Publié dans Fantasy, Jeunesse

Grisha, tome 1 : Les orphelins du royaume – Leigh Bardugo

De quoi ça parle ?

Orpheline, Alina ne peut compter que sur elle-même. Quand l’armée la recrute pour une expédition dans la Nappe d’ombre, un brouillard maléfique qui déchire le royaume, la jeune fille s’attend à y laisser sa peau… Les rares survivants des précédents raids racontent que des monstres s’y repaissent de chair humaine ! Seuls les Grisha, puissants magiciens, sont à même de lutter contre cette malédiction. Et si cette épreuve révélait aux yeux de tous la véritable nature d’Alina ?

Et c’est bien ?

Entre deux déceptions, il faut bien qu’un livre dont tout le monde me parle finisse par me plaire. Il faut dire, je n’en attendais rien, et pour ne rien vous cacher, je n’avais même pas pris la peine de lire la quatrième de couverture (ouais, je sais). Ceci dit en la lisant, là, heureusement, parce que c’est un peu le festival du cliché (l’orpheline élue, l’ombre maléfique, les magiciens…) et je dois avouer que j’aurais certainement hésité un peu si je l’avais fait.

Enfin bref, trêve de schtroumph-grognonnerie, en fin de compte, ouaip, j’ai aimé. L’univers, d’abord. L’inspiration carrément folklore russe à peine dissimulée, c’était pile poil ce qui me fallait, j’étais même plus ou moins en train de chercher un ouvrage dans ce goût-là. Les éléments fantasy imaginés sont plutôt sympa, notamment la magie, mais aussi le contexte des héros. Un personnage cartographe, c’est plutôt rare, enrôlé dans l’armée également.

Les personnages sont attachants et plutôt bien dosés dans leurs comportements et leurs relations, ainsi que dans leur évolution. Les gamines au comportement trop mature, ou les femmes au tempérament puérile me tapent vite sur le système. Ce n’est pas le cas ici, Alina est une héroïne agréable à suivre. La palette des protagonistes est plutôt chouette, de Genya à Zoya, en passant par Maria et Nadya, l’autrice ne dresse pas toujours le portrait de personnages glorieux, mais qui demeurent sympathiques. J’ai un énorme faible pour le Darkling – alors que bon, d’ordinaire, les gars ténébreux, pas plus que ça, mais son développement n’en fait pas le BG obscur bien basique, et j’ai trouvé ça chouette.

Grosse surprise également face aux contenus de cet ouvrage. Beaucoup de clichés qui auraient pu me rebuter : des magiciens bien classifiés par couleur de manteau (le nombre de bouquins jeunesse qui organisent une société en castes bien visibles, ça me soule concret), les vilaines pimbêches, les passages chiffons, et la palme pour d’eux d’entre eux, les éculés clichés de l’ombre contre la lumière et des histoires d’amour (je me refais pas, dès que la menace d’un bisou apparaît, je me crispe, les idylles littéraires, erk). MAIS, et un « mais » de taille, l’autrice est suffisamment maline pour enrober le tout de manière fort appréciable. J’ai coutume de dire que la fantasy, c’est souvent l’art de savoir accommoder les clichés, et je trouve Grisha très représentatif en la matière.

L’univers est suffisamment construit, les personnages suffisamment fouillés dans leur personnalité, leur évolution, leurs motivations, les choix narratifs de l’autrice suffisamment fins pour que tous ces traits bien typiques d’une fantasy dont je me suis éloignée ne m’incommodent pas. Sans être particulièrement travaillé, le style est vif et fluide, se lit avec plaisir.

Par contre un gros, gros truc que je reproche, ce sont certains choix de traduction. Garder le « Little Palace » dans un texte traduit en français, dans lequel foisonnent mots et folklore russes… ça fait tache. Quant au mot « Darkling », je ne sais pas s’il a été repris tel quel ou si c’est une invention, mais je ne trouve pas ça non plus des plus heureux. Et pour ces deux cas, un mot m’a titillé touuuuuuut le long du bouquin : « POURQUOI ?! » Sérieusement. Les littératures de l’imaginaire regorgent de mots inventés pour lesquels les traductions rivalisent d’inventions linguistiques. Ici, on a juste l’impression que ces deux termes sont posés comme des pâtés. En passant, pourquoi pas, mais quand ils viennent régulièrement émailler le texte, j’ai trouvé ça carrément gênant.

Quoi qu’il en soit et malgré ce bémol, le premier tome de Grisha est une belle surprise, du genre qui fait que je continue à aller vers des livres qui ne me tentent pas du tout au premier abord et qui me donnent envie de continuer à être curieuse et à oser aller au-delà de mes a priori.

Note : 4.5 sur 5.

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