Publié dans Défi, Fantasy

Le Bâtard de Kosigan, tome 1 : L’Ombre du pouvoir – Fabien Cerutti

Illustration d’Alain Brion

De quoi ça parle ?

Le chevalier assassin, Pierre Cordwain de Kosigan, dirige une compagnie de mercenaires d’élite triés sur le volet. Surnommé le « Bâtard », exilé d’une puissante lignée bourguignonne et pourchassé par les siens, il met ses hommes, ses pouvoirs et son art de la manipulation au service des plus grandes maisons d’Europe.

En ce mois de novembre 1339, sa présence en Champagne, dernier fief des princesses elfiques d’Aëlenwil, en inquiète plus d’un. De tournois officiels en actions diplomatiques, de la boue des bas fonds jusqu’au lit des princesses, chacun de ses actes semble servir un but précis.

Et c’est bien ?

Un livre dont j’ai entendu plein de bien, et une couverture poche qui me parle forcément, j’ai donc sauté à pieds joints dans l’ouvrage à l’occasion du mois de la fantasy. Du très bon comme du très irritant dans ce roman, j’en suis sortie assez mitigée.

Le contexte en lui-même est vraiment chouette. Fin d’une période que j’apprécie particulièrement, le Moyen-Age, proposé par un auteur qui a un pied dans l’Histoire. C’est maîtrisé, il y a de la matière et surtout on touche à pas mal de thèmes qui me plaisent pendant cette période : l’hérédité, les liens féodaux et le bazar occasionné lorsqu’il s’agit de perdre ou de gagner des terres et de tirer les ficelles du pouvoir.

Ce texte est métissé par l’aspect fantasy, l’auteur a fait le choix de nous proposer, dans un contexte plutôt réaliste, des créatures fantastiques et de la magie, éléments qui ont une forte influence sur la politique évoquée dans l’histoire. Top là encore, c’est plutôt bien mêlé, les implications créées par la présence d’elfes et une religion qui espère éradiquer toute forme de sorcellerie et de paganisme, on a là un mélange qui a tout pour me plaire.

On rajoute aux points forts de l’histoire un arrière-fond très présent de tournoi. Autant dire que j’ai directement replongé dans le film de Richard Thorpe, Ivanhoé, qui a fortement marqué mon enfance. Et on ajoute enfin des mystères, des énigmes et une plume rythmée, l’auteur tient son lecteur en haleine. Les chapitres sont courts et s’enchaînent rapidement. Certains évoquent les échanges épistolaires du descendant de Kosigan, confronté à un héritage particulièrement intriguant. Le livre devient difficile à lâcher et particulièrement addictif.

Premier « hic » néanmoins : la cohérence narrative. A force de complots et de rebondissements alambiqués, la logique et la cohérence de l’histoire sont parfois bancals. On accordera le bénéfice du doute, en tant que lecteur, en acceptant gentiment de combler avec notre imagination, même si l’ignorance de certains personnages sur certains sujets laisse perplexe face au niveau de machination proposé. Quelques facilités également, tout réussit à Kosigan et on évite pas mal d’embûches en faisant arriver beaucoup de choses en « off ». C’est dommage. Ça reste personnel, mais j’ai trouvé que ça sentait parfois le scénario de jeu de rôle dont le maître de jeu a besoin de tordre certains éléments pour que tout colle et pour avoir absolument une aventure. Mais bon, face au côté aventure très prenant et bien mené, on joue le jeu de bon gré.

Là où en revanche, j’ai un énorme problème avec ce livre, c’est avec les personnages féminins présentés – et pour le coup d’un livre avec quelques défauts mais sympathique, je suis passée à un livre qui m’a bien fait grincer des dents. Pas une seule femme n’est évoquée de manière autre que sexuelle. Baisables avant tout, rêvant d’enlever leurs armures aux chevaliers, dépravées, décrites par leur paire de nichons ou par le fait qu’elles soient vierges… il y a là un énorme problème, et non, clairement non, vu ce qui est écrit et la manière dont ça l’est, ça n’est pas uniquement dû à une hypothétique « affreuse période moyennâgeuse » ou aux moeurs dissolues du Bâtard. Des étapes de quête, voilà ce que j’en ai retenu. Antagonistes ou alliées, elles sont là pour permettre à Kosigan d’avancer, y compris quand le comportement de certaines n’a aucune logique avec le personnage initialement présenté – d’où le fait que je ne crois à aucune excuse de personnage principal ou de contexte historique, c’est la narration elle-même qui a un problème. Cela se sent certainement, j’en veux beaucoup à l’auteur pour cet aspect, qui est venu me gâcher la lecture : dès qu’une femme était mentionnée, j’ai fini par me crisper – et à raison, à chaque fois. La petite phrase ou le paquet de mots qui fâchent arrivaient immanquablement.

Pour tout dire, je crois que je n’avais encore jamais lu de traitement de personnages féminins de cet acabit. Même dans de vieux bouquins qu’on pourrait qualifier de « SF à la papa » ou de « paternalistes », je n’avais pas été perturbée à ce point, et j’ai dans le même temps commencé à comprendre pourquoi certaines lectrices encensaient Le prieuré de l’Oranger, oeuvre qui par ailleurs ne m’a pas plus transcendée que ça.

Néanmoins, je vais les continuer, les aventures du Bâtard, ne serait-ce que parce que j’ai acheté les tomes suivants avant de rencontrer les premiers passages qui m’ont fait tomber des nues. Mais je souhaite à toute force que ce traitement ne se prolonge pas au-delà de ce premier tome, ne serait-ce que parce que c’est le genre de sujet qui peut, au final, m’obnubiler au point d’éclipser tout le reste d’une histoire, qui par ailleurs, et je l’ai souligné, possède toutes les qualités d’une saga d’aventure palpitante.

Note : 3 sur 5.

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