Publié dans Science-fiction

L’arithmétique terrible de la misère – Catherine Dufour

De quoi ça parle ?

Et si, après plus d’un siècle de vie, vous vous retrouviez dans un corps tout juste sorti de l’adolescence ? Et si, en guise de petit boulot, le huitième cumulé depuis le début du mois, on vous proposait enfin un vrai job : mourir ? Et si, finalement, votre meilleur ami était ce machin bizarre aux allures de R2-D2 laissé par votre coloc’ dans l’appartement ? Et si vous n’étiez pas vous, mais le clone de vous ? Et si Patrick Bateman était… une femme ? Et si l’Intelligence Artificielle avait déjà gagné ? En dix-sept récits comme autant de coups de couteau, Catherine Dufour esquisse les contours d’un futur qui ne parle que de nous-mêmes, la place qu’on y prendra et, de fait, la manière dont il nous traitera. Une science-fiction radicale, à l’os, à en faire mal parfois, souvent à en rire, à en pleurer toujours — de joie comme de tristesse.

Et c’est bien ?

J’ai ouvert ce recueil sur un bémol : la première nouvelle, qui a donné son titre au recueil, m’a beaucoup trop rappelé l’écriture des Furtifs (de Damasio), sur lequel je me suis cassé les dents. J’avais l’impression de ne pas retrouver l’autrice mais de lire une ville à la Damasio avec les inventions à la Damasio les néologismes en moins.

Néanmoins, les autres nouvelles m’ont carrément emportée. Toutes mettent en scène les chiffres, graphismes, tableaux, mesures… avec lesquels le capitalisme galopant décortique les individus pour en presser ses bénéfices. Beaucoup sont glaçantes, saupoudrées des facéties impertinentes (mais pertinentes) de l’autrice, qui tacle comme souvent assez sec, mais juste, et qui en plus arrive à nous faire rire malgré tout.

La nouvelle Pâle Mâle, que j’avais déjà lue dans Demain le travail m’a autant secouée que la première fois, sur la notion de travailleur pauvre (et paf, un petit tacle à l’Académie Française au passage ça fait pas de mal). Mais surtout, je crois que celle qui m’a le plus parlé tellement j’ai trouvé le ton juste, c’est Un temps chaud et lourd comme une paire de seins. le titre est aussi dérangeant que son contenu : un nouvelle policière dans laquelle l’autrice inverse la notion de dominant-dominé – celle du patriarcat. Et on a beau être préparé, il est toujours intéressant de constater comme des situations, descriptions, événements passent comme une lettre à la poste quand une femme les subit (même si on est contre, le monde « tourne comme ça »), et comme cela devient dérangeant lorsque l’on met un homme à la place. Un homme agressé sexuellement, décrit de manière à ce que l’on comprenne comme il était attirant. C’est très fin et en même temps particulièrement acerbe. L’autrice n’en fait pas trop mais réussi à bien mettre le malaise.

Summum du malaise atteint dans sa dernière nouvelle, Coucou les filles. A lire si vous avez le coeur bien accroché, perso le mien, je l’avais au bord des lèvres. La nouvelle est assez insoutenable, néanmoins le disclaimer qui explique le pourquoi de cette nouvelle est particulièrement intéressant.

En bref, coup de coeur, encore, pour les écrits de cette autrice, qui mérite vraiment le détour si la SF côté social vous intéresse. Je la trouve toujours pertinente et j’adore la façon qu’elle a de présenter des choses noires, sans pour autant vous plomber le moral.

A lire si vous recherchez :
– de la science-fiction sans boulon
– une plume qui ne mâche pas ses mots
– les nouvelles

Note : 5 sur 5.

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