Publié dans Fantasy

La Lyre et le Glaive, tome 1 : Diseur de mots – Christian Léourier

Résumé :  Lorsque Kelt se voit refuser le passage d\’un pont parce qu\’il ne peut s\’acquitter du péage, il prédit l\’effondrement de la construction. Ainsi sont les diseurs de mots, ils ont de drôle de pouvoirs, jamais ils ne mentent et, dit-on, leurs vérités ensorcellent. Accusé par le gardien du pont d\’avoir jeté un sort à l\’ouvrage, Kelt est arrêté. Heureusement pour lui, Hòggni, un mercenaire en mal de contrat, se porte volontaire pour le représenter lors d\’une ordalie, et remporte le combat. Vexé, le seigneur local les envoie au devant du danger, en mission au Heldmark, où le culte d\’un dieu unique se répand comme la peste.

Avis : Un ouvrage que j\’attendais avec grande impatience. Christian Léourier fait partie des conteurs que j\’affectionne, capable de vous plonger dans un monde travaillé, riche de cultures et pratiques différentes ; non pas une visite dans un autre monde fantasy \ »classique\ », tissé à partir de nos légendes, mais une virée complètement dépaysante dans un ailleurs. C\’est ce tour de force que j\’ai découvert à travers le merveilleux cycle de Lanmeur, et que j\’ai retrouvé ici dans Diseur de mots.

Diseur de mots, c\’est également cette magie qu\’à l\’auteur de tisser lentement et patiemment une trame fine et détaillée, dont les différents fils s\’assemblent à la fin de manière subtile et complètement logique, sans pour autant tomber dans des explications lourdes et indigestes.

L\’univers dans lequel les personnages évoluent se dévoile au fur et à mesure. Régi par un principe suprême, l\’Axe-Divin incarné dans deux êtres parfaits garants de l\’équilibre du monde, il est administré par des commanderies au sein desquelles les hartlee font office de chefs. Les religions y sont multiples et rendues à des dieux variés. Le surgissement d\’un Dieu unique vient bouleverser cet ordre et devient prétexte à une guerre entre deux commanderies. Plus que l\’histoire d\’une guerre, c\’est l\’histoire de l\’unité du monde, des croyances et de la remise en cause de ce qui est immuable.

Les personnages m\’ont beaucoup plu. Comme dans tout monde de fantasy, on a des guerriers, des dirigeants, des paysans. Mais les principaux protagonistes de cette histoire ne sont pas des bretteurs hors pair, des combattants. Ils sont un diseur de mots qui ne maîtrise pas son talent et ne sait pas se servir d\’une arme, une danseuse, un érudit… Leur but n\’est pas la conquête, la vengeance, la gloire, mais l\’amour, des chimères, le savoir. Des schémas que l\’on croise peu dans ce genre et que j\’ai beaucoup apprécié de voir mis en avant.

Si, contrairement à Lanmeur, ce texte n\’est pas pour moi un coup de coeur, il reste une extraordinaire toile. Au-delà de l\’aventure vécue, ce qui m\’a complètement fascinée, c\’est la façon dont Christian Léourier bâtit ses univers et nous les distille avec brio, par petites touches. A dévorer !

C\’est du bon !
Publié dans Coups de coeur, Planet opera, Science-fiction

Le Cycle de Lanmeur, tome 1 : Les contacteurs – Christian Léourier

Résumé : Quand les hommes de la planète Lanmeur accèdent pour la première fois au voyage spatiale, ils ont la surprise de découvrir que d\’autres humanités s\’épanouissent dans l\’univers. Un hasard ? Peut-être pas. Lanmeur lance alors l\’idée du Rassemblement, et envoie alors des contacteurs sur ces mondes plus ou moins avancés, avec pour mission de les intégrer à une nouvelle grande civilisation humaine. Mais quels intentions masque ce grand projet ?
Avis : D\’excellents avis lus sur cet ensemble de textes m\’ont poussée à m\’intéresser à Lanmeur, lors de la reparution du cycle chez Ad Astra. Les couvertures Folio SF m\’ont attiré l\’oeil, et le premier tome de cette intégrale est tombée dans mon escarcelle… pour mon plus grand bonheur…


