute fortement. Ma gêne a néanmoins occasionné la mise dans les mains de mon conjoint (tiens, lis ça, t’as pas le choix et on en discute après, oui des fois l’Elfette est dirigiste ^^), et la discussion qui en a résulté était des plus intéressante (et dans le fond… c’est aussi ce que j’attends d’un bon texte, même si je ne suis pas d’accord avec 🙂 ).

Publié dans Fantasy, Nouvelles, Science-fiction

Marmite & micro-ondes – Collectif

De quoi ça parle ?

AVERTISSEMENT : cette anthologie peut contenir des textes aux éléments trop salés, trop gras, trop sucrés pouvant entraîner une addiction certaine à la lecture.

Vingt ans ont passé depuis que Philippe Heurtel a eu cette idée de génie : créer un fanzine SFFF dédié à la cuisine, les plaisirs du palais, la gastronomie… bref, la bouffe, sous toutes ses formes. Un vrai fanzine, fait à la maison, drôle, grinçant, innovant, parfois foutraque – et terriblement addictif.

Après dix ans et près de trente numéros, le fanzine a été mis au frais quelques années jusqu’à ce que les marmitons Vincent Corlaix et Olivier Gechter décident de recréer une brigade spéciale Anniversaire. Et parce qu’en littérature comme en cuisine, la présentation est cruciale pour apprécier, c’est Maître Caza qui s’est chargé de l’illustration.

Au menu de cette anthologie à consommer sans modération, vingt artistes pour célébrer ces vingt années :

Alfred Alamo traduit par Jacques Fuentealba ; Anthony Boulanger ; Ophélie Bruneau ; Philippe Caza ; Bénédicte Coudière ; Irène Delse ; T. Gàidhlig, Philippe Heurtel ; Noémie Lémos ; Romain Lucazeau ; Sylvie Miller ; Alex Nikolavitch ; Bérénice Paquier ; Lilian Peschet ; Thimothée Rey ; Michaël Rochoy ; Jean-Marc Sire ; Ketty Steward ; Jean-Louis Trudel.

Et c’est bien ?

20 textes sont proposés, ça fait pas mal, et sur l’ensemble, bien peu ne m’ont pas du tout plu. J’ai particulièrement apprécié la variété des traitement proposés, leur originalité et leur qualité. Petit retour très bref sur les textes :

Citrouillon ou l’envers d’un conte, de Sylvie Miller. Histoire narrée du point de vue de la citrouille qui sert de carrosse à Cendrillon. Idée très originale, mais je n’ai pas été transportée plus que ça par le développement, même si la balade a été sympathique.

J’ai découvert la plume d’Ophélie Bruneau avec Un crocus de trop. Si l’ensemble m’a semblé manquer d’aboutissement et pas mal frustrée, j’ai néanmoins adoré l’univers magie-nourriture proposé et la plume très fluide et travaillée.

Brocolis go home, de Philip Caza, est à déguster. Très court mais poilant à souhait, à déguster en se délectant d’une bonne soupe.

La spéciale du chef au champignons de Timothée Rey est particulièrement délectable, drôle, décalée, complètement WTF. On part sur des civilisations-pizzas. Un de mes textes favoris. Des nouvelles du Tibbar arrive très prochainement dans ma bibli.

J’ai trouvé Cuisine de la Terre lointaine, d’Alex Nikolavitch assez mélancolique, et en même temps imaginer des non-terriens tenter de reconstituer des goûts qu’ils n’ont jamais connu donne lieu à un texte intéressant.

Pas convaincue plus que ça par La soupe de 100 jours, de Bénédicte Coudière. L’idée de départ était sympa, mais l’arrivée m’a déçue.

Pas apprécié non plus Ceci est mon corps, de Bérénice Paquier. Le « truc » m’est apparu dès les premiers mots, et je ne suis pas spécialement fan de la teneur de la nouvelle.

Diminution des ressources et géants de la restauration au programme de Des effluves d’ail dans ta voix, de Jean-Marc Sire. Assez désopilant, avec une petite pointe d’acidité.

Restes, d’Alfredo Alamo, propose un texte sombre qui m’a bien donné la nausée. Pari réussi de donner faim au lecteur (du moins dans les premières lignes) tout en le dégoûtant de ce qu’il lit. Je ne sais pas si j’ai apprécié, je crois que c’est l’atmosphère très dérangeante qui m’a troublée.

