Publié dans Fantasy

Le Prieuré de l’Oranger, de Samantha Shannon

De quoi ça parle ?

Un monde divisé. Un reinaume sans héritière. Un ancien ennemi s’éveille. La maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle… Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages. Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela. De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues. Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence. Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil…
Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.

Et c’est bien ?

Vaste question ! Lecture en demi teinte, plusieurs éléments qui m’ont dérangée, mais un univers pas inintéressant. En près de 1000 pages, il y a forcément du bon et du mauvais qui se glissent.

Un univers construit

Une fois bien entamé le livre, on ne peut que commencer par constater que l’univers est relativement bien construit. On découvrira plusieurs religions fondés sur une culture et un passé plutôt riches. L’autrice semble avoir pris plaisir à les développer et vient agrémenter son récit de contes et légendes qui ont émaillé l’histoire des peuples que l’on rencontre, inspirés de vrais contes et légendes. Les deux parties du mondes antagonistes ont chacune leur monde bien distinct, leur hiérarchie et on sent clairement les inspirations orientales – occidentales évoquées. J’ai aimé découvrir ces aspects, et sur un ouvrage aussi gros, cela a été suffisamment bien développé pour que j’aime y retourner, et que je ferme la dernière page avec quelques regrets.

Le principe des dragons est intéressant, d’autant que l’autrice ne s’est pas inspirée uniquement des dragons cracheurs de feu mais également des dragons asiatiques, davantage en lien avec l’eau et les cieux. Proposer quelque chose de différent sur cette classique figure de la fantasy apporte un vent de fraîcheur et lui a permis de développer un panel de personnages écailleux plutôt intéressant.

Des personnages sympathiques mais un peu fades

Côté personnages en revanche, j’ai eu un peu plus de mal. J’ai beaucoup aimé le personnage de Tané, malheureusement un peu laissé de côté. J’ai eu du mal à apprécier Ead au départ, mais le personnage se développant, j’ai réussi à lui trouver quelque sympathie. Le personnage de Niclays, alchimiste déchu, m’a laissée perplexe : que fait-il là, pourquoi nous présenter son point de vue, sa personnalité m’a parue très bizarre. Pour les autres… je ne peux pas dire que je me sois particulièrement attachée.

Plutôt que de continuer mon énumération, autant en venir au fait : les personnages sont agréables… mais font un peu coquille vide. Aucun ne sort vraiment du lot et, si je me suis attachée à certains, côté psychologie et développement, il manque quelque chose. La plupart son beaux et gentils, les méchants sont moches et méchants, ou alors ils le sont à l’insu de leur plein gré. Cela manque de nuance et de couleur.

Clichés, incohérences et… problèmes de traduction ?

En dehors de l’univers fort agréable, à un moment on sent que les clichés commencent à pointer le bout de leur nez : les prophéties, les artefacts, la grande menace d’un autre temps, les élu.e.s, les histoires d’amours téléphonées… J’aime bien dire que parfois, écrire un bon texte de fantasy, c’est savoir accommoder des clichés de manière à ce que l’on ne les voie pas. Ici c’est raté, les ficelles sont grosses, et nombre de résolutions de plusieurs fils narratifs sont cousus de fil blanc. Mais bon, j’ai fini par en prendre mon parti.

Deux autres ombres au tableau : des maladresses. La prophétie des Beretneth – la lignée de la reine d’Ynis – et la façon dont la religion des six Vertus a été fondée m’a paru bateau et peu crédible en regard du monde de femmes dressé par l’autrice. J’ai aussi eu des problèmes de carte, certains voyages incroyablement courts, même « aidés » par une tempête. La même saison à des endroits du monde totalement éloignés m’a chiffonnée.

Et plus gênant : j’ai souvent butté dans ma lecture en raison de choix de traduction qui m’ont laissée perplexe : des mots rares dans un paragraphe de langage courant, mots rares parfois sujets à répétition – quand l’un deux apparaît 4 à 5 fois en deux pages, on ne voit que ça – , d’autres choix de vocabulaire assez surprenants dans la bouche de personnages censés parler très mal, des phrases très bizarrement agencées syntaxiquement qui conduisent à des erreurs d’accords de verbe, sans oublier pas mal de coquilles (« Margret » transformée en « Magret » m’a rendu un passage fort comique). Je ne sais pas si c’est dû au fait qu’il y ait, si j’en crois la page de garde, deux traducteurs. Toujours est-il que ce souci m’a plusieurs fois empêchée d’entrer correctement dans la lecture.

Un avis en demi-teinte

Une lecture dont je suis donc ressortie mitigée. On m’a vendu du rêve en me parlant d’un récit de fantasy extraordinaire, qui changeait, qui sortait du lot. Même digne de Tolkien ou Martin, selon la quatrième de couverture. Mon ressenti tient en trois mots : faut pas déconner. C’est une très bonne aventure, avec des personnages que j’ai bien aimé suivre, de bonnes idées, un univers avec quelques failles mais intéressant à découvrir. Néanmoins, autant par le style que par ce qui y est développé, ce n’est pas l’aventure fantasy incontournable. Je vois également très bien quels éléments poussent à parler de Martin ou Tolkien (des morts et un gros vilain de feu craché par sa montagne), mais on reste quand même très loin de ces sagas en termes de densité. En ce qui me concerne, ça reste une fresque très agréable, que je conseillerais plutôt à des personnes découvrant le genre et ne craignant pas les pavés, ou à des personnes ayant envie de lire un livre de fantasy « classique ».

A lire si vous cherchez :
– un univers immersif
– à découvrir le genre fantasy
– un peu plus de femmes dans le florilège de personnages proposés

Note : 3 sur 5.

4 commentaires sur « Le Prieuré de l’Oranger, de Samantha Shannon »

    1. Je lirai ton avis avec plaisir. Pour Tolkien malheureusement je pense que c’est sûrement une ficelle marketting. C’est prestigieux et reconnu. Mais au final, si ça marche une fois pour appâter un lecteur, je me dis aussi que ça peut nuire à la ME ou à l’auteur, parce qu’il y a intérêt à ce que le texte soit à la hauteur derrière. Après ce n’est pas ce qui m’a fait acheter, mais personnellement je dois avouer que j’en ai un peu marre des comparaisons Tolkien / Martin à tout va ^^

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