Publié dans PLIB 2022, Science-fiction, Service de presse

Outsphère – Guy-Roger Duvert #PLIB2022

De quoi ça parle ?

Après avoir quitté une Terre mise à mal par les échecs de nos sociétés, l’Arche, premier vaisseau à coloniser une exo planète, arrive au bout d’un long voyage de 80 ans. Ce nouveau monde baptisé Eden est synonyme de nouvelle chance pour l’humanité. Mais cette planète recèle également de nombreuses surprises. Parmi elles, l’une vient même d’ailleurs… Qui sont ces êtres, pourtant si différents, qui disent venir eux aussi de Terre ? Comment se passeront la colonisation et la cohabitation ? Eden abrite bien des mystères et tout autant de dangers. Fera-t-elle de la colonisation le nouvel espoir tant attendu, ou au contraire la fin de notre civilisation ?

Et c’est bien ?

Gros flop avec cette lecture. Outre les thèmes et leur traitement qui m’ont posé problème, j’aurais pu apprécier de retrouver une aventure simple à la Stargate (quelques clins d’oeil de ce côté d’ailleurs), mais la sauce n’a malheureusement pas pris.

Premier point qui m’a chiffonnée : l’entrée en matière. La présentation des personnages qui se réveillent de cryogénisation : musclés, en calbute et « bel homme » pour les hommes. Pour les femmes on va être sur une description de leur joli physique. J’ai eu aussi un peu de mal avec la caractérisation de certains d’entre eux que j’ai trouvée très moyenne (un chinois qui s’appelle Tchang et qui parle par dictons… bon bon).

Deuxième souci, j’ai trouvé ça très militariste. J’ai bien senti à plusieurs reprises que l’auteur essayait d’égaliser sa manière de raconter les civils et sa manière de raconter les militaires. N’empêche que j’ai quand même un arrière-goût de déséquilibre. Les militaires sont présentés comme sévères mais justes, parfois avec un petit côté dictatorial, mais bon, c’est pour le bien commun. Et les civils m’ont fait l’effet de doux-dingues épris de libertés, jusqu’à ce que ça leur tombe dessus, z’avaient qu’à écouter les militaires et leur discours sécuritaire, namého. OK je force un peu le trait, mais cet aspect m’a mise mal à l’aise à plusieurs reprises.

Côté histoire, j’aurais pu me laisser prendre par l’aspect découverte, exploration, installation, mais d’autres éléments m’ont dérangée. Les personnages qu’on a passé quelques pages à découvrir sont noyés au milieu de tous les autres. Il finit par y en avoir tellement qu’on ne s’attache à aucun. La narration est divisée en pleins de de points d’intérêt différents : la colonisation, la découverte d’une, deux, trois, quatre nouvelles espèces, de ruines, d’un virus, de la construction d’un arsenal, de phénomènes inexpliqués qui déciment les colons… ça fait beaucoup, et on saute de l’un à l’autre, j’en ai conçu une sensation de bazar total.

Côté « scientifique » je n’ai pas non plus mon quota. L’auteur essaie de développer des traits de son univers avec des explications qui se veulent logiques. La faune est peu développée, et le peu qu’on croise me laisse de gros doute quant à leur crédibilité, ainsi que sur d’autres caractéristiques de la vie croisée sur la planète. En soit ça n’est pas très grave. Le problème c’est que quand on commence à poser 2-3 éléments sous l’angle scientifique, en tant que lecteur, difficile du coup d’accepter des trucs chelous. Je ne prétends pas avoir les bases scientifiques pour réfuter ou approuver ce qui est imaginé, mais plus d’une fois j’ai été gênée aux entournures. Un cochon rouge dans un monde végétal, ça me pose question.