Pastiche de Sherlock Holmes réussi avec Une affaire du goût, de Philippe Heurtel. Une enquête, une culture exotique, de la magie… J’ai un peu peiné au début mais je me suis finalement laissée prendre au jeu d’une histoire agréable.

Jolie trouvaille que la nourriture spectacle (je n’en dis pas plus) dans L’harmonie des douleurs, de Jean-Louis Trudel. Pas conquise par la nouvelle mais j’ai beaucoup aimé ce qui est imaginé.

De Gustibus, de Ketty Steward, est absolument génial, elle imagine une société que le rapport à la nourriture à modelée sur le plan du langage, et c’est très réussi. Il ne s’agit pas que d’un exercice de style, j’ai également beaucoup aimé l’histoire. Un autre de mes textes préférés.

Vengé jusqu’au trognon d’Anthony Boulanger propose le contexte d’une chasse particulière avec la mythologie nordique en toile de fond. La construction du texte m’a assez longtemps perdue, avant que les fils soient peu à peu noués. Le contexte et la mise en scène sont très bien trouvés.

Instant d’angoisse avec Rouge groseille, de Noémie Lemos (dont j’avais apprécié l’univers chez Oneiroi). On s’attend à la fin, mais la mise en scène est très bien pensée.

3e coup de coeur parmi les textes avec Le poids des finances, de Michaël Rochoy, particulièrement grinçant sur le monde économique ; et le croisement avec le thème nourriture est savoureux. Coup de coeur également pour la plume.

Pas très emballée par Les recettes du changement, de Lilian Peschet, même si là encore le thème a été accommodé de manière originale.

Complètement conquise par le Glasgow fantasmé de T. Gaidhlig dans Le Consortium MC. La thématique est sombre et bien flippante, puisque l’on évolue dans un milieu carcéral dont on va découvrir d’inquiétantes pratiques, même si l’on se doute bien dès le départ que ça n’est pas rose vu la situation du protagoniste.

Très très chouette mise en scène avec Décalages culinaires, d’Irène Delse, je lui ai trouvé un côté Armée des douze singes sur le principe – moins l’atmosphère glauque – que j’ai beaucoup aimé.

Je suis ressortie du recueil avec pas mal de noms pour lesquels je vais sûrement aller fureter histoire de retrouver le plaisir de la plume et de l’imagination. Un recueil très riche, et un thème original, que j’ai trouvé traité en prime de manière très variée 🙂

Note : 4.5 sur 5.

Info livre :
Année de parution : 2021
Editeur : Gephyre
Isbn : 9782490418497

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AOC n°47 – Collectif

Illustration par Sandara

Un recueil pris un peu au hasard parmi les multiples anciens numéros proposés sur le stand du Club des Présences d’Esprit lors des Utopiales 2019, je me suis enfin plongée dans sa lecture, au programme, trois nouvelles, une de fantasy et deux de science-fiction, et à la fin les trois textes vainqueurs du match des Imaginales 2017.

  • Fleur de Jade et le Chasseur-Fantôme d’Amria Jeanneret

Fleur de Jade est une jeune sorcière alliant la plus pure tradition japonaise et la modernité propre à son époque. Elle et sa servante Hanako reçoivent la visite du Chasseur-Fantôme, l’émissaire du dieu Vent, qui la charge de la réalisation d’un sort de haut niveau. C’est un grand honneur fait à la jeune sorcière, mais se cacherait-il derrière un autre dessein ?

Une nouvelle qui m’a beaucoup plu. Je me suis crispée un instant quant au devenir de l’héroïne, mais finalement, les choix narratifs de l’autrice sont intéressants et participent au charme de la nouvelle. L’atmosphère liée à l’imaginaire japonais est intéressant, et la magie graphique mise en scène est bien trouvée. La résolution finale est très sympa, l’autrice relie habilement tous les fils qu’elle a tirés. Un texte rafraîchissant.