Trame

Et l\’aventure à commencé avec ce premier tome. Et quelle aventure ! En trois parties, chacune narrant l\’histoire d\’un contact entre la civilisation de Lanmeur et celle d\’une nouvelle planète. Trois voyages, trois textes à part entière, porteurs de différents styles, dépaysants, dérangeants, effrayants, poétiques… une vraie découverte. 
Le premier texte, Ti Harnog dépeint une civilisation très stricte, où chacun a sa place ; et où chacun naît femme, puis devient homme sur ses vieux jours. Twern le contacteur, homme jeune, détonne donc dans une société où un homme glabre est une anomalie. Le lecteur découvre à travers ce texte une histoire à la limite de la fantasy : une quête, une histoire d\’Elu, des batailles épiques et un environnement pseudo-médiéval. L\’auteur réussit parfaitement à dépayser son lecteur en inventant un fonctionnement de société original et suffisamment bizarre pour que l\’on soit déstabilisé… au moins autant que le contacteur. Un texte à la saveur \ »vieille héroïc-fantasy\ », qui ne se dépare par pour autant de son côté SF. Un tour de force.
Le deuxième texte, L\’homme qui tua l\’hiver, plonge le lecteur dans la quête archéologique d\’Akren, jeune femme débarquée sur la planète Nedim afin d\’étudier, pour le compte de Lanmeur, les vestiges de Gogleth, cité prisonnière des glaces. Avec des indigènes persuadés que Nedim, leur planète, est une divinité refusant les colons, elle brave l\’espace impitoyable et glacé qui sépare son lieu d\’atterrissage de Gogleth, à la recherche de reliques anciennes. Entre Indiana Jones et les romans de Jack London, j\’ai suivi avec passion la lutte d\’Akren pour survivre et accomplir son rêve. 
Le troisième et dernier texte, Mille fois mille fleuves, apporte un nouveau dépaysement. Un peuple qui vit au bord de l\’eau et vénère le fleuve qui les accueille sur ses flots. Chaque année, le fleuve reçoit une nouvelle épouse. Cette année, Ynis, l\’hérïne de ce texte, est choisir pour s\’unir au fleuve. Elle narre au lecteur son histoire : sa convocation par le dieu, le Vieux Saumon, sa découverte des hommes-oiseaux, la faute qu\’elle a commise et son exil. Un texte plein de poésie, et très beau de par l\’histoire d\’amour qu\’il évoque. Une histoire d\’amour narrée avec suffisamment de subtilité pour ne pas en faire un texte mièvre. 


Personnages

Dans chacun des textes, les personnages sont développés avec finesse. Twern, qui ne comprend pas le fonctionnement de la société de Ti Harnog et provoque malgré lui des changements profonds. Son évolution se fait en finesse. Akren est arrogante et reste longtemps antipathique pour le lecteur. Elle ne comprend pas les indigènes qui la mènent à Gogleth, ni leur façon de vivre. En temps que Lanmeurienne, persuadée de la puissance de sa propre civilisation, elle finira pourtant par percevoir un peu de la grandeur de Nedim. Enfin, Ynis, jeune femme persuadée de sa faute, ne se rendra jamais compte du service qu\’elle a rendu au Vieux Saumon. Ces personnages, par leurs yeux, nous donnent un aperçu de trois humanités au fonctionnement différent mais passionnant. 


Style

La finesse du style de l\’auteur fait également beaucoup. Chacun des récits est raconté d\’un point de vue totalement différent. 

Dans Ti-Harnog, le lecteur découvre la planète par les yeux du contacteur. On garde à l\’esprit sa quête, même si elle est souvent perdue de vue. Dans L\’homme qui tua l\’hiver aussi, le lecteur suit la quête du Lanmeur par les yeux d\’Akren… et certains desseins de cette civilisation semblent bien moins doués de bonnes attentions que ceux du premier texte. Enfin, dans Mille fois mille fleuves, le lecteur se demande longtemps le rapport avec Lanmeur et ne le découvre qu\’à la toute fin. Et cette fois, les intentions de la planète lointaine paraissent inquiétant. 
Dans chacun des textes, lorsque l\’on pense avoir perdu Lanmeur de vue, c\’est avec une vraie finesse et une vraie richesse que l\’auteur nous rappelle son existence, tissant et imbriquant petit-à-petit chacun des fils qu\’il a laissés traîner au gré des textes. 


Le mot de la fin : Un coup de coeur pour ce premier tome ; à travers la découverte des civilisations humaines disséminées dans l\’espace, Christian Léourier nous fait découvrir son riche imaginaire, et parvient à maintes reprises à dépayser le lecteur. Pour le coup, un vrai voyage, une vraie découverte… et sûrement un retour, pour ma part, du côté de Lanmeur… tome 2 !
Un livre à découvrir et à dévorer.

Coup de coeur




Lecture dans le cadre du défi

Item :  16 – Lire le premier livre d\’une série SFFF que vous n\’avez jamais lue.