Publié dans Fantastique, Fantasy, Science-fiction, Young Adult

Villa Anima – Mathilde Madras #PLIB2022

De quoi ça parle ?

Lorsque les portes massives de la Villa Anima se referment derrière elle, Magdalène a le sentiment d’être engloutie par un monstre. Mais dans cet endroit mythique foulé par les plus grands elle ne peut se retourner si elle veut atteindre son objectif : remporter la première épreuve de l’Esprit, celle de l’écharpe verte. Un simple morceau de soie qui lui octroierait un statut dans la société, alors qu’elle est une femme, ainsi que le droit de mettre un terme à cette grossesse qu’elle ne désire pas du haut de ses seize ans. Quelle sera la nature du défi à relever ? Nécessite-t-il, comme on le dit, des aptitudes spirituelles hors du commun ? Magda se prépare comme elle peut entre ces murs où elle assiste à d’étranges phénomènes, allant jusqu’à se demander si son esprit lui joue des tours… ou si quelqu’un ne souhaiterait pas la détourner de son projet. Le méprisant maître de cérémonie peut-être, devant lequel elle peine à étouffer une ambition nouvelle. Car, si elle parvient à obtenir la première épreuve, pourquoi s’arrêterait-elle en chemin ?

Et c’est bien ?

D’ordinaire peu attirée par ce qui est classé young adult, je me suis laissée convaincre par un élément du résumé, celui de mettre fin à une grossesse, en prenant le parti de passer outre et d’accepter les éléments qui d’ordinaire ne me plaisent pas dans ce genre d’ouvrage. Dans un texte destiné aux adolescents, sur un thème souvent sensible, j’ai voulu aller voir ce qui était ici proposé. L’ouvrage s’ouvre sur un univers typique de la dystopie young adult : des pauvres, opprimés par les castes supérieures d’une société bien compartimentée, une héroïne adolescente qui va questionner et remettre en cause l’ordre des choses.

Les personnages sont au premier abord plutôt sympathiques ; Magda, la jeune femme différente parce que sa mère est originaire du sud et porteuse d’idées sociales novatrices, sa maman soutenante, ses soeurs, et jusqu’à son amoureux, Abel. La langue est belle, il y a une vraie qualité narrative et les idées glissées ici et là sur la libre disposition du corps des femmes et leur condition sociale sont intéressantes. Néanmoins là où le bât blesse, et ce durant tout le livre, c’est dans la mise en scène de ces idées.

Si j’adhère totalement aux messages, Magda m’a paru en décalage complet entre la jeune femme débutant dans la vie, et sa conception très analytique et réfléchie des droits des femmes. Non que je mette en doute qu’à 16 ans on puisse être féministe, néanmoins la jeune femme semble avoir vécu des processus de pensée féministe de manière assez fulgurante, et du coup pas vraiment crédibles – on sent bien que l’autrice a glissé des éléments qui lui tenaient à coeur, ici de manière que j’ai trouvée au final assez artificielle. Cela aurait pu passer si d’autres travers n’étaient pas venus s’ajouter à ce tableau.

Les personnages qui entourent Magda m’ont paru manquer de consistance. Magda devient le seul point de mire. Les épreuves ressemblent à des passages de jeux vidéo. Et certains éléments font irruption dans l’histoire de manière totalement impromptue, comme des éléments fantastique, voire carrément fantasy qui viennent brusquement expliquer des éléments en fin d’ouvrage. Pour une histoire qui se veut initialement dystopique, avec des idées qui pourraient induire une remise en cause sociétale, on bascule à certains moments dans la magie, tout en se demandant ce que ces éléments viennent faire ici.

Certaines idées, comme l’homosexualité, et surtout la manière dont elle est présentée, paraissent incongrues et incohérentes dans une société patriarcale telle que décrite. On passe complètement à côté de la remise en cause du monde telle que laissée entrevoir au départ, avec le sentiment que le livre s’arrête là où il aurait dû commencer. Les thèmes de départ, sur les femmes, l’avortement et le droit au corps, le droit d’évoluer comme on le souhaite dans la société, sont totalement évacués. J’ai finalement le sentiment que l’autrice avait plein d’envies et d’idées pour le texte et a fini par tout entasser comme elle a pu. C’est dommage, parce qu’en dehors de ces aspects, il y a une vraie qualité de plume et, honnêtement et en dépit des incohérences, je ne peux pas dire que je me suis ennuyée. Il y a un côté très fluide, une bonne dynamique de narration. Il est juste dommage que les idées de départ, très prometteuses, retombent comme un soufflé à l’arrivée.

A lire si vous recherchez une aventure avec des épreuves et une héroïne qui réussit. A éviter si vous pensez lire un livre pour réfléchir un peu sur la société, vous risquez d’être déçu.e.

Merci aux éditions Gulfstream de m’avoir permis cette lecture dans le cadre du PLIB.

Note : 2.5 sur 5.

Infos livre :
Année de parution : 2021
Editeur : Gulf Stream
#ISBN9782354889227

Publié dans Jeunesse, Science-fiction, Young Adult

Cell 7 – Kerry Drewery

Un bouquin récupéré un peu par hasard, et au final je dois dire que j\’ai été très agréablement surprise.