  • Je… je suis le sable d’Elric Elbaze

Un an plus tôt, la mère du jeune Boubi amène celui-ci au Docteur Chauvin. Le garçon semble perdu dans son monde, mais possède des facultés qui fascinent le docteur. Aujourd’hui l’homme de science a été réquisitionné dans le plus grand secret par les autorités militaires pour s’occuper du jeune garçon. En effet, les dessins de celui-ci sont étrangement prémonitoires et, tout pousse à croire qu’il est au courant de l’imminence d’une invasion extraterrestre…

Coup de coeur pour cette nouvelle dans laquelle j’ai eu un peu de mal à entrer. La mécanique sur laquelle repose le texte de l’auteur est super, j’ai trouvé ça très bien pensé, et les perspectives offertes très alléchantes. Le bouclage de la boucle est également super. C’est presque le genre de texte autour duquel un développement plus long me plairait beaucoup.

  • Speed Club de le Barde dans la machine

Le Speed Club, c’est un repaire de drogués, de junkies, tous amoureux fous de vitesse, perdu au milieu de nulle part. Un lieu où l’amitié et l’honneur n’ont pas de sens pour grand-monde, mais ils en ont pour moi. Et quand mon meilleur pote cane en pleine course sur un coup en traître, faut pas s’attendre à ce que je laisse passer sans rien dire.

Très bon texte que celui-ci, pas tant dans l’histoire que dans le ton employé. Bien que n’ayant jamais vu Mad Max, j’y ai forcément pensé. Le côté très post-apo-trash avec un côté western du futur assez marqué. Le côté « déglingos » de l’univers, des personnages, et le parler de ces derniers participent vraiment de l’attrait du texte, bien punchy. Très bonne lecture là encore.

Publié dans Fantasy, Horreur, Nouvelles, Science-fiction

Crocs & alambics – anthologie

Illustration de Tithi Luadthong

De quoi ça parle ?

«Jour inconnu. La créature rôde au gré de nos couloirs. À mesure de sa recherche de chair, elle semble gagner en intelligence. Comme si cette chasse incessante était un jeu, une source de connaissance pour elle. Je suis si fatigué ; cette fuite, cette survie dans ce centre de recherches abandonné et clos, me rend fou. Je stagne dans ma déchéance. C’était un test. Juste un test…? ».

Et c’est bien ?

Le ton est donné à travers la quatrième de couverture, qui n’est autre que le texte proposé par la maison d’édition Crin de chimère lors de l’appel à textes : des expériences et du monstre à travers ce recueil de dix nouvelles. Ce panel propose tant fantasy que science-fiction et horrifique. Premier livre pour moi chez cet éditeur, et aucun auteur ou autrice que je connaisse, totale découverte donc, chaudement recommandé par ma copinaute Yserei. Petit tour d’horizon.

Le recueil s’ouvre sur la nouvelle Moonshine, de Philippe Aurèle Leroux, où le lecteur, au côté des protagonistes, découvre un mystérieux vaisseau apparemment vide en orbite d’une planète, ainsi qu’un journal de bord qui vire de plus en plus inquiétant. L’auteur alterne les fragments du journal de bord, fragments qu’il distille pour que le lecteur ait à peine une longueur d’avance sur les personnages, et l’exploration du vaisseau. L’atmosphère fait complètement penser à Alien, les inventions, mêlées de facéties, sont sympa comme tout, la plume est efficace, prenante, très agréable, et l’auteur glisse çà et là des notes d’humour fort appréciable dans ce texte haletant. Premier essai transformé.

Sangpiternel, de Yoann Dubos proposé un texte horrifique particulièrement angoissant, dans lequel une église fanatique de la chair semble beaucoup en vouloir aux humains modifiés mécaniquement, qui osent attenter à leur chair. Je ne vous en dis pas plus. J’ai apprécié que, malgré le côté particulièrement rebutant de certains passages, l’auteur n’en fasse pas des caisses. La technologie et le monde crasseux, presque steampunk, qu’il imagine, sont passionnants à découvrir. Là encore très belle plume, que j’ai suivie avec plaisir.

Un bon pulp pour insuffler un peu de légèreté après son prédécesseur, Partie de chasse, de Fabrice Pittet m’a aussi énormément plu. Lancés à la poursuite d’un monstre gréant sur une planète hostile, Mordo et Sherlo, deux mercenaires particulièrement bourrins et décérébrés m’ont embarquée – et bien fait rire – dans leurs pérégrinations farfelues. La fin est particulièrement savoureuse.

