Publié dans Fantasy

Le Bâtard de Kosigan, tome 2 : Le fou prend le roi – Fabien Cerutti

1340, au cœur du comté de Flandre. Alors que les premiers feux de la guerre de Cent Ans s’allument, le Bâtard de Kosigan et ses Loups se voient confier, par le sénéchal d’Angleterre, la délicate mission de découvrir les tenants et aboutissants d’un complot qui se trame… autour du roi de France.

Une enquête surprenante et extrêmement dangereuse, mêlant trahisons et forces obscures, dans laquelle l’ascendance surnaturelle du Bâtard, habituellement son plus grand atout, pourrait bien se muer en talon d’Achille.

Cinq siècles et demi plus tard, à la fin de l’année 1899, l’enquête engagée par le lointain descendant du chevalier tente de faire la lumière sur l’inexplicable disparition des puissances magiques. Entre Bruges et Lens, peut-être mettra-t-elle à jour la nature des ombres qui se dissimulent derrière les échos cachés de l’Histoire.

Eh bien, quel retournement de situation ! J’étais très crispée au départ de cet ouvrage, suite à ma lecture du tome 1, tome 1 que j’avais trouvé d’un rare sexisme. Et pourtant là, en refermant les pages de ce deuxième tome, je ne suis pas mécontente d’avoir laissé sa chance à cette série. Rares sont les tomes 2 qui redressent la barre quand un livre me déplaît, en général ils confirment plutôt le fait que je ne continuerai pas plus loin ma lecture.

La première chose à souligner car c’était vraiment LE point qui m’avait marquée pour le premier : les femmes. Qu’est-ce que ça fait du bien de lire sans fulminer tous les trois paragraphes. D’abord il y en a moins, ça limite déjà les dégâts. Ensuite, les petits bouts de phrase douteux à leur sujet se sont fait la malle. Je ne sais pas si l’auteur s’en est rendu compte, si la remarque lui a été faite, ou que sais-je d’autre, mais j’ai trouvé la différence de traitement de la gent féminine frappante. Enfin, on a des personnages féminins, des vrais, qui ne sont pas que des objets, qui ne sont pas vus que sous l’angle sexuel ou leur apparence, qui ont une vraie consistance. Wouhou ! Mention spéciale à Dun et Adélys de Quiéret, ça fait plaisir d’avoir des personnages comme ceux-ci

Deuxième point, moins marquant mais qui m’avait agacée : le côté jeu de rôle très marqué que je reprochais au premier tome. Là encore, différence à noter, la narration est bien mieux lissée et les étapes sont vraiment fondues dans le décors, pour laisser place au plaisir de s’enfoncer dans les multiples intrigues, complots et rebondissements que l’auteur met en scène. C’est tarabiscoté, toujours, avec quelques passages où je me suis « mais non mec, c’est pas cohérent ! Ta nana elle a le pied foulé et elle égorge un truc que même un mercenaire costaud n’arrive pas à mettre en charpie ». Mais franchement, je passe sans problème.

Les personnages quant à eux gagnent une vraie épaisseur, une vraie présence, et je m’y suis bien plus attachée que dans le tome 1. Le Bâtard, je comprends beaucoup mieux les lecteurs et lectrices enthousiastes. C’est un personnage qui claque, qui a de la prestance, qui attire la sympathie… presque un Prince d’Ambre (je précise qu’ici c’est le compliment suprême :p ). J’ai adoré suivre ses pérégrinations, le tout je pense accentué par le fait que le personnage est, pour cette fois-ci, aussi dans le brouillard que dans le lecteur. Le tome 1 avait un peu trop tendance à résoudre les difficultés à coup de ta gueule, c’est magique j’ai tout prévu, et autant une ou deux fois, pourquoi pas, mais systématiquement, ça confinait à la facilité narrative agaçante. Ici, point. Kosigan est dans la mouise et s’en tire avec brio, même en y laissant quelques bouts, et c’est ça que j’aime. Ses compagnons ne sont pas en reste, et si à la fin du tome 1, j’aurais été bien en peine de dire qui était qui, là pour le coup, on découvre plus avant qui est qui, et c’est très agréable.

Les découvertes autour des pouvoirs du Bâtard sont vraiment bien trouvées. D’ailleurs l’auteur tire des fils très intéressants autour de l’articulation paganisme – christianisme qui m’ont énormément plu, que j’ai trouvés magnifiquement intégrés à la trame, et qui évoquent des potentialités fort alléchantes pour la suite. Les évocations de l’essor du christianisme dans l’empire romain, les clins d’oeil à la légende arthurienne, le tout fondu dans sa trame fantasy. Comme dirait le Docteur : Brillant !

En fait, le seul souci que j’ai trouvé à ce livre, c’est le fil plus moderne autour de Kergaël. J’ai parfois trouvé les lettres au travers desquelles on suit l’affaire inutilement verbeuses (d’ailleurs même l’un des personnages s’en rend compte, gnaha ^^). Néanmoins, au vu du revirement complet de l’histoire, de la qualité de la trame de fond, et du développement vraiment intéressant des personnages, les quelques couacs sont mineurs et je dois dire que je suis vraiment, vraiment pressée de découvrir la suite. Merci, monsieur Cerutti, d’avoir corrigé le tir vis-à-vis des femmes. Que ça ait été conscient ou non, ça fait vraiment plaisir 🙂

A lire si vous cherchez
– de la fantasy historique
– un héros faussement salaud mais charismatique
– du rebondissement et des révélations à gogo

Note : 4.5 sur 5.

