Publié dans cyperpunk, Science-fiction

Le cycle de Barcil : Ugo le Sage – Jean-Marc Dopffer

Illustration de Xavier Drago

De quoi ça parle ?

C’est au cœur d’Astragan, magnifique continent isolé au cœur du Grand Océan et ceint de sa barrière naturelle infranchissable, le Mur, que s’étend la mégapole d’Eÿktoss. Labyrinthe haché de gratte-ciels vertigineux, de ponts haubanés et d’artères congestionnées, l’urbanisation couvre le paysage ondulant à perte de vue, sous une atmosphère grise.

Expert de la section d’enquête du gouvernement, Ugo Kivelson a été mandaté par la commission pour analyser les transferts de fonds issus de l’exploitation des minerais essaimés sur l’ensemble du système solaire. Son enquête l’a emmené à rassembler des preuves sur les agissements frauduleux du Consortium, tout autant qu’à découvrir des ramifications aussi inattendues qu’éminentes. Le rapport d’enquête qu’Ugo tient entre ses mains est une bombe ; le scandale ne pourra être ni évité ni étouffé. L’affaire éclaboussera jusqu’aux plus hautes autorités des États Confédérés d’Astragan.

Ugo parviendra-t-il à sécuriser son rapport d’enquête ?
La paix entre les nations survivra-t-elle à la mission d’Ugo ?

Et c’est bien ?

Le Cycle de Barcil propose une série de nouvelles autour du monde éponyme imaginé par l’auteur. Dans ce tome, le lecteur se trouve propulsé en orbite de la planète Barcil, l’essentiel de l’action se déroulant dans l’ascenseur spatial érigé par la population locale. Première incursion pour moi dans cet univers, j’ai pu constater qu’il existait plusieurs épisodes, tous consacrés à un personnage. Si le présent texte tire des ficelles plutôt courantes dans les récits de malversations, de magouilles et de complots, j’ai beaucoup apprécié cette lecture.

La plongée première m’a été un peu difficile car le contexte passe très vite en arrière-plan, et l’auteur se concentre davantage sur l’action. Ugo le Sage ouvre ici une fenêtre sur l’enquête d’Ugo Kivelson ; Jean-Marc Dopffer prend le parti de nous présenter un moment précis de cette enquête, celui qui va tout faire basculer. De fait, la lectrice que je suis a rapidement eu besoin de se raccrocher à des références, besoin également de grappiller un maximum d’informations afin de construire et cerner le contexte. L’auteur s’en tire très bien et réussit en très peu de temps à nous donner de quoi combler ces lacunes – néanmoins l’articulation de certains passages est un peu floue et j’ai parfois compris des choses avec un temps de décalage, me contraignant à revenir sur mes pas pour être bien sûre de tout appréhender.

Les scènes d’action sont bien amenées, pêchues, claires, portées par un style parfois un peu sec mais qui répond aux besoins du moment. L’univers esquissé et les quelques miettes que l’on parvient à rassembler mettent en appétit, et découvrir ce monde, qui a l’air difficilement habitable mais malgré tout bien exploité par les êtres-humains donne vraiment envie. C’est là qu’entrent en jeu à la fois un point faible et un point fort du récit.

J’ai parfois manqué de données. Certains des points que je regrette le plus : un manque de présence pour le personnage de Cassini, une chouille de description pour les personnages, ne serait-ce que pour les investir un peu plus, davantage d’informations sur cette géopolitique qui a l’air bien corrompue, sur cet ascenseur spatial, qui a l’air d’être une énorme avancée et une fierté dans ce monde. Malgré cela je n’arrive pas entièrement à faire de ces trous quelque chose de négatif ; l’auteur ne développe pas son univers pendant des plombes, et je le retiens d’autant plus que c’est quelque chose qu’il m’arrive très souvent de reprocher à certains récits : vouloir tout caser, tout expliquer, tout montrer au lecteur de l’univers imaginé au point, parfois, de noyer l’histoire. Jean-Marc Dopffer parvient très vite à ériger quelque chose de construit, avec des spécificités qui lui sont propres, et si je reste sur le fait qu’il manque, sans gravité, quelques éléments à certains endroits, je salue le travail de concentration du récit, qui livre une histoire de bonne facture, complète et sans temps mort.

Parmi les points forts qui m’ont encore davantage marquée : le côté cyberpunk. Je me refais pas, je ne fais pas spécialement attention aux genres ou sous-genres quand je choisis un texte, mais je constate de plus en plus que je prends souvent beaucoup de plaisir avec le cyberpunk. Et surtout, surtout, plus que l’action, je retiens les descriptions, dont deux en particulier, parce que je trouve que l’auteur a un vrai talent là-dessus. A deux reprises, Jean-Marc Dopffer nous offre une scène de « dézoom », le premier sur la planète, le second sur l’ascenseur – je n’évoque pas ici le contexte volontairement afin de ne pas spoiler – , et j’ai trouvé l’exercice d’un réalisme assez époustouflant.

La fin est elle aussi très bien amenée et la scène finale m’a presque mis en tête des images de l’univers de Gunnm.

En conclusion, j’ai beaucoup apprécié le parti pris d’un quasi-huis-clos dans un ascenseur spatial offrant un récit nerveux et plutôt bien construit ; les quelques points où il me manque des informations me donnent envie de découvrir les autres épisodes, d’autant plus que j’apprécie énormément la découverte d’univers à travers un tissage de nouvelles variées. Merci à l’auteur de m’avoir fait confiance pour la lecture de cet ouvrage, et au plaisir de pouvoir à nouveau retourner sur Barcil.

Note : 4 sur 5.

Pour aller plus loin

Le site de l’auteur

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