Où est le monstre ?, de Constantin Louvain m’a un peu moins emballée. La nouvelle est bien écrite, mais je crois surtout que la barre était très haute avec les trois premiers textes, et que celui-ci m’a paru plus quelconque. Un militaire chargé de tirer des informations d’un scientifique-saboteur afin de sauver ses collègues à la merci d’un monstre. Le texte joue sur le double sens du titre. Si la balade était sympathique, elle m’a moins marquée que les autres.

La plus belle des réussites, d’Alexandre-Fritz Karol, emmène le lecteur dans un monde exsangue, marqué par une guerre contre des Abominations sorties des éprouvettes de personnes peu recommandables. L’auteur nous invite à voyager sur une mer qui se révèle davantage farcie de monstres qu’elle ne le devrait, et à partager le sort fort angoissant qui attend son équipage. Coup de coeur pour la plume, que j’ai trouvé très belle, eeeeet je soupçonne l’auteur d’avoir développé un univers dont on n’entrevoit ici qu’une partie (d’ailleurs, j’avoue que si un autre texte dans cet imaginaire était proposé, je signerais direct 😉 ). Coïncidence fort à propose, lors de ma commande sur le site éditeur, j’avais hésité entre le présent recueil et un roman, Printemps de funéraille, qui se révèle écrit par l’auteur de cette nouvelle, et qui va certainement rejoindre mes étagères sous peu.

Une très intéressante inversion de rôle et de points de vue dans le texte Cauchemar organique, de Paul Vialart. L’héroïne du texte se réveille aux mains d’une Machine qui semble vouloir attenter à son intégrité. Dès lors, il s’agit de fuir, mais cela devient compliqué avec une mémoire qui flanche. Je suis restée un peu dubitative tout le long du récit, mais il faut avouer que la fin fait tout, et est particulièrement bien pensée.

Le cantique de Schrodinger de R. Sennelier, encore une très bonne lecture avec une entreprise qui propose aux personnes mutilées de remplacer leurs membres par des prothèses interchangeables, faisant d’eux des modulaires. On y trouvera des thèmes de science-fiction assez classiques, notamment celui de la liberté mise à mal par des intérêts privés, mais l’ensemble est très bien pensé.

Caris & Cagom, de K. Sangil est plutôt original dans ce qui est imaginé, mais j’ai davantage peiné sur ce texte. Sûrement en grande partie à cause de la mise en page – la lecture en colonne a une raison bien précise et logique, néanmoins, le côté fragmentaire de la lecture qui en découle m’a sortie du texte plusieurs fois le temps de recoller les morceaux.

Une petite déception avec Ad Monstrum de Jenna Preston-Penley et Alicia Alvarez. La plume des autrices est intéressante, mais je n’ai pas apprécié ce qui est proposé dans ce texte, qui en plus m’a déroutée plusieurs fois avec des choix de vocabulaire que j’ai trouvés étranges. Un affrontement sanglant de monstres de laboratoire pour le plus grand plaisir d’une foule en délire, adepte de ce qui semble devenu un « sport », avec ses stars. J’ai trouvé le retournement de situation un peu facile et n’ai pas trouvé d’intérêt dans le texte.

Xoth, de Kaegor de Rion vient conclure l’anthologie. Texte de fantasy horrifique dont j’ai beaucoup apprécié l’univers, l’atmosphère et l’imaginaire proposés, en revanche j’ai trouvé la narration parfois un peu confuse. J’en suis ressortie mitigée, néanmoins je serais curieuse de découvrir l’univers de l’auteur à travers d’autres textes. J’ai bien apprécié la présence de l’alchimie proposée dans le texte, thème qui ne m’intéresse pas forcément et que je croise rarement, mais que j’ai trouvé plutôt bien exploité ici.

En conclusion donc, un recueil que j’ai trouvé d’excellente qualité et dont je ressors particulièrement enthousiaste. Les plumes et imaginaires proposés sont d’une grande richesse et de très bonne facture, et j’ai d’ores et déjà noté plusieurs nom que je suivrai avec plaisir.

A lire si vous recherchez :
– de nouvelles plumes de qualité
– de la fantasy ou science-fiction horrifique
– des savants fous et des expériences inquiétantes

Note : 5 sur 5.