.
Il s\’agit d\’une histoire en 7 chapitres. 7 parties pour les 7 derniers jours de Martha, adolescente de 16 ans accusée du meurtre de Jackson Paige, star parmi les stars. Dans cette société, juge, avocats, tribunaux se sont effacés au profit d\’une \ »justice\ » qui donne la voix à tout le monde : la télé-réalité. Par l\’intermédiaire de shows télévisés, tous les soirs, les animateurs présentent l\’accusé et les éléments à charge/.Et si, au bout des 7 jours, l\’accusé est considéré coupable, alors la chaise électrique l\’attend. Seulement, au milieu du marasme, seule Eve Stanton, ex-avocate, désormais conseillère auprès des accusés, trouve que Martha s\’est accusée du meurtre avec un peu trop de conviction.
.
Alors certes, il ne s\’agit pas d\’une dystopie hyper fine. D\’ailleurs, c\’est souvent pour cela que j\’ai beaucoup de mal avec les dystopiesdites \ »young adult\ ». Mais par la proximité que cette histoire induit avec les personnages et les paroles placées dans la bouche des héro.ïne.s, je le trouve vraiment très approprié pour aborder et mettre en exergue l\’absurdité de la peine de mort.
.
D\’un bout à l\’autre de l\’ouvrage, on suit Martha et ses souvenirs, Eve et sa lutte désespérée pour tenter de trouver des preuves et changer le cours des événements, l\’émission… Et jusqu\’au bout, on se ronge les ongles de savoir si oui ou non Martha sera exécutée. Le fonctionnement par flashback fonctionne bien et permet de retracer ce qui est arrivé à la jeune accusée.
.
Durant le dernier tiers, il m\’a été impossible de lâcher le livre – ce qui ne m\’était pas arrivé depuis longtemps – , et même si certains éléments finaux sont un peu gros ou un poil trop mélodramatiques, l\’ensemble est mené avec brio.
.
Une très bonne surprise. Je ne sais pas si je lirai la suite. Le livre se termine de telle manière que je crains un raté. Je préfère considérer les dernières pages comme une fin ouverte ^^

Sympa
Publié dans Science-fiction

La désobéissante – Jennifer Murzeau


Résumé : Paris, 2050. Bulle découvre, catastrophée, qu\’elle est enceinte. Autour d\’elle, le monde est un naufrage. Sous des dômes, les plus riches se calfeutrent, ignorant les misérables qui se débattent audehors, rendus inutiles par l\’automatisation. Le chômage a atteint 70%, la violence envahit les rues. Les plus dociles gobent leur Exilnox, les yeux voilés par des implants connectés. Sur les holordis, les murs, partout, brillent les pubs et les flashs info anxiogènes. Alors un enfant, là-dedans… Pourtant le garder, c\’est refuser de se résigner. Avec une poignée de hackers, Bulle choisit la lutte.
Avis : Voici un ouvrage conseillé par une personne de mon entourage qui ne lit pratiquement pas de science-fiction, d\’une autrice que je ne connaissais pas du tout. Suspens donc, et curiosité.

Il s\’agit là d\’un texte d\’anticipation qui, de prime abord, propose un futur relativement noir, pollué, abîmé et en décrépitude. Le genre humain s\’est perdu dans les méandres du commerce et des industriels, de la publicité, du tout chimique. Le style d\’écriture, au début, paraît relativement maladroit. Le temps de narration et le déroulement m\’ont un peu dérangée. Au fur et à mesure de l\’avancée du récit cependant, soit que je me sois habituée, soit que le style de l\’autrice se soit affirmé, le récit coule de mieux en mieux.

Côté contenu, des personnages marquants, humains, ballotés par une société où le vivant et le social ne veulent plus dire grand-chose ; des humains animés par une certaine idée de ce qu\’est la vie, et qui se donnent les moyens de la vivre. Même à partir de rien.

J\’ai beaucoup aimé les réflexions et analyse de notre société que l\’autrice réalise à travers le prisme de ce récit de science-fiction. Beaucoup de choses qu\’elle évoque sont pratiquement déjà là, elle se contente juste de les imaginer demain. Les interrogations amorcées sont réellement intéressantes : pourquoi chaque génération accuse la précédente de ruiner leur environnement mais ne fait rien ? Pourquoi, dans un monde où l\’information est toujours accessible et où tout le monde est au courant (du réchauffement climatique, de l\’état de pollution, de l\’épuisement des ressources…), personne n\’agit ? Surtout alors que des solutions alternatives existent (zéro déchet, repair café, permaculture, …). Comment nous sommes-nous venus à nous enfermer ainsi ? Cherche-t-on à contrôler les gens, ou les gens sont-ils les acteurs d\’un contrôle que l\’on nous fait intérioriser ? Comment peut-on en arriver à une nourriture qui coûte toujours moins (et qui devient même gratuite dans cette histoire) ?

Pas vraiment de réponses, mais des pistes, des idées lancées avec une certaine justesse. Des questions qui peuvent paraître inquiétantes et étouffantes  lorsque l\’on regarde autour de soi ; et pourtant, c\’est avec une foi en l\’être humain, un regard positif que l\’autrice conclut son texte. Et ça fait du bien.

Une découverte très intéressante et enrichissante, à conseiller à toutes celles et ceux qui aimeraient imaginer un demain pas forcément tout noir.

       
C\’est du bon !