2 commentaires sur « Le Bâtard de Kosigan, tome 2 : Le fou prend le roi – Fabien Cerutti »

  1. Compliments appréciés, et merci à vous d’avoir continué à lire malgré vos réticences! 🙂 Votre meilleure impression me semble liée à deux choses. La première c’est que le contexte est entièrement différent: dans le premier épisode, Kosigan jouait sur du velours (enfin, je ne connais pas tellement de héros invincibles qui se retrouvent emberlificotés dans le plus simple appareil à la merci de ses ennemies, mais tout de même :)), en tout cas, il avait eu des mois de préparation et il est concevable qu’il ait prévu énormément de choses. Par ailleurs l’environnement était celui d’un tournoi dans lequel, globalement, on ne cherche pas vraiment à tuer salement l’adversaire et dans lequel on connait l’identité des intervenants. Dans le tome 2, c’est la guerre, et Kosigan n’a pas pu planifier ses manœuvres à l’avance, d’autant qu’il avance à l’aveuglette sans rien connaître des tenants et des aboutissants d’une intrigue qu’il n’a pas conçue. Cela confère une atmosphère plus sombre au livre et un héros qui n’a que peu de chances de tenir les rênes. La seconde chose concerne la gent féminine. Je comptais de toute façon développer Dun de cette manière mais j’ai également tenu compte de certaines critiques à ce sujet entendue à propos du tome 1. A cet égard et en partie à ma décharge, je me suis rendu compte en écoutant quelques passages en audiolivre que parfois il existait une véritable différence entre ce que je voulais écrire et ce que les gens lisaient: il suffit que le lecteur (de l’audiolivre) adopte un ton au premier degré au lieu d’y mettre l’ironie inhérente au caractère du Bâtard, et brusquement une critique de la société de l’époque devient la marque d’une brute stupide qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez et apparaît comme le pire des macho. Cela fonctionne aussi pour ceux qui lisent le livre papier, car dans notre tête on donne tel ou tel ton aux phrases sans même s’en rendre compte. J’avais essayé justement de présenter le sexisme du monde médiéval tout en en montrant quelques limites (une veuve peut diriger un comté, des femmes peuvent combattre en tant que chevalier, les épouses des princes ont souvent une influence forte). Après je suis d’accord sur le fait que dans le premier opus George d’Andrac, la femme chevalier aurait pu être traitée différemment, et il est indéniable que beaucoup de femmes présentes dans le roman ont une attirance pour Kosigan qui pourrait paraître excessive. Mais, d’une part cela arrive qu’un homme possède des qualités physiques (et/ou intellectuelles) suffisantes pour faire naître les convoitises chez la gent féminine; d’autre part, la plupart des personnages féminins du bouquin ont une raison compréhensible de tomber (ou d’espérer tomber) dans les bras du chevalier. Dun est touchée par une espèce de transfert œdipien lié à son jeune âge. La comtesse de Champagne fait d’une pierre deux coups, privée de relation charnelle de longue date, elle assouvit ses besoins à moindre frais (avec un mercenaire qui n’a aucune chance de lui réclamer davantage qu’elle n’est prête à donner), et elle use de ses atouts pour consolider la loyauté du Bâtard dans un moment clef pour son pouvoir et son comté (oui je sais, tout ça aurait pu se voir davantage); quant à Gwenaëlle d’Anister, la première fois, elle avait aussi l’intention de se venger de son amant, le prince noir. Quoi qu’il en soit, il est vrai que j’ai essayé d’être plus attentif à la manière de présenter les choses dans ce deuxième épisode, je suis très heureux que vous l’ayez remarqué. Je me suis malheureusement rendu compte qu’en dépit de mes efforts, la plupart des lectrices qui avaient eu votre ressenti sur le tome 1 n’avaient pas donné suite en lisant le tome 2, ce qui est d’autant plus dommage qu’à l’inverse une partie des lecteurs qui avaient apprécié le caractère James Bondien des relations homme femmes du 1 avaient été déçu par les évolutions du 2… décidément plaire à tout le monde est un art difficile 🙂 En tout cas, je m’y suis attaché dans les tomes 3 et 4 et j’ai hâte de voir ce que vous allez en penser (si tant est que vous poussiez effectivement plus loin dans la série).
    Merci encore pour ce retour! 🙂
    Bonne continuation,

    Fabien Cerutti

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    1. Bonjour !

      D’abord grand merci à vous de passer sur Sf Elfette ! 😀 Et merci également pour toutes ces informations complémentaires qui effectivement, font prendre du recul sur ce que j’ai pu lire dans le tome 1 – que je compte très certainement relire à cette aune un peu plus tard. Cette lecture est une lecture commune avec deux copinautes, Chlococo sur Babelio et Honey-Dream sur Livraddict. Nous avons partagé les mêmes ressentis pour le tome 1 comme pour ce tome 2. Je me suis permise de leur partager votre réponse afin qu’elles aient aussi ces éléments.

      Je comprends complètement la difficulté entre ce que l’on écrit et ce qui est perçu. D’autant plus que, pour faire rebond à ce que vous évoquez de la comtesse par exemple, je ne suis pas une lectrice qui aime être prise par la main et que tout lui soit expliqué. L’exercice d’équilibre entre tout dire et ne pas tout expliquer devient compliqué, j’en conviens. Le traitement de Georges d’Andrac ne m’a pas embêtée en revanche, elle est peu présente mais j’ai apprécié son personnage. Dans tous les cas merci à vous en tout cas, d’avoir porté attention au traitement de ces thématiques.

      Les tomes 3 et 4 sont prévus avec mes deux comparses et c’est avec grand joie que nous allons nous attacher aux pas du Bâtard, de nouvelles chroniques suivront fort certainement 🙂

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