Ethnologiquement j’ai là encore été mise assez mal à l’aise. Les personnages croisent des autochtones. Qui ont des armes, une culture, une religion, qui fabriquent des choses, construisent, ont un langage… Ce sont des « sauvages », des « créatures » qui « ne méritent pas de compassion » et qu’on envisage systématiquement sous l’angle de la menace, sans chercher à entrer en contact, communiquer avec eux ou simplement les observer pour tenter de les comprendre, malgré la présence de scientifiques. Je pense qu’on est dans la maladresse, mais c’est une des caractéristiques de la SF « à l’ancienne » que j’ai pu lire gamine par l’entremise de la bibliothèque de mon père, et que je trouve complètement désuète aujourd’hui.

Enfin, parlons du style. Pas grande recherche de ce côté, on est dans le descriptif total, avec une grammaire et une syntaxe parfois pas tip top. On enchaîne les clichés (oh bah tiens, tel personnage meurt à ce moment crucial. Oh mince, là aussi. Et on rajoute un couple militaire-scientifique qui passe sont temps à se chercher des poux) ; bien souvent j’ai eu l’impression de lire le scénario d’un blockbuster hollywoodien davantage qu’un roman.

Côté positif, car même avec un avis final négatif, j’essaie toujours de trouver des éléments qui m’ont satisfait. Présentement l’exercice est assez difficile, car j’ai conçu énormément de frustration de cette lecture. La partie scientifique et découverte, dont j’attendais beaucoup, est finalement ce qui m’a le plus manqué. Les différentes découvertes d’artefacts sont intéressantes et ont du potentiel. En fait, les ingrédients de base m’intéressaient, c’est vraiment leur développement qui m’a complètement laissée sur le carreau.

En soi je ne peux pas dire que la lecture m’ait été particulièrement désagréable ; avec un style un peu moins général et plus axé sur les personnages, quelques phrases maladroites en moins et un peu plus de relief, j’aurais certainement apprécié cette aventure au-delà de potentiels défauts.

Note : 2 sur 5.

Info livre :
Année de parution : 2021
Editeur : Inceptio
#ISBN9782490630554

3 commentaires sur « Outsphère – Guy-Roger Duvert #PLIB2022 »

  1. Ohlala, ça ne vend pas du rêve. Je n’avais pas prévu de le lire avant la sélection des 5, je le regrette encore moins. On pourrait croire, d’après ce que tu dis, qu’il y a de la caricature cachée derrière tout ça, pour se moquer d’une SF vieillotte, ou dénoncer des clichés… mais on n’a pas l’impression non plus que ce soit le but de l’auteur.
    S’il ne passe pas les 5, je passerai mon chemin tout court.

    J’aime

    1. C’est vrai qu’en me relisant on pourrait croire à une caricature. Si c’est le cas, l’écriture manque du second degré qui m’aurait semblé nécessaire à l’exercice. L’auteur essaie certainement de développer ces thèmes, la manière dont certains passages sont tournés le laisse à penser, même si je pense que le but premier était surtout de proposer une aventure d’exploration pêchue. Malgré l’univers décrit (qui par ailleurs est réfléchi), les maladresses diverses gâchent vraiment le tout. Je me demande dans quelle mesure l’auteur ne pensait pas à un développement cinématographique, mais du coup, cet aspect se combine assez mal avec le développement d’un roman, dans lequel pour ma part, j’attends davantage d’emphase au niveau de la façon dont c’est narré. Tu peux avoir la meilleure histoire du monde, si la narration manque de relief, en général je finis par me faire suer.

      Aimé par 1 personne

      1. Je te rejoins complètement. Il y a quelques livres qui effectivement me font ressentir cet aspect cinéma qui serait plus adapté. Mais si je veux du cinéma, j’allume ma télé : dans un bouquin, comme toi je veux de la narration réfléchie, construite, intéressante, et un travail d’écriture global.
        Tu n’es pas la seule à avoir eu ces différents ressentis sur ce livre, mais avec ta chronique, je vois vraiment ce dont il est question, elle est très illustrée et détaillée, ce qui permet de se faire une idée assez précise.
        Merci donc pour ton retour éclairant !

        J’